Témoignage : Partage inter-religieux… Une école ouverte à tous
L’équipe enseignante de l’école Sainte-Thérèse de Wattrelos a vécu cet accompagnement. Pourtant, bien des hésitations, bien des questions ont habité l’esprit de chacun. C’est par des mots simples qu’elle vient partager un morceau de ce qui a fait son quotidien.
…. La cloche sonne … 16h30 : Les vacances d’été peuvent commencer. L’année scolaire a été comme les précédentes, bien chargée ! 16h30 : une page se tourne : on se souvient des bons moments passés avec chacun de ces enfants : éclats de rire, progrès réalisés, quelques pleurs, les difficultés à dépasser ... Vivre avec son groupe classe, c’est une relation réciproque. Chacun donne et reçoit un petit bout de la vie de l’autre. L’école, lieu où chacun grandit, petits et grands ensemble, enrichis de l’autre.
Au cours de l’été, un drame touche une famille de l’école. Trois de ses membres périssent dans l’incendie de l’appartement. Parmi les victimes, une petite élève de la classe de petite section, âgée de 4 ans : Sarah. Sa maman et une autre de ses enfants sont aussi parmi les victimes.
La rentrée approche à grands pas. Comment vivre le temps des retrouvailles avec les enfants et leurs parents ? C’est toute la communauté de l’établissement qui est touchée par ces disparitions. Des parents questionnent. D’autres manifestent leur colère suite aux circonstances du drame. L’école, lieu où peut se dire une parole.
Quel message adresser à la famille de l’enfant ? Quel geste apporter à ceux qui souffrent ? Très vite, enseignants, personnel, parents expriment le besoin de vivre un temps de recueillement. Mais comment faire ? Surtout quand l’enfant est d’une autre confession que chrétienne ? En effet, Sarah s’épanouissait dans une famille de confession musulmane. C’est donc toute la communauté éducative qui se retrouve pour dire sa peine et préparer un temps de recueillement, étape importante pour vivre le deuil. L’école catholique, lieu qui rejoint l’autre dans son humanité.
Un temps de recueillement est donc annoncé. L’équipe enseignante, l’aide-maternelle (ASEM), le vicaire épiscopal de la zone, l’animateur en pastorale de la DDEC réfléchissent ensemble sur un déroulement pour ce temps fort. Des questions se posent : - Comment faire pour ne pas heurter, blesser, imposer ? - Avons-nous le droit de lire une sourate (chacun des chapitres du Coran) dans un établissement catholique ? - Comment dire notre « espérance » ? L’école catholique, lieu pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.
Un hommage est rendu un samedi matin de septembre. Les enfants de l’école se retrouvent dans la cour, entourés de leurs parents et des enseignants. Ensemble, on écoute une sourate proclamée en arabe par l’aide-maternelle, puis on partage un psaume. On allume un lumignon et des fleurs sont déposées auprès de la photo de Sarah. Les enfants chantent alors la comptine préférée de leur petite amie : une souris verte. Dans cet instant, l’essentiel est dit, le geste est posé. L’école catholique, un lieu d’accueil et de rencontre de tous.
Cet hommage a été rendu 40 jours après la mort de l’enfant et de deux des siens. 40 jours … période qui achève le deuil chez le musulman. La sœur de Sarah, âgée de 13 ans était présente. Depuis le jour du drame, elle était plongée dans la colère, la révolte : 40 jours sans pleurer. Le deuil pouvait alors se faire … même avec du temps. Cette jeune adolescente a trouvé des repères. Cet instant de recueillement a aussi permis d’aider cette personne en souffrance à se reconstruire.
Au-delà de ce temps de recueillement, l’équipe enseignante est allée jusqu’au bout de l’accompagnement. En effet, la date du rassemblement tombant le jour de la fin du ramadan, l’aide-maternelle a proposé de faire le plat pour la famille. Les enseignants ont fait les courses et ont participé à la préparation. Pendant que chacun réalisait sa part, on se souvenait des bons moments passés avec Sarah. Le couscous a été porté à la famille, très touchée par ce geste de solidarité. L’école catholique, lieu pour partager plus de solidarité.
Avec le recul, l’équipe enseignante a relu cette expérience qui l’a portée tout au long de l’année scolaire ….
Suite à cet article, une autre école nous fait part de son expérience. Ecole primaire privée Saint-Paul, Saint Clair du Rhône, 38370. Sylvie Degas, directrice, Geneviève Delafon, animatrice en pastorale.
Nous avons eu la même expérience dans une de nos écoles à la rentrée.
La communauté éducative a vécu toute les étapes et questionnements de l'école Sainte-Thérèse de Wattrelos, présentés dans sitEColes.
Dans la célébration, nous avons tenté d'être explicite, dans la première annonce de notre caractère propre, (nous voulions parler de la Résurrection du Christ, coeur du message chrétien) tout en étant ouvert à une autre religion, cela a été fort bien vécu par tous.
Nos deux religions ont en commun la foi en la vie éternelle et le paradis, nous voulions ainsi partager avec les enfants l'espérance de la résurrection chrétienne mais aussi respecter la famille musulmane en leur donnant leur place. Sur la base de ces convictions, une célébration a été conçue pour utiliser ce que nous vivions en commun, notre souffrance humaine, nos racines communes avec Abraham et notre espérance mais pour ne pas faire de confusion, chacun a eu un moment de prière dans sa religion. On a fait appel au prêtre de la paroisse (aussi théologien du diocèse) et à l'Imam de la famille (très croyante), pour relier nos communautés à leur expression rituelle et préparer ensemble.
Le déroulement de la célébration : "Temps de prière pour Faycal, vendredi 31 août 2007".
