Sklerijenn (38)
Des lieux symboliques : la montagne et le puits
     
Dans la Bible comme au cœur de toutes les religions, il est des lieux qui ont une grande portée symbolique. Nous vous proposons d'en découvrir deux d'entre eux : la montagne et le puits.

[ Mots-clés : culture religieuse, prière ]
  Garel Yvon
secrétaire général
DDEC Côtes d'Armor
01-02-2006
La montagne
Le puits


La montagne
Les vacances ont peut-être été l'occasion pour certains de découvrir ou redécouvrir nos paysages de montagne ; d'autres se mettent déjà en projet pour quelque escapade cet hiver vers telle ou telle station de sports d'hiver. Quelle que soit la saison, les paysages de montagne ne nous laissent pas insensibles. Et quand on affronte les pentes, douces ou escarpées, pour une randonnée mieux vaut avoir de bonnes jambes, être bien chaussé et se délester du superflu !

Depuis toujours aussi, la montagne est associée à des croyances religieuses. Elle est considérée un peu partout comme le domaine des dieux : il suffit de citer l'Olympe en Grèce, le Fuji-Yama au Japon ou encore le Machu Picchu au Pérou.
Dans la Bible, la montagne est également un des lieux privilégiés de la rencontre avec Dieu. Alors essayons de comprendre pourquoi la montagne véhicule une telle dimension symbolique et de cerner les différents aspects que ce symbole revêt dans la Bible.

Pour chacun de nous que représente la montagne ?
D'abord, ce qui est haut reflète une valeur positive : on " monte en grade ", on "prend de la hauteur " sont des expressions familières qui le signifient. La montagne véhicule des valeurs de puissance, de solidité, d'éternité : ne dit-on pas solide comme un roc (on construit sur le roc et non sur le sable) et n'admire-t-on pas les neiges éternelles ! En montant, on se rapproche du ciel, lieu de résidence des divinités dans les diverses religions. La montagne devient alors le lieu où l'homme va aller à la rencontre de Dieu.
A côté de cette valeur positive, il y a le reflet négatif que peut aussi revêtir la montagne. Là encore le langage courant nous instruit : " regarder de haut ", " être hautain ".
Et puis la montagne est également le lieu où les orages sont redoutables. Qui n'a pas vécu ces moments de frayeur lors d'un orage en montagne ! Chaque année, les drames de la montagne sont là pour nous rappeler les dangers de l'alpinisme, des randonnées hors piste, etc.
Un dernier point qui vient enrichir la dimension symbolique de la montagne : elle offre habituellement à ses visiteurs le silence et la solitude et exige de celui qui veut atteindre ses sommets dépouillement, effort, persévérance.

Et en parcourant la Bible ?
La montagne, dans la tradition biblique, est le lieu de la rencontre de Dieu. Elle est un lieu de culte et de révélation.
A L'Horeb, dans le désert du Sinaï, Moïse entend l'appel de Dieu (c'est l'épisode du buisson ardent en Exode chapitres 3et 4) et reçoit la loi comme contrat d'alliance. Sur la montagne, un buisson brûle sans se détruire. Le berger s'approche et Dieu révèle à Moïse son nom : " Je suis ". Dieu est présence comme un feu invisible qui fait surgir l'appel impérieux : " Retourne en Egypte et va libérer mon peuple. " Plus loin en Exode 19 à 24, Moïse s'est élevé seul vers Dieu et le peuple attend au pied de la montagne. La parole que Moïse reçoit de Dieu est une loi pour vivre qui s'écrit dans la pierre comme dans le cœur de l'homme. L'alliance conclue entre Dieu et son peuple est scellée par le sang du sacrifice.
Elie va aussi monter à son tour sur la montagne pour y recevoir la révélation de Dieu, non plus dan le bruit et la fureur mais dans la douceur d'une brise fragile (Premier livre des Rois, 18-19).
Dans l'Evangile, c'est aussi sur la montagne que Jésus se dévoile : il résiste à la tentation du pouvoir (Matthieu 4, 8), il enseigne la nouvelle loi (Matthieu 5, 1) et apparaît transfiguré à ses compagnons (Marc 9, 28). C'est de là qu'il envoie ses disciples en mission (Matthieu 28, 16).
La troisième tentation se déroule sur une haute montagne, symbole de puissance ou du culte rendu à Dieu. Entre dominer le monde ou adorer Dieu, le choix de Jésus est fait : si le croyant cherche à s'élever, c'est seulement pour servir Dieu et les hommes.
Sur la montagne, Jésus enseigne à ses disciples à l'image de Dieu qui a transmis sa loi à Moïse sur la montagne. Il ne change pas la loi, il en approfondit l'exigence. Au cœur de cette loi nouvelle, la prière : " Notre Père… " (Matthieu 6, 9-13)
Sur la montagne encore, Jésus se donne à contempler dans cette vision lumineuse de la Transfiguration où le premier peuple, avec Moïse et Elie, et le nouveau, avec Pierre, Jean et Jacques, sont unis par un même regard ébloui.
Et l'évangile de Matthieu s'achève sur la montagne : loin de Jérusalem, sur une montagne de Galilée, Jésus envoie ses disciples en mission. Désormais, tout croyant porte en lui la montagne où Dieu se donne à contempler.

