ECA (n° 285)
Ces enfants qui nous questionnent… !
     
Cet article, à travers des moments de vie de classe, illustre les questions des enfants autour des religions et que l'enseignant se doit de traiter. Il donne des premiers repères d'analyse.

[ Mots-clés : culture religieuse, philosophie, catéchèse ]
  Sylvie Crépy pour le Groupe " outil 1er degré " culture religieuse
Unapec
01-06-2004
Participants au groupe " outil 1er degré " culture religieuse, Unapec : Hubert André, Patrick Boucaud, Monique Boudon, Marie-Jeanne Castan, Sylvie Crépy, Yvon Garel, Marie-Jo Nicolas le Ru, René Nouailhat, Laurence Rolinet, Madeleine Winsback

Moments de vie de classe à " l'école saint Thomas ".

La classe entonne joyeusement " Frère Jacques… Sonnez les matines ! " et poursuis avec " au clair de la lune… pour l'amour de Dieu ! "
L'enseignante fait l'appel :
- "David, tu n'étais pas là hier !
- J'ai fêté Hannounca à la maison ! "
Au " quoi de neuf ?" : José distribue les dragées du baptême de sa petite sœur et montre une photo où le prêtre verse de l'eau sur son front. Les enfants s'interrogent :
- C'est quoi ta religion ?
- Moi, c'est " scorpion "" répond Sophia.
Séance de mathématiques. Il faut mémoriser les tables de multiplication. " C'est comme les tables de la Loi avec les 10 commandements ! " dit Joé.
Avant d'aborder la séance de Français, l'enseignante propose une minute de silence. Ce silence permet au corps d'être à l'écoute. Cette césure donne du sens aux activités successives et structure le temps.
La récréation sonne. " Il m'a tapé, c'est plus mon ami ! " déclare Carole. " Moi je voulais qu'il m'aime pour toujours. Est-ce qu'on peut s'aimer pour toujours ? Maintenant, il va avec Natacha. Est-ce qu'on peut aimer plusieurs personnes à la fois ?"
Retour en classe, c'est l'heure des sciences. On étudie " le monde du vivant " : travail de recherche sur les modes de déplacement des animaux. Théo se tourne vers la maîtresse :
- Mon lapin à moi, il est mort. Est-ce qu'il va aller au ciel ?
- Il était vieux ton lapin ? Quand on est vieux on meurt ! enchaîne Sacha.
- Moi je connais un enfant, il est mort ! reprend Théo.
- Maîtresse, on peut pas mourir quand on est un enfant ? demande Sacha inquiète.
A la cantine, Naïma refuse le saucisson. Sophie dit que c'est à cause de sa religion.
En début d'après-midi, la classe fabrique des guirlandes pour décorer le sapin. Les langues se délient pendant que les mains s'agitent :
- Maman, elle m'a fait " décroire " au père Noël. Un jour, elle me fera " décroire " à Jésus.
Mais Théo affirme :
- Jésus, il a existé pour de vrai. Dieu, c'est pour de faux !
Quelques enfants regardent la crèche et commentent :
- Jésus il est dans la crèche.
- Mon petit frère, lui aussi il va à la crèche. Qui c'est la dame en bleu ?
- Elle a un foulard islamique
- C'est comme sœur Emmanuelle, j'ai l'ai vu à la télé."
Séance d'histoire : Le cycle 2 se repère dans le temps et étudie le calendrier. On évoque l'origine de la datation. Le cycle 3 étudie la construction des cathédrales au Moyen-âge.
L'heure de catéchèse est assurée par l'enseignante.
- C'est pas possible que Jésus il marche sur l'eau.
- Pourquoi Dieu il a inventé la guerre ? le mal ?
- Pourquoi Jésus il guérissait des gens et pas tous ?
- C'est quoi la différence entre bêtise et péché ?

Et si vous étiez l'enseignant de cette classe…

Qu'auriez-vous dit ? Qu'auriez-vous fait en entendant ces paroles d'enfants ?
En étant six heures par jour avec ses élèves, en classe, en récréation, tout enseignant est témoin de dialogues entre enfants. Il est questionné par ces propos. Il ne peut être passif.
Donner du sens à l'école, favoriser une éducation intégrale de la personne, développer la réflexion et le respect de la pensée de l'autre… tout cela suppose de ne pas laisser de côté les questions que se posent les enfants (et les adultes) sur le sens de l'existence, le fait religieux… etc.
Des journées de classe comme celle de " l'école saint Thomas ", nous en vivons et nous avons entendu bien d'autres propos de ce type. Les questions que posent les enfants sont importantes pour eux. Ne pas les entendre (parce qu'elles nous dérangent) est une attitude qui nous laisse mal à l'aise. Comment les traiter à l'école en respectant la fonction première de celle-ci, être un lieu d'apprentissage avec des programmes officiels ? Comment traiter la question du sens en respectant des différences dans un environnement pluriculturel, plurireligieux tout en s'appuyant sur notre projet éducatif fondé sur l'Evangile ? Comment surtout les prendre en compte ? Une réponse rapide à une question complexe est-elle respectueuse de l'enfant ? … pas simple.

