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La loi d'orientation, le redoublement et la grande difficulté scolaire |
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Lecture critique de deux points de la loi d'orientation : la conception de la difficulté scolaire et le redoublement. L'argumentaire s'appuie sur deux rapports officiels récents.
[ Mots-clés : adaptation scolaire et scolarisation des enfants handicapés (ASH), échec scolaire, politique de l'éducation, primaire (élémentaire) ]
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Poutoux Véronique Responsable de formation ISP formation 23-05-2005 |
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Une lecture critique sur deux points de la Loi d'orientation : la conception de la difficulté scolaire et le redoublement. L'argumentaire s'appuie sur deux rapports officiels récents. " Les apports de la recherche sur l'impact du redoublement comme moyen de traiter les difficultés scolaires au cours de la scolarité obligatoire". " Le traitement de la grande difficulté scolaire au collège et à la fin de la scolarité obligatoire".
La loi Fillon a été votée dans un climat de manifestations lycéennes auxquelles se sont joints des parents et des enseignants. De nombreux articles, controverses, se sont faits entendre et il peut être difficile de se faire sa propre idée. Je souhaite ici faire part de mon questionnement sur la question de la prise en charge des difficultés scolaires et mettre en exergue les deux points suivants : le programme personnalisé de réussite éducative et la question du redoublement.
Dans la même période, sont parus deux rapports qui interrogent notre système scolaire face à la difficulté scolaire : - Le rapport de Jean-Jacques Paul et de Thierry Troncin : " Les apports de la recherche sur l'impact du redoublement comme moyen de traiter les difficultés scolaires au cours de la scolarité obligatoire. " Rapport de Jean-Jacques Paul et Thierry Troncin - Le rapport de André Hussenet et Philippe Santana : "Le traitement de la grande difficulté scolaire au collège et à la fin de la scolarité obligatoire".
Les conceptions autour de la difficulté scolaire et le projet de loi Le projet de loi veut "donner à l'école un nouveau souffle, mobiliser l'ensemble de la communauté éducative autour de l'objectif qu'a dégagé la Commission du débat national sur l'avenir de l'école : assurer la réussite de tous les élèves". Il s'agit donc bien de combattre l'échec scolaire, de lutter donc contre la difficulté scolaire. Cependant, la difficulté scolaire n'est pas définie et c'est déjà un premier point qui doit interroger. Les difficultés de rythme, les difficultés persistantes, les élèves ayant des besoins éducatifs particuliers, de qui, de quoi parle t'on ? Le rapport annexe précise que la réponse apportée aux difficultés scolaires passe par le soutien personnalisé qui se définit à l'intérieur d'un "contrat individuel de réussite éducative". Ce contrat engagera le chef d'établissement, l'enseignant, les parents et pourra être signé par l'élève au collège. Il doit permettre de définir un parcours individualisé pendant le temps scolaire, voire hors temps scolaire. Il doit favoriser une progression qui sera évaluée régulièrement. Certains élèves, qui connaissent des difficultés graves et durables, seront scolarisés en collège dans les structures d'enseignement adapté par décision de l'inspecteur d'académie. Enfin, le redoublement possible est présenté comme une " solution ultime" et doit être accompagné d'un contrat individuel de réussite éducative qui doit en garantir l'efficacité pédagogique.
L'action des enseignants en école sera complétée par les moyens des RASED. "L'ensemble des dispositifs existants devra être restructuré" pour répondre aux priorités repérées lors des évaluations.
Pour ce qui est de la formation des enseignants, il est mentionné dans le rapport annexe : " le soutien personnalisé aux élèves en difficulté fait partie des missions des enseignants. Il prend sa pleine efficacité dans le travail en équipe et la concertation pédagogique".
Il est à noter que sur l'ensemble du rapport annexe, seule une page est consacrée à cette problématique. Sont mêlés les termes de soutien, parcours individualisé sans les définir précisément. C'est derrière cet effet d'annonce qu'il convient justement de s'interroger car plusieurs conceptions peuvent être sous jacentes : - Le soutien peut-il suffire lorsque les difficultés sont récurrentes, persistantes. Suffit-il de refaire à l'identique ou de faire plus pour lever une difficulté ? - Le terme " parcours individualisé " peut engager des pratiques plus innovantes qui permettent effectivement après une évaluation précise des difficultés rencontrées de proposer un programme ciblé sur des priorités tel que le proposaient les PPAP. Mais que recouvre l'expression dans le texte du projet de loi ? Enfin, le recours au redoublement, pose question au moment où parait le rapport du Haut conseil de l'évaluation de l'école qui confirme les effets négatifs du redoublement. Pour tous ceux et celles qui travaillent depuis fort longtemps à la prise en charge des élèves en difficulté, en échec scolaire ou ayant des besoins éducatifs particuliers, ce texte révèle une méconnaissance des questions qui se posent sur le terrain et du travail réalisé. On notera aussi qu'alors que le rapport Thélot appelait de tous ses vœux une formation initiale qui permettrait à tout enseignant de gérer l'hétérogénéité, on parle simplement dans le rapport annexe de travail en équipe et de concertation. Certains l'ont clairement exprimé et craignent que derrière ce "contrat individuel de réussite éducative" et la mise en avant du redoublement, se profile le retour de la pédagogie traditionnelle abandonnant sur le bord de la route tous les essais d'une pédagogie différenciée, qui se cherche encore, mais qui peu à peu a modifié les pratiques ; qui abandonne l'idée des cycles et de la construction de compétences sur un continuum et non sur une année scolaire.
