Education : synthèse de l'actualité (61)
Les Enseignants ont de l'avenir...
     
Dans toute l'Europe, les dix prochaines années seront caractérisées par le nécessaire renouvellement des enseignants. Chaque pays envisage des mesures attractives.

[ Mots-clés : professeur des écoles, Europe, formation initiale, identité professionnelle ]
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Unapec
01-09-2004
Les enseignants ont de l'avenir…

Tandis que les enseignants européens ont une image d'eux plutôt dévalorisée, dans toute l'Europe, le recrutement de nouveaux enseignants s'avère nécessaire dans les dix ans. Chaque pays essaie des mesures attractives. En France, l'effet des jeunes enseignants commence à se faire sentir. Et du côté du ministère de l'Education, on planche sur les formations initiales et sur des réorientations possibles en fin de carrière.

Une enquête sur les enseignants en Europe

Une enquête1 sur la perception qu'ont d'eux-mêmes les enseignants européens réalisée par l'Agence d'information européenne sur l'éducation2 montre qu'ils s'estiment peu reconnus. Ils se classent le plus souvent en dessous des médecins et des avocats - métiers plus valorisants selon eux. Ils jugent que leur formation est insuffisante, notamment concernant les technologies éducatives. Ils se trouvent également peu préparés au travail en équipe et à la mise en œuvre des projets d'établissement.
A l'inverse, les opinions publiques européennes sont satisfaites de la qualité du travail de leurs professeurs. Elles reconnaissent leurs compétences et l'importance de leur rôle.
Confrontés aux mêmes nécessités de recrutement que la France, les différents pays européens expérimentent des dispositifs pour renforcer l'attractivité du métier : formation rémunérée en situation d'emploi au Royaume-Uni, réduction du nombre d'heures d'enseignement au profit de tâches d'encadrement ou de tutorat pour les enseignants en fin de carrière en Slovaquie, Espagne, Italie et Grèce, etc.

En France : profils des nouveaux enseignants

Deux chercheurs, Patrick Rayou et Agnès Van Zanten3 , ont étudié le profil des jeunes enseignants de collège âgés de moins de 30 ans. Ceux-ci ne représentent aujourd'hui que 12,3% des effectifs, mais seront près de 50 % dans dix ans.

Au niveau socioculturel, cette nouvelle génération ne diffère pas de la précédente : on observe un embourgeoisement, toutefois moins prononcé que dans le reste de la société. Beaucoup d'enseignants ont leurs parents dans ce même métier, toutefois un certain nombre de jeunes des cités embrassent la carrière, se sentant investis d'une dette envers l'école. Le pourcentage de femmes est identique à celui des hommes.
Par contre, la différence avec les " anciens " s'observe au niveau de la perception de leur mission et de l'exercice du métier. Alors que la génération précédente avait accompagné la massification de l'enseignement avec des idéaux d'égalité et de non sélection, leurs cadets, issus du collège unique, ont pris acte de la diversité et de l'hétérogénéité des élèves. Ils acceptent d'être des éducateurs, sont prêts à accompagner les élèves et leurs familles et à s'adapter à leurs besoins. Ils sont souvent moins réticents à être nommé en Zep où ils n'hésitent pas à se tester et à expérimenter, estimant que cette expérience leur servira plus tard. N'hésitant pas non plus à faire part de leurs échecs et difficultés, ils cherchent les solutions en équipe.
A la question " vont-ils changer l'école ? " les chercheurs restent prudents. Cette nouvelle génération paraît méfiante à l'égard de l'institution, critique vis-à-vis des compétences des chefs d'établissement et ne voit pas d'un œil favorable les dispositifs parachutés par la hiérarchie.

Une seconde carrière pour les enseignants

Un projet d'ordonnance de simplification administrative sera examiné au Sénat les 13 et 14 octobre prochains. Celle-ci comprend un amendement qui permet aux enseignants ayant au moins quinze ans d'ancienneté, de changer de métier. Après un bilan de carrière et deux entretiens avec l'Education nationale et l'administration qu'ils seraient susceptibles de rejoindre, ils suivront une formation de deux à six mois. Durant un an, ils garderont la possibilité de rejoindre leur corps d'origine. Ils conserveront leur salaire, augmenté des primes de leur nouveau ministère qui sont souvent supérieures à celles de l'Education nationale. Ce dispositif devrait entrer en vigueur dès la rentrée 2005. 300 à 500 postes pourraient leur être proposés à cette date.

La formation des futurs enseignants

Lors d'une réunion avec la conférence des présidents d'IUFM qui s'est tenue le 2 juillet, François Fillon a annoncé la création d'un groupe de travail restreint sur la formation des enseignants associant la CDIUFM et son cabinet.
Le ministre estime que le concours phagocyte la première année d'enseignement au détriment de la formation pédagogique. Il souhaite une meilleure articulation entre les savoirs académiques et l'acquisition des compétences professionnelles. Dans le même sens, il juge important que les IUFM se rapprochent des lieux d'exercice du métier que sont les établissements scolaires.

Nouveaux profils d'enseignants, meilleure adaptation de la formation, possibilité de réorientation pour les enseignants lassés par le métier, le ministère de l'Education nationale bénéficie peut-être d'une opportunité pour faire évoluer le système éducatif. La future loi d'orientation sur l'école en aura-t-elle l'ambition ?


La Croix, 1er septembre 2004, p. 11.
Dépêches de l'AEF, 2 juillet 2007.
Les Echos, 20 septembre 2004, p. 2.
Le Monde, 4-5 juillet 2004, p. 8.
Le Monde - La Lettre de l'éducation, n° 457, 28 juin 2004, pp. 1-2 ; n° 459, 6 septembre 2004, pp. 1-2.

1La profession enseignante en Europe : profil, métier et enjeux. Rapport IV : l'attractivité de la profession enseignante au XXIè siècle, www.eurydice.org
2Eurydice.
3Enquête sur les nouveaux enseignants / Patrick Raynou ; Agnès Van Zanten. - Bayard, 2004.


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