Sklerijenn (34)
Conte de Noël
     
L'histoire de Jonathan, enfant de 8 ans, qui a priori n'a rien à apporter à Jésus à la crèche, et découvre les éléments de sa vie qu'il peut offrir.

[ Mots-clés : fête religieuse ]
 
01-09-2004
En lisant, tel un conte de Noël, cette histoire de " Jonathan à la crèche ", posons sur toute notre vie le regard de Jésus.

" Le petit Jonathan, huit ans, arriva avec les bergers à la crèche de Bethléem. Il regarda l'Enfant et l'Enfant le regarda. Les larmes lui vinrent alors aux yeux.
- Pourquoi tu pleures ? demanda Jésus.
- Parce ce que je ne t'ai rien apporté.
- Tu peux quand même m'offrir quelque chose, répondit Jésus.

Alors Jonathan devint rouge de joie et dit :
- Je veux bien t'offrir ce que j'ai de plus beau.
- Je voudrais trois choses de toi, dit Jésus.

Jonathan proposa tout de suite :
- Mon game-boy, mon train électrique et mon plus beau livre, celui avec plein d'images dedans.
- Non, dit Jésus, je n'ai pas besoin de tout ça. Ce n'est pas pour ça que je suis venu sur la terre. Je voudrais tout autre chose de toi.
- Quoi donc ? demanda Jonathan. Il avait très envie de savoir.
- Offre-moi le dernier devoir que tu as fait à l'école, dit Jésus tout doucement pour que personne d'autre n'entende. Jonathan sursauta, il s'approcha tout près, tout près de la crèche et chuchota à son tour :
- Mais écoute, Jésus, le maître, il a écrit dessus " insuffisant ".
- C'est bien pour ça que je le veux !
- Ben pourquoi ? demanda Jonathan.
- Donne-moi toujours ce qui est classé " insuffisant " dans ta vie. Tu me le promets ?
- Ben, j'veux bien, répondit Jonathan.
- Je veux encore un deuxième cadeau, dit Jésus. Donne-moi ton bol du petit déjeuner.
- Mais je l'ai cassé ce matin !
- Apporte-moi ce que tu as cassé et ce qui est cassé dans ta vie, je le réparerai. Tu me donneras ça aussi ?
- Oui, je veux bien. Si tu veux ça, je te le donne aussi.
- Et maintenant, mon troisième vœu, dit Jésus. Voilà, apporte-moi la réponse que tu as faite à ta mère quand elle t'a demandé comment ton bol s'était cassé.

Là, Jonathan a posé sa tête sur le bord de la crèche et il s'est mis à pleurer, mais à pleurer tout fort comme un petit garçon qui a un très gros chagrin.
- J'ai, j'ai, j'ai… Il avait du mal à parler.
- J'ai dit que le bol était tombé par terre et que c'était la faute de ma petite sœur, mais en vrai, c'est moi qui l'ai poussé de la table parce que j'étais en colère.
- Apporte-moi tous tes mensonges, tes jalousies, ta fierté, tout ce que tu penses avoir fait de méchant, dit Jésus. Et si tu viens avec tout ça vers moi, je te prendrai dans mes bras, je te consolerai et je t'aiderai. Je veux te libérer. Je t'accueille dans ta faiblesse, tes limites, ta fragilité. Tu veux bien accepter mon cadeau ?

Et Jonathan écouta et s'émerveilla. Il s'agenouilla, son cœur jubilait. "

Contribution :
Réaction d'Emanuelle Devaux (professeur des écoles)
"Je ne me placerai pas sur le plan littéraire pour critiquer ce conte, même s'il est assez mal écrit, mais sur le plan pastoral et théologique.
Comment peut-on présenter aux enfants une telle image de Dieu ?
- Un christ qui ne s'intéresse qu'à ce qui ne va pas, au point de ne rien voir d'autre chez le petit Jonathan.
- Un Christ qui sait tout et ne sait rien de positif.
- Un Christ qui met sur le même plan une difficulté scolaire, une maladresse et un mensonge.
- Un Christ qui considère la fierté comme un mal (le terme péché n'est pas employé, mais il est omniprésent.)
- Un Christ qui retourne le fer dans la plaie en obligeant l'enfant à lui offrir tous ces ratés, comme si on pouvait être heureux d'offrir un échec à ceux que l'on aime !
Pour Noël, ne pouvait-on pas trouver autre chose ?
Si certains adultes, ayant lu les Évangiles, comprennent bien que ce texte se réfère aux paroles du Christ : "Je suis venu pour sauver les pêcheurs", il me semble que la majorité des enfants ne peut pas le comprendre ainsi.
Ils risquent plutôt d'en retenir l'image d'un Dieu pervers. Ce serait dommage et sans doute tout à fait contraire à la volonté de l'auteur ( anonyme, pourquoi?) qui devait être de montrer l'infinie tendresse de Dieu face à nos faiblesses et nos difficultés.
J'ai une longue expérience d'enseignante et de directrice d'école, je suis en maternelle depuis plusieurs années et j'ai des responsabilités en Église.
Je rencontre beaucoup de gens qui refusent Église parce qu'ils ont été marqués par des images de Dieu moralistes et culpabilisantes.
Je crois que ce genre de conte n'est pas anodin et qu'il est inquiétant de le trouver sur le site de l'enseignement catholique. Il aurait fallu le lire avec attention avant de le divulguer.
Je suis tout à fait disposée à participer à une réflexion sur ce sujet et vous remercie de prévoir un espace pour que les internautes puissent réagir."


Réaction de sitEColes
Sylvie Crépy
"Je n'avais pas fait la lecture que vous faites de ce texte. J'y vois la notion implicite du pardon de Dieu. J'y vois aussi une incitation à accepter nos faiblesses de quelque registre soient-elles (c'est le sens de la phrase introductive en italique) et à demander de l'aide à Dieu (c'est l'avant dernier paragraphe).
Votre réaction pointe des dangers et certainement des points d'attention. Vous proposez d'entamer le dialogue. Je fais suivre votre message aux personnes responsables de la revue Sklerijenn qui ont sélectionné ce texte.
Acceptez-vous que nous publions votre réaction sur sitEColes à la suite du conte ? Souhaitez-vous y apporter des amendements ?
Je vous remercie de cette participation. N'hésitez pas à réagir à d'autres outils de sitEColes".


Yvon Garel
"J'ai bien reçu la réaction d'une internaute sur le conte de Noël : c'est une lecture de sa part. Il est vrai que tout conte, toute parabole peut être lu de diverses façons. Mais c'est intéressant de recevoir des réactions".









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