Des Paraboles pour réfléchir
     
Les ciseaux et l'aiguille, les longues baguettes, le vendeur d'eau, cette croix me pèse, l'essentiel est invisible avec les yeux.

[ Mots-clés : culture religieuse ]
  Garel Yvon
secrétaire général
DDEC Côtes d'Armor
01-04-2004
Les ciseaux et l'aiguille
Les longues baguettes
Le vendeur d'eau
Cette croix me pèse
L'essentiel est invisible avec les yeux.


Les ciseaux et l'aiguille
Un roi rendit un jour visite au grand mystique Soufi Farid. S'inclinant devant lui, il lui offrit un présent d'une grande valeur, un objet d'une rare beauté, une paire de ciseaux en or incrusté de diamants. Farid prit les ciseaux en main, les admira et les rendit à son visiteur en disant :
" Merci, Sire, pour ce cadeau précieux. L'objet est magnifique, mais je n'en ai pas l'usage. Donnez-moi plutôt une aiguille. Je n'ai que faire d'une paire de ciseaux.
- Je ne comprends pas, fit le roi, si vous avez besoin d'une aiguille, il vous faudra aussi les ciseaux !
- Non, expliqua Farid. Les ciseaux coupent et séparent. Je n'en ai pas besoin. Une aiguille par contre recoud ce qui a été défait. Mon enseignement est fondé sur l'amour, l'union et la communion. Il me faut une aiguille pour restaurer l'unité. Les ciseaux déconnectent et tranchent. Apportez-moi une aiguille ordinaire quand vous reviendrez me voir, cela me suffira. "
" Paraboles d'Orient et d'Occident " de Jean Vernette.

Les longues baguettes
Un vieux sage chinois reçut un jour la faveur de visiter le ciel et l'enfer. En enfer, il vit des hommes et des femmes blêmes, décharnés, assis autour d'un tas de riz énorme et appétissant. Ils mouraient de faim car ils n'avaient pour manger que des baguettes démesurées, longues comme des rames de sampang. Effrayé, le sage s'enfuit au ciel. Là, il vit des hommes et des femmes assis autour d'un plat de riz tout semblable au premier. Mais ils étaient heureux, épanouis et resplendissants de santé. Car chacun, avec ses baguettes immenses, donnait à manger à son vis-à-vis.
(Apologue chinois, dans " Paraboles pour aujourd'hui " de Jean Vernette)

Le vendeur d'eau
Un vendeur d'eau, chaque matin, se rend à la rivière, remplit ses deux cruches, part vers la ville distribuer de l'eau à ses clients.
Une des cruches, fissurée, perd de l'eau ; l'autre, toute neuve, rapporte plus d'argent. La pauvre fissurée se sent inférieure. Elle décide, un matin, de se confier à son patron :
" Tu sais, dit-elle, je suis consciente de mes limites. Tu perds de l'argent à cause de moi, car je suis à moitié vide quand nous arrivons en ville. Pardonne mes faiblesses. "
Le lendemain, en route vers la rivière, notre patron interpelle sa cruche fissurée et lui dit :
" Regarde sur le bord de la route.
- C'est joli, c'est plein de fleurs.
- C'est grâce à toi, réplique le patron. C'est toi qui, chaque matin, arroses le bas-côté de la route. J'ai acheté un paquet de graines de fleurs et je les ai semées le long de la route, et toi, sans le savoir et sans le vouloir, tu les arroses chaque jour. "
Nous sommes tous un peu fissurés, mais Dieu, si nous le lui demandons, sait faire des merveilles avec nos faiblesses.

Cette croix me pèse
Un jour un petit garçon rejoint un autre petit garçon sur le chemin du village.
" Tu as l'air bien, triste, dit le premier
- C'est que j'en ai assez, répondit le second. J'en ai assez de cette croix qui me pèse. Non vraiment cette vie n'est pas faite pour moi.
- Ecoute, reprit le premier, j'ai peut-être le moyen de t'aider. "
Et par un chemin détourné, il conduisit son compagnon dans une vallée où se trouvaient amoncelées une multitude de croix, des croix de toutes formes, de toutes tailles, de toutes espèces de bois.
" Va et choisis celle qui te convient. "
Tout heureux, le petit garçon jeta la croix qu'il avait reçue à sa naissance et se mit à les essayer les unes après les autres. La première, qui lui avait paru pourtant fort légère au premier abord, lui déchirait l'épaule. La seconde était trop longue et, traînant par terre, ralentissait l'allure de marche du petit garçon. La troisième était trop rugueuse, la quatrième trop lisse et glissait des mains… Au bout d'un nombre incalculable d'essais, le garçon en dénicha enfin une, merveilleusement adaptée à sa taille et à ses forces. Tout joyeux, il se tourna vers son compagnon :
" C'est formidable, lui cria-t-il, j'ai enfin trouvé celle qui me convenait.
- Tu as raison, lui répondit le premier garçon. C'est celle que tu portais en arrivant ici. "
Et subitement il disparut à ses yeux.

L'essentiel est invisible avec les yeux
En Orient, on raconte l'histoire de ce roi qui avait deux fils. L'un d'eux seulement devait hériter de son royaume. Désirant éprouver leur sagesse, afin de les départager, le roi fit venir ses deux fils et leur dit en donnant à chacun une petite somme d'argent : " Voici ce que vous allez faire : avec cet argent vous allez vous procurer de quoi remplir complètement la grande salle vide du château. C'est celui qui s'acquittera mieux de cette tâche qui héritera de mon royaume ! " Le premier fils avait appris que la paille était bon marché. Il en acheta autant que la somme dont il disposait le permettait. Mais la salle du château ne fut remplie qu'à moitié.
Le second des fils acheta un vase d'argile, de l'huile et une mèche, fit du tout une lampe qu'il alluma et voici que la grande salle du château fut remplie de lumière jusque dans ses derniers recoins. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux.
Saint-Exupéry


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