Les hommes représentent 1% des enseignants de petites et moyennes sections de maternelle ! Christian Thillies et Philippe Tiberghiem font partie de cette minorité qui a choisi de travailler avec les tout-petits.
A l'origine, éducateur spécialisé, Christian Thillies savait qu'il s'occuperait d'enfants, mais pas forcément dans l'enseignement, ni avec des très jeunes. C'est un peu le hasard qui le conduit dans une école de Roubaix. Il se souvient encore de l'accueil d'une enseignante de l'époque s'écriant : " Un homme ! Je veux le voir ! " Dès ma première année, précise-t-il, il y a de cela plus de 20 ans, j'ai été en grande section et cours préparatoire. Depuis, je n'ai jamais dépassé le CE1 et je suis un inst'heureux ". Cette année, Christian a en charge une petite section, à l'école Sainte Marie, à Willems dans le Nord. Lui aussi, a presque toujours été en école maternelle. Tout de suite également, il a eu le déclic. " Les petits enfants ont toujours des envies, explique-t-il. Ils nous questionnent, nous obligent à nous renouveler sans cesse ". " Lorsqu'on travaille avec des petits, complète Thierry, on voit l'enfant pour lui-même et non pour ce qu'on veut qu'il soit. Les enfants, après avoir " eu peur " une heure, puis été fiers une journée d'avoir un maître, redeviennent naturels et n'en tiennent plus compte… De temps en temps, un petit relève : " Tu as des grandes mains avec des grands doigts, c'est drôlement bien, on peut en prendre un chacun… " " Evidemment, note, amusé, Christian qui mesure 1m91, s'ils veulent me regarder droit dans les yeux, ils risquent de tomber à la renverse ! ". Finalement si une certaine résistance passagère existe, c'est, en début d'année, chez les parents qu'on la rencontre. Certains s'inquiètent du savoir-faire d'un homme avec un petit ; d'autres, à l'inverse, mettent en garde leur enfant : " Tu as intérêt à être sage, tu as un maître ! ". Car " c'est toujours l'idée d'autorité ou de répression, qui dans un premier temps domine aux yeux de la famille ", explique Christian. "Ils pensent que j'aurai de la poigne ", continue Philippe. En fait, raconte Christian : " Je n'ai ni plus ni moins d'exigences que mes collègues femmes. Peut-être qu'un homme réagit parfois différemment. Mais c'est bien comme cela : nous sommes complémentaires ". " L'homme est souvent plus pratique, plus technique ", reconnaît Philippe. Actuellement, avec ses 27 enfants de 2 à 4 ans, il n'hésite pas à utiliser les sciences, la technologie ou l'audiovisuel. Tous les deux, pensent qu'au moins une fois en maternelle, ce serait bien qu'un enfant rencontre un enseignant masculin. Certes, il faut se méfier de certains transferts. Philippe a l'expérience d'une année où, dans sa classe, 16 enfants, élevés seulement par leur mère ; lui avaient été volontairement confiés. " Cela a été une année extrêmement difficile. Ils étaient tous en conflits les uns avec les autres pour m'accaparer. Il y avait eu confusion dans leur tête ". En fait, selon Christian, on devrait retrouver naturellement à l'école comme dans la sphère privée, l'équilibre homme-femme : " On parle de parité, dit-il, on la réclame en politique et dans certains secteurs économiques, on a récemment féminisé des noms communs et des adjectifs, mais " masculiniser " certaines fonctions n'est pas encore à l'ordre du jour ". De façon récurrente, les adultes leur demandent : " Tu as vraiment choisi de faire ce métier ? ". ou " Mais tu n'as jamais voulu t'occuper de plus grands ? ", preuve qu'il y a encore du chemin à parcourir...
|