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L’évaluation change ! Comment en parler aux parents ?

Temps de lecture : 20 minutes
L’évaluation change ! Comment en parler aux parents ?

À la rentrée 2016, de nouvelles modalités d’évaluation accompagnées d’un nouvel outil, le livret scolaire unique, sont mises en place dans les établissements.  Comment aborder cette question avec les parents ? Comment accompagner le changement sans provoquer de résistances fortes ?  Comment expliquer l’évolution des pratiques et des outils sans déprécier ce qui a été fait avant ? Que faut-il dire ? Quand faut-il le dire ? …

1. Une première réflexion pédagogique

Le LSU s’inscrit dans la refondation de l’école : une école bienveillante, qui accueille tous les élèves et assure l’apprentissage à chacun.
Mais la mise en place d’un nouvel outil numérique ne doit pas occulter les enjeux principaux de la rénovation de l’évaluation

  • une évaluation au service des apprentissages et des progrès des élèves ;
  • une évaluation des compétences des élèves ;
  • une évaluation des acquis et des progrès qui remplace l’évaluation des niveaux.

Attention de ne pas confondre la réflexion sur l’évaluation et la mise en place de l’outil.
L’évaluation devra offrir une vision globale de l’élève et le LSU assurer le suivi sans rupture du CP à la 3ème.
 
Il est donc indispensable de lancer ou poursuivre le travail pédagogique autour de la question de l’évaluation en posant les questions de l’évaluation des compétences, de l’évaluation positive, de la participation de l’élève à son évaluation, d’une évaluation à plusieurs enseignants,…

N’oublions pas que le LSU est un outil de communication et qu’il est souhaitable de se questionner sur le contenu à communiquer avant de déterminer le moyen.

2. Un impact sur l’établissement

La mise en place d’un nouvel outil, de modalités d’évaluation transformées, d’une communication originale invite à poser la question au niveau institutionnel. Il parait en effet indispensable, pour maintenir de la cohérence, d’impliquer chacun à leur niveau les différentes personnes concernées. 

  • Les enseignants doivent aborder ensemble les différents sujets soulevés par cette évolution : quels apprentissages évaluer, quels outils utiliser, quelle périodicité choisir … 
  • Si le projet d’établissement est en cours de réécriture, les questions d’une évaluation positive, de la participation des élèves à leur évaluation, d’une pratique d’évaluation qui favorise l’apprentissage peuvent devenir l’une des priorités de ce projet. 
  • L’APEL si elle ne participe pas à la mise en place de cette évaluation dans la classe, peut quand même réfléchir sur sa participation en faisant venir par exemple un intervenant, en valorisant des documents de l’UNAPEL qui aborde cette question dans ces publications. (voir à ce sujet le blog de l’APEL à propos des notes)
  • L’OGEC peut également être informé car en fonction de l’outil choisi, il aura à participer financièrement à son utilisation. 
  • Le conseil d’établissement est un lieu important où la question de l’évaluation, le choix de l’équipe, la présentation du livret utilisé peuvent faire partie de l’ordre du jour. 

3. Des modalités pour la communication aux parents

Le passage d’un type d’évaluation à un autre est un changement pour les parents au même titre qu’il l’est pour les enseignants et pour les élèves. Il est donc nécessaire d’expliquer pour permettre aux parents de comprendre les raisons du changement et les nouvelles informations communiquées. Un changement n’est jamais anodin, les contradictions sont inévitables et il faut en tenir compte, les écouter pour éviter les crispations, les résistances et tranquilliser chacun. 
Enfin, cette évolution n’est ni banale ni dérisoire. Elle engage la pratique pédagogique, la place de l’élève dans ses apprentissages. Elle modifie le regard porté sur les acquis des élèves et la représentation qu’on se fait de la place de l’évaluation dans la phase d’apprentissage. Il est donc préférable de prendre du temps pour favoriser la mise en œuvre par l’établissement et en particulier les enseignants et permettre aux parents de s’habituer.