Tout d'abord, repérer le niveau et le type de la question.
De cette analyse dépendra notre attitude : commentaire, clarification, réponse, incitation à la réflexion, affirmation de croyance… Quelques pistes pour faire le " tri " dans les questions des enfants.
Y a t il une réponse unique ? Plusieurs réponses sont-elles possibles ? De quelle nature est la réponse : un fait objectif, le fruit d'une réflexion, le fait d'une croyance culturelle, d'une foi religieuse… etc. Comment peut-on trouver ces réponses : Sont-elles dans des livres ? Se construisent-elles par l'expérience ? Les cherchera-t-on toute notre vie ? Sont-elles révélées et font-elles appel à la foi….
Nous avons repéré 3 types de questions. Si le classement est un peu arbitraire il permet d'élaborer une réponse adaptée.
1. Les questions de l'ordre de la connaissance, de la culture religieuse
Elles sont du registre du savoir, de la connaissance scientifique, de la culture. Elles font appel à des données objectives. Les réponses sont reconnues par tous (dans une référence culturelle commune à un moment donné) : " Je sais " " Je ne sais pas… "
Le plus souvent, elles peuvent être traitées dans les programmes. Elles feront l'objet des recherches personnelles ou collectives. La réponse, dans certains cas, sera donnée par l'enseignant.
2. Les questions existentielles
De l'ordre du débat, elles appellent des réponses subjectives. Les approches sont personnelles et élaborées dans une interaction sociale. Elles peuvent être indépendantes d'une appartenance religieuse.
" Je pense que… " " Je me demande si… "
Elles ne comportent pas une réponse unique. On peut travailler sur des réponses diverses apportées dans la littérature, l'actualité…etc. On peut aussi les faire avancer sous forme de débats (débat hebdomadaire). On ne pourra pas dire à la fin du débat quelle est " la " bonne réponse mais on aura avancé dans la réflexion.
3. Les questions de foi
Dans le registre de la croyance, elles appellent des réponses de foi, de confiance. Même si elles sont personnelles, les réponses sont élaborées dans une communauté croyante. Elles peuvent s'appuyer dans certains cas sur " des vérités révélées ". Elles sont lié à une appartenance et sont dans le domaine du " confessionnel "
" Je crois… "
" Je crois… " n'est pas " je sais ". " Je crois " est à la fois une conviction et un engagement. La réponse à ces questions n'est pas de l'ordre de la démonstration irréfutable. Nous sommes là dans une vérité reconnue dans le cadre d'une foi partagée. " Jésus Christ est-il le Messie ? " Si je suis Chrétien, je peux répondre oui. Si je suis Juif, je répondrai non. Aucune preuve possible, c'est d'un autre domaine.

Alors que répondre, que faire, comment ?
Après avoir mesuré la complexité de certaines questions, suivant les moments nous pouvons réagir immédiatement, reprendre en différé…
Comment ces questions rejoignent-elles des domaines des programmes ? A quelle occasion les traiter de manière approfondie ?
Si ce n'est pas le cas, que pouvons-nous mettre en place (ou réactiver) comme type de démarche pour traiter ces questions. " Débat hebdomadaire ", le " vivre ensemble ", " l'heure spécifique au caractère propre "… Avec tous ? En groupes diversifiés ?...
Selon les questions traitées, le mode de travail mis en oeuvre, le moment dans l'emploi du temps, quel est notre rôle d'adulte : enseigner, organiser la recherche, réguler le débat sans s'y engager, témoigner de sa propre foi… etc. ? Quelle attitude de l'enfant attendons nous ? Dans quel registre ?

Et si des enfants faisaient la même démarche d'analyse ?
Il peut être tout à fait utile de mettre des mots avec les enfants (au moins en cycle 3) sur les différents types de questions. Cela les ouvre à la recherche personnelle, les conduit à dire " je pense que … ", " je crois que… " tout en respectant les points de vue différents.
On peut donc donner une liste de questions écrites sur des papiers séparés* . Par petits groupes les enfants essayent de classer ces questions en fonction de la manière dont on pourrait trouver les réponses. En grand groupe, ils exposent et comparent les principes de classement … l'objectif est de confronter, de prendre conscience du type de question… et de comprendre qu'une réponse peut être personnelle ou s'imposer.

Eduquer au fait religieux
Vous l'avez compris le fait religieux est présent dans notre société et donc à l'école. Non reconnu, non explicité, il peut conduire à des méprises. Aussi notre rôle d'enseignant nous invite à le prendre en compte, voire à le susciter. Eduquer au fait religieux n'est pas réservé aux enfants qui suivent la catéchèse. Faisons de l'école un lieu de savoirs, de réflexion, de travail sur les représentations. L'éducation à l'esprit critique, au discernement, à la dimension symbolique, contribuera à la construction du sens.
Reste à être vigilant pour être conscient de ce que nous faisons à travers les démarches d'apprentissage touchant aux domaines de la culture religieuse, des questions existentielles, de la découverte des différentes religions … etc.
Pour poursuivre la réflexion, le débat et surtout avoir des pistes de mise en œuvre dans vos classes, consulter le dossier : culture religieuse.


*Voir aussi la séquence " savoir ou croire "


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