Dans le même temps, parce que nous aimons beaucoup les paradoxes, les deux rapports du Haut Conseil de l'évaluation de l'école donnent des éléments beaucoup plus approfondis sur la question du redoublement et de la grande difficulté scolaire à l'issue du collège. Que peut-on en retenir ?
Le redoublement Cette pratique est typiquement française. "La plaie du système français" n'hésite pas à écrire J. Ferrier. Elle est cependant en diminution mais ne répond pas aux objectifs pédagogiques. Plusieurs pays européens l'ont complètement supprimé. Les français y sont particulièrement attachés : les parents suivent, surtout dans les milieux défavorisés, l'avis des enseignants.Trois cinquièmes des parents considèrent que le redoublement est une mesure potentiellement positive sur le plan des apprentissages. Les enseignants, de peur d'être jugés sur le niveau d'un élève, préfèrent le redoublement. Les élèves non redoublant adhérent massivement à cette pratique. Ils sont très conscients que cela peut leur arriver. Pour ceux qui redoublent, les études montrent que quelque soit l'âge, les élèves intériorisent une image très négative d'eux-mêmes entraînant une démotivation importante surtout au collège. D'autre part, ce sentiment de dévalorisation a un impact encore plus important quand le redoublement se produit en CP ou dans les premières années d'école élémentaire. Pour les adolescents, c'est l'événement le plus redouté dans leur vie d'adolescent après celui de la disparition d'un être cher. Le redoublement coûte cher : au niveau individuel puisqu'il engage, plus il est précoce, un avenir scolaire incertain et l'intériorisation d'une image négative. Au niveau de la société, le coût du redoublement est chiffré dans ce rapport. Pour le primaire, avec 4 % de redoublants cela représente 674,5 millions d'euros ; pour le secondaire, avec 7 % d'élèves redoublants c'est 1566 millions d'euros. Les auteurs préconisent que ces sommes soient consacrées à d'autres stratégies pédagogiques de lutte contre l'échec scolaire. Il y a un lien entre la précocité du redoublement et l'échec scolaire final. Quatre élèves sur dix sortis sans qualification ont redoublé le CP et la moitié a redoublé au cours de l'une des deux premières années d'études élémentaires. La décision de fin d'année pèse lourd. Un élève faible "promu" en classe supérieure progresse davantage qu'un élève faible " redoublant". Les auteurs pointent la stratégie à mettre en place. Elle comporte trois éléments déjà présents dans les textes mais dont l'appropriation par les enseignants et les équipes est loin d'être achevée : le référentiel des compétences des élèves (passer d'un enseignement cumulatif de connaissances à un développement, en situations, de compétences qui s'exercent ; l'organisation en cycles et l'équipe pédagogique. Plusieurs auteurs proposent des modèles d'organisation des groupes apprenants plus modulaires et organisés autour de ces référentiels de compétences. Ce rapport met donc bien en évidence les limites du redoublement et les résistances, sur le terrain, pour mettre en œuvre d'autres stratégies de traitement de la difficulté scolaire.
La grande difficulté scolaire au collège et à la fin de la scolarité obligatoire C'est la première fois qu'un document fait le point sur cette question. Le phénomène touche une population moins nombreuse mais qui se " voit " davantage. Ce sont 107 000 jeunes à sortir chaque année du système scolaire sans diplôme et sans qualification. Les parcours professionnels qui se dessinent ensuite sont très marqués et défavorables et portent un risque d'exclusion sociale important. Même si ce chiffre a considérablement diminué entre 1965 et 2000, il stagne maintenant. Il est clairement pointé que la première cause d'échec scolaire est la pauvreté. De plus, la plupart des grandes difficultés scolaires ont leur origine à l'école élémentaire. De nombreux dispositifs se sont succédés avec en particulier la politique des ZEP, mais les auteurs montrent que les pratiques ne sont pas suffisamment accompagnées ni évaluées et qu'on ne laisse pas assez de temps pour en mesurer les effets. Comment ne pas penser à la suppression des TPE en terminale ? La lutte contre l'échec scolaire est indispensable ; il n'y a pas de fatalité et des résultats sont encourageants (en particulier des élèves en grande difficulté en classe de 6éme qui parviennent au diplôme national des collèges). Les mesures préventives sont indispensables puisque c'est à l'école primaire que les difficultés scolaires s'ancrent fortement. La formation des enseignants à la prise en compte de l'hétérogénéité des élèves est fondamentale. Enfin le pilotage national doit favoriser l'autonomie des établissements et leur donner les moyens d'agir.
Dans cet écart de conceptions, nous avons chacun à situer nos pratiques pédagogiques, à les analyser et à expliciter les choix que nous faisons au quotidien.
Pour une lecture directe du rapport annexe au projet de loi qui présente l'ensemble du travail. www.loi.ecole.gouv.fr Dans le document Adobe, allez directement à la page 15. Pour une meilleure connaissance des différentes publications autour de ce projet de loi, le café pédagogique propose un dossier assez complet. www.cafepedagogique.net
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