Voilà quelques aspects de cette symbolique de la montagne. Alors montons sur la montagne pour y chercher un peu de fraîcheur et de calme, mais aussi pour marcher, grimper, se faire du bien. Mais nous pourrons encore monter à la montagne pour trouver un lieu propice à la méditation : brièveté de la vie, éternité de Dieu, solidité de la création, louange du créateur. La montagne peut ainsi nous parler de l'histoire du salut.

Je lève les yeux vers les montagnes :
D'où le secours me viendra-t-il ? (Psaume 121)

Qui peut gravir la montagne de Dieu ?
L'homme au cœur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles. (Psaume 24)

Avant que naissent les montagnes,
avant que tu enfantes la terre,
de toujours à toujours, toi, tu es Dieu. (Psaume 90)

Dans les cieux, Seigneur, ton amour,
jusqu'aux nues ta vérité ;
une haute montagne, ta justice,
le grand abîme, tes jugements. (Psaume 36)



Le puits
Nous avons vu l'importance de la montagne. Le puits est également un endroit symbolique important dans les pages de la Bible et c'est par excellence le lieu où se passent des rencontres.
Pour nous aujourd'hui, dans notre société occidentale, quelle est l'importance du puits ?
Si les grands-parents de nos élèves ont connu l'importance du puits dans leur vie quotidienne, il n'en est pas de même de nos élèves, voire même de leurs parents. L'eau coule du robinet et le château d'eau fait bien plus partie du paysage que le puits. Nous sommes désormais plus habitués à entendre parler des puits artésiens (dont nous ne voyons que les tuyaux crachant l'eau sur les cultures) ou des puits de pétrole que du puits auquel pend le seau.
Mais pour nous représenter l'importance du puits, reportons-nous dans les pays du Moyen Orient même aujourd'hui : ce sont des régions où l'eau n'est pas toujours facile à trouver et elle apparaît comme le synonyme de la richesse.

Alors qu'en est-il dans le monde biblique ?

Dans l'Ancien Testament…
Le puits est un lieu vital. Pas de vie sans eau et pas de maison sans point d'eau. Il ne peut en être autrement dans une société où l'eau manque. Et au désert, s'éloigner du puits risque de conduire à la mort.
Du coup en de nombreuses pages bibliques, nous découvrons le puits comme enjeu entre tribus, entre bergers. Ce sont des luttes fratricides pour conserver ce précieux bien.
Le puits est aussi un espace social, lieu de rendez-vous : les femmes viennent y puiser l'eau, les hommes y abreuvent les troupeaux. Et donc cela devient le lieu de rencontres : plusieurs couples de la Bible se sont formés autour des puits : Rébecca et Isaac, Rachel et Jacob, Moïse et Cippora…
C'est donc sous cet angle de symbole de la vie que nous apparaît le puits. C'est la source.

