300 000 enseignants devront être recrutés dans les 10 ans. Pour Philippe Meirieu, directeur de l'IUFM de Lyon, il est indispensable de diversifier les viviers de recrutement si on veut éviter la pénurie. Il existe déjà des dispositifs d'aide à la reconversion mis en place par plusieurs IUFM qui rencontrent un succès grandissant. Pourtant, après plusieurs années d'exercice, beaucoup d'enseignants estiment leur métier de plus en plus difficile et se plaignent d'épuisement physique et psychique.
Des salariés du privé qui veulent devenir enseignants Les formations de reconversion proposées par les IUFM de Lyon, Orléans ou Nice sont destinées à ceux qui ont "raté le premier train". Proposées à des salariés du secteur privé, elles offrent une préparation aux concours en cours du soir et le samedi matin. Les profils de ces candidats sont divers : femmes au foyer qui décident de reprendre une activité professionnelle, cadres qui aspirent à une autre façon de travailler ou demandeurs d'emplois. Mais tous ont en commun une forte motivation. Les taux de réussite de ce public sont jugés encourageants, même s'ils sont inférieurs à la moyenne : 55 % pour le premier degré et 30 % pour le secondaire. Ces candidats sont plus nombreux d'une année sur l'autre : en 2005, à l'IUFM de Lyon, ils étaient 1 500 pour 250 places (contre 200 candidats pour 15 places en 2003). Néanmoins, ces formations restent exceptionnelles en raison d'une volonté politique insuffisante à les développer. Pourtant, ces candidats contribuent à compenser la baisse du nombre de jeunes qui se destinent au métier d'enseignant, notamment dans le second degré, et constituent par leur profil atypique une réelle richesse pour l'Education nationale.
Le profond malaise des enseignants en exercice Si 88 % des enseignants du premier degré se disent satisfaits de leur expérience professionnelle après cinq ans d'exercice, ils sont 53 % à juger leur métier de plus en plus difficile (contre 37 % en 2001). Les raisons invoquées touchent à la complexité de leurs missions et à "la difficulté de faire progresser tous les élèves". Enfin, la pression exercée par les parents est jugée de plus en plus lourde à vivre. Ils sont neuf sur dix à parler de malaise, notamment à cause de "la dégradation de l'image des enseignants dans la société" et de "la non-prise en compte des difficultés concrètes du métier". Ce déni entraîne parfois des problèmes de santé, car, comme l'explique un médecin, "leurs plaintes sociales ne sont pas entendues par la société et les politiques. Leur seule façon d'être écoutés est de passer par des plaintes psychiques." Par ailleurs, les enseignants constituent une population à risque face au syndrome d'épuisement professionnel (ou burn-out) d'après la psychologue Violaine Gueritault. Ils doivent en effet faire face à des facteurs "prédisposants", tels que l'absence de reconnaissance, le manque de contrôle dans l'organisation du travail et, paradoxalement, le fort sentiment d'utilité associé à leur métier. Selon Philippe Meirieu, la solution réside dans une forte ambition politique qui affirmerait des finalités "claires et mobilisatrices" tout en dépassant "la gestion technocratique".
Il est ambitieux de définir la vocation enseignante : faut-il démocratiser l'accès au savoir, s'agit-il de faire des disciples ou tout simplement satisfaire au désir de transmettre ? Les hommes et les femmes qui se tournent tardivement vers ce métier possèdent ce que Phillipe Meirieu appelle "l'énergie pédagogique" qu'ont l'air d'avoir perdu une majorité de professeurs en poste depuis longtemps.
Les Echos, 19-20 août 2005, p. 2 ; 26 juillet 2005, p. 2. Libération, 2 septembre 2005, p.15. Le Monde - La Lettre de l'éducation, n° 494, 29 août 2005, pp. 1-2 ; n° 496, 12 septembre 2005, pp. 1-2 ; n° 497, 19 septembre 2005, p. 3.
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