1) Fond musical
2) Acccueil Nous sommes réunis tous ensemble pour prier avec Fayçal. Merci d'être tous là, c'est lui qui nous rassemble aujourd'hui (Sylvie)
Le mot d'accueil de la directrice "De là où tu es, veille sur les parents, tes frères Aimen et Mohammed qui sont avec nous à l'école. Tes copains de CE1 qui étaient dans ta classe pensent à toi particulièrement. Donne-nous du courage dans les moments difficiles et continue de nous apporter la paix qui nous apaise quand nous sommes tristes. Nous remercions tes parents du témoignage incroyable de Foi qu'ils nous montrent à nous, chrétiens. Dieu est le même pour tous et nous te savons près de lui, dans Son Royaume, heureux et présent avec nous par Son Amour. Nous t'aimerons toujours". Les maîtresses et les enfants de l'école
Ce que je sais c'est que la mort ne détruit pas l'amour que l'on portait à ceux qui ne sont plus... Ce que je sais aussi, c'est que la vie doit avoir un sens. Ce que je sais encore, c'est que l'amour, le bien, l'espoir triomphent finalement toujours. Tout cela, je le sais, je le crois... (Sylvie)
3) Chant "Le royaume n'est pas loin" couplet 1 et 2. mot d'introduction à la parole.
4) Pourquoi deux livres ? "La bible" et le "Coran" (Père Gallay)
5) Proclamation de la parole "La promesse de Dieu" (Cécile Estrat)
Le Seigneur Dieu dit à Abram : "Pars de ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père, va dans le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai. Je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai celui qui te méprisera. En toi seront bénies toutes les familles de la terre".
Abram partit comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth partit avec lui. Abram avait soixante-quinze ans lorsqu'il sortit de Harrane. Il prit sa femme Saraï, son neveu Loth, tous leurs biens, et les serviteurs qu'ils avaient acquis à Harrane. ils se mirent en route pour Canaan et ils arrivèrent dans ce pays. Abram traversa le pays jusqu'à Sichem, au Chêne de Moré. Les Cannéens étaient alors dans le pays. Le Seigneur apparut à Abram et lui dit : "Voilà le pays que je donnerai à la descendance". Et là, Abram bâtit un autel au Seigneur qui lui était apparu. De là, il se rendit dans la montagne, à l'est de Béthel, et il planta sa tente. A cet endroit, il éleva un autel au Seigneur et il invoqua le nom du Seigneur. Puis, de campement en campement, Abram s'en alla vers le Néguev.
Un passage du Coran choisi par la famille lu par l'Imam suivi de l'intervention du Père Gallay
6) Procession des enfants "Fayçal, nous avons tous partagé un petit bout de ton chemin, au foot, à l'école... Tu nous as offert des moments merveilleux. Aujourd'hui, tu n'es plus loin, juste de l'autre côté du chemin et nous sommes là pour t'accompagner". Lu par Camille
Nous croyons que Dieu t'accueille dans ses bras, d'où tu veilles sur nous. Les quatre bougies sur la table représentent sa présence dans nos classes. Il reste dans nos coeurs, on ne le voit pas, mais il est toujours avec nous. Lu par...
Chaque enfant, s'il le souhaite, peut apporter ou lire ce qu'il veut offrir, une lumière ou un petit texte et le déposer sur la table (en passant par la petite allée centrale). (Sylvie) Poème Lu par Caroline
7) Prière Fayçal ne nous parle plus comme avant, il a pourtant tant de choses à nous dire (Sylvie)
"Ne pleure pas si tu m'aimes" Je suis seulement passé de l'autre côté. Je suis moi. Tu es toi. Ce que nous étions l'un pour l'autre, nous le sommes toujours. Donne-moi le nom que tu m'as toujours donné. Parle-moi comme tu l'as toujours fait. N'emploie pas un ton différent. Ne prends pas un air solennel ou triste. Continue à rire de ce qui nous faisait rire ensemble. Pris, souris, pense à moi, prie avec moi. Que mon nom soit prononcé à la maison comme il l'a toujours été sans emphase d'aucune sorte, sans trace d'ombre. La vie signifie toujours ce qu'elle a toujours signifié. Elle est ce qu'elle a toujours été : le fil n'est pas coupé. Pourquoi serais-je hors de ta pensée ? Simplement parce que je suis hors de ta vue ? Je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin... Tu vois, tout est bien. Ne pleure pas si tu m'aimes. SI tu savais le don de Dieu et ce que c'est que le ciel. Si tu pouvais d'ici entendre le chant des anges et me voir au milieu d'eux ! Si tu pouvais voir se dérouler sous tes yeux les horizons et les champs éternels, les nouveaux sentiers où je marche ! Si un instant tu pouvais contempler comme moi la Beauté devant laquelle toutes les beautés pâlissent ! Quoi ! Tu m'as vu, tu m'as aimé dans le pays des ombres et tu ne pourrais ni me revoir, ni m'aimer encore dans le pays des immuables réalités ? Crois-moi, quand la mort viendra briser tes liens comme elle a brisé ceux qui m'enchaînaient, et quand un jour que Dieu connaît et qu'il a fixé ton âme viendra dans le ciel où l'a précédée la mienne, ce jour-là tu reverras celui qui t'aimait et qui t'aime encore, tu retrouveras son coeur, tu en retrouveras les tendresses épurées. Essuie tes larmes et ne pleure pas si tu m'aimes. Selon Saint-Augustin
Début de texte lu par deux élèves de CM2 puis la fin du texte par Caroline.
8) Envoi Nous allons maintenant lâcher les ballons avec un message dans la cour de l'école pour dire à Fayçal qu'on ne l'oubliera jamais, qu'il sera près de nous et dans nos coeurs pour toujours. Chaque enfant prend un ballon à la sortie de la salle et va dans la cour de l'école pour le lâcher (Sylvie).
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