La scolarisation à deux ans : pour ou contre ?
Certains voient dans l'accueil précoce en maternelle un moyen de lutter contre l'échec scolaire Pour d'autres, il s'agit d'une solution de facilité néfaste au développement harmonieux de l'enfant. Le Piref1 présente un état des lieux de la recherche sur la scolarisation à deux ans qui concerne un peu moins d'un enfant sur trois.
A partir de l'observation de 324 enfants, Agnès Florin, responsable de l'étude sur la scolarisation à deux ans, a étudié les différents modes de garde des moins de trois ans et leurs effets sur l'enfant (développement cognitif, langagier, socialisation, etc.). Si les activités pédagogiques prédominent à l'école, on constate que les très jeunes enfants restent inactifs plus de 40 % de leur temps : "On peut certes considérer que l'attente a des vertus éducatives et permet d'apprendre à différer une demande (…). L'école devrait être en mesure de développer davantage le temps de jeux libres, plutôt que celui de l'attente." Cette situation s'explique par le manque d'adultes d'encadrement : 2 pour 25 enfants à l'école contre un pour 8 en crèche. L'étude montre que, si la scolarisation a des effets bénéfiques, notamment chez les enfants issus de milieux défavorisés, ceux-ci restent faibles : on estime un gain compris entre 0,8 % et 3 % à l'entrée du cours préparatoire. L'auteur de l'étude rappelle que d'autres facteurs jouent de façon beaucoup plus importante sur la réussite scolaire, tels que les inégalités sociales ou le trimestre de naissance. Enfin, Agnès Florin pointe une très grande inégalité face à la scolarisation précoce. Si la loi d'orientation de 1989 préconise son développement dans les zones d'éducation prioritaire, c'est de la part des familles aisées qu'on constate une forte demande. Dans leur majorité (60 %), les parents se disent défavorables à une entrée à l'école dès deux ans. Les autres y trouvent une solution face au manque de places dans les crèches et une économie financière importante.
Du côté du ministère, la scolarisation précoce n'est pas une priorité. A cette rentrée 2004-2005, de nombreuses demandes d'ouverture de classes en maternelle n'ont pas abouti. Les autorités académiques multiplient les créations de demi postes d'enseignants et invitent les municipalités à signer des contrats avec la Caisse d'allocation familiale pour obtenir un financement complémentaire. Les syndicats se disent préoccupés par cette situation.
Dépêche de l'AEF, 10 septembre 2004. Le Monde, 25 juin 2004, p. 14.
1Programme incitatif de recherche en éducation et formation |