Mais le puits est aussi cette fosse qui pénètre au cœur de la terre. Et du coup, il devient le symbole du malheur : il plonge dans l'abîme, dans les profondeurs de la mort.
Il est tout particulièrement symbole de malheur lorsqu'il tombe à sec. Joseph est jeté dans un puits par ses frères (Genèse 37-47) ; Jérémie, le prophète, que l'on veut faire taire est aussi jeté dans un puits vide plein de boue par ses ennemis (Jérémie 37-38). D'où cette idée d'abîme dans lequel on s'enfonce.

Dans le nouveau Testament…
Arrêtons-nous sur le passage sans doute le plus célèbre où tout tourne autour du puits : la rencontre de Jésus et de la samaritaine (Jean4, 1-42).
C'est le lieu de la rencontre, comme dans l'Ancien Testament : Jésus s'assoit sur la margelle du puits ; la femme vient pour puiser l'eau dont elle a besoin pour l'alimentation, pour l'hygiène…
L'eau de ce puits permet de lancer le dialogue : Midi, il fait chaud… Quoi de plus naturel que de demander de l'eau pour se désaltérer…
Mais Jésus est juif et la femme, une samaritaine, l'ennemie ! Et l'eau est un bien précieux qu'on ne gaspille pas pour un ennemi !
Contre toute attente, la conversation s'engage et elle va bouleverser la vie de la femme et de tout son village. La Samaritaine s'ouvre à la vérité de l'inconnu qui se révèle à elle comme le Messie qui seul peut combler sa soif.
Jésus est le puits nouveau. Il est la source vive où chaque baptisé peut puiser l'eau qui apaise toute soif et donne la vie éternelle.

Pour travailler avec les enfants…
- Mettre en place un temps de recueil d'informations auprès des parents et surtout grands-parents pour connaître la place du puits dans la vie autrefois.
- S'interroger aussi sur les fontaines dans le pays. Est-ce qu'il en existe encore et en particulier faire une recherche sur les fontaines situées auprès de nos chapelles. A quoi servaient-elles ? On notera que l'eau de ces fontaines possédaient un pouvoir miraculeux : si on respectait certains rites, on était exaucé de ses demandes de guérisons. Pour rejoindre ce que nous dévoile la Bible, il sera intéressant également de faire le lien entre présence des fontaines et pardons, donc lieu de rendez-vous.
- Proposer une approche de l'image de la source et du puits avec quelques passages de l'Ancien et du Nouveau Testament.
" Il faut devenir des sources. Il faut que les autres aient envie de se désaltérer à notre source.
Certaines personnes ont fait de leur vie un petit filet d'eau ; ils ouvrent le robinet doucement, ils font du goutte-à-goutte pour s'économiser.
Mon ami Raphaël est une vraie cascade. Je lui ai demandé comment il faisait pour avoir tant à dépenser et, à force de se donner, s'il n'avait pas peur d'être sec. Il m'a tout expliqué : " Tu as déjà regardé une cascade ? C'est comme une chute et une renaissance perpétuelle. L'eau n'arrête pas de tomber à profusion. On dirait même que plus elle s'enfuit, et plus elle arrive. Plus elle dépense d'énergie et de fougue, et plus elle est généreuse. Plus l'eau s'exprime de manière impulsive et entière, et plus elle est pure. Eh bien, toi, c'est pareil. Tu as entendu parler des nappes phréatiques ? C'est de l'eau de dessous la terre qui alimente les puits et les sources. Je crois, moi, qu'on a des sortes de nappes phréatiques qui sillonnent notre être tout entier. Si on ne sait pas libérer la source, elle se tarit et on devient des cœurs secs. C'est pour cette raison qu'il faut devenir des sources pour les autres. Pour pas qu'ils meurent de soif. Bien sûr, on ne s'improvise pas source, on devient. Tu penses peut-être qu'il faut avoir beaucoup d'eau pour en donner. Tu te trompes. Saint-Exupéry a dit : " Plus tu donnes, plus tu t'enrichis ; plus tu vas puiser à la source véritable, plus elle est généreuse ".
Quand on a compris cela, on ne donne plus au goutte-à-goutte, on donne en cascade. Plus les sentiments jaillissent, plus ils arrivent en trombe. Plus tu libères ta source, et plus son flot grossit. "
(Extrait de " Jade et les sacrés mystères de la vie " (Ed. Monte-Cristo, 1991)



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