Une communication variée

  • Elle intervient plusieurs fois. Lors de la réunion de rentrée, pendant les rencontres avec les parents, au moment de l’arrivée du livret. La réforme mettra du temps à s’installer, autant prévoir une communication qui évolue.
  • Elle doit permettre la réciprocité. Pour éviter les incompréhensions des familles, il faut leur laisser la parole, autoriser le questionnement, favoriser l’interpellation. Les élèves seront d’autant plus à l’aise avec une nouvelle évaluation s’ils sentent l’adhésion chez eux.
  • Elle doit prendre plusieurs formes. Comme les élèves ou les professeurs certains parents apprécient l’oral, d’autres l’écrit, certains ont besoin d’exemples, d’autres d’images … il faut rechercher différents canaux pour aider les parents à faire évoluer leur représentation. Un discours lors de la rentrée, un écrit qui accompagne le livret, une information répétée dans une « feuille » trimestrielle, sur le site de l’école …

Le discours est positif

Il montre les évolutions, les progrès, les avantages. Il n’est pas une attaque en règle des modalités antérieures. Ne pas oublier que ces modalités sont celles que les parents connaissent et ont vécues (subies ?). Les décrier, les accuser risque d’amener les parents à les défendre et du coup ne pas adhérer à la nouvelle pratiques. 
Il précise que les pratiques proposées sont adaptées « à l’époque » aux attentes actuelles, aux réalités des enfants, aux nouveaux programmes … 

Ce n’est pas un caprice de l’équipe ni une fantaisie du ministère. Les nouvelles pratiques s’appuient sur des approches étayées, des éléments théoriques

Sans rentrer dans des détails pédagogiques trop théoriques (qui pourraient laisser croire que ce n’est qu’une affaire de spécialistes), il est important de définir ce qui provoque le changement. une école inclusive qui s’adapte à chacun plus qu’elle n’adapte tous les élèves à un modèle unique. Une motivation des élèves qui s’appuie sur l’expérience de la réussite. Des intelligences multiples qui invitent à multiplier les canaux d’apprentissage et d’évaluation. Un référentiel de compétences qui définit des apprentissages complexes qu’on évalue avec des critères …

L’évolution est progressive. La communication peut l’être aussi 

  • Tout ne va pas changer en un an. Par exemple, dans une feuille d’information trimestrielle, un passage régulier peut être établi sur l’évaluation en s’appuyant sur un exemple pour montrer de nouvelles modalités, de nouveaux outils, de nouvelles tâches d’évaluation, 
    • ce matin les CP se sont évalués en lecture, 
    • depuis le début du trimestre tous les élèves de CE2 sont évalués lors de leur exposé, 
    • le projet des CM2 autour des problèmes à résoudre …

S’adresser à tous les parents : différencier les propos pour que tous les parents s’y retrouvent que leur enfant soit en tête de classe ou en grosse difficulté. 

  • Trop de réformes ou de changements dans l’école se sont « cassés le nez » devant la critique d’une baisse de niveau. 
  • Dans le cas d’une rénovation de l’évaluation, de nombreux parents d’élèves qui réussissent auront besoin qu’on leur explique pourquoi il est utile de changer un système qui, pourtant, convient très bien à leur enfant.  
    • De nouveaux objets d’apprentissage, notamment transversaux qui ne peuvent pas être évalués comme les précédents.
    • Une évaluation qui définit mieux ce que l’élève apprend que la valeur de ce qu’il sait
    • Une évaluation qui s’attache plus à ce que chacun maitrise qu’à la quantité des acquisitions dans un ensemble.

  • Pour les parents d’élèves plus en difficulté, la question est différente et revient souvent. Comment leur expliquer que leur enfant est en difficulté alors que ses évaluations sont réussies et positives ? Là encore, il faut des arguments en faveur de cette évaluation qui intervient dans une école inclusive qui accueille tout le monde mais pour que chacun réussisse.
    • Une évaluation positive c’est une évaluation ou chacun est fier de ce qu’il sait faire même si son voisin sait faire autre chose.
    • Une évaluation individualisé, c’est une évaluation qui permet à chacun de montrer où il en est sans être obligé de se mesurer à plus fort que lui.
    • Une évaluation peut être réussie avec de l’aide. Et il vaut mieux réussir en étant aidé que ne pas réussir du tout. 
    • Des exemples du quotidien illustrent bien cette évaluation. Un enfant peut savoir faire du vélo mais pas assez pour qu’on le laisse seul aller chercher le pain. Un autre peut savoir faire une recette de cuisine mais on restera à côté pour éviter qu’il ne se coupe ou se brule … 
    • l’évaluation aujourd’hui indique ce que l’élève maitrise et dans ce sens-là est positive car elle parle de réussite mais on n’oublie pas l’objectif à atteindre. Dire à un élève qu’on est content de ce qu’il a fait, qu’il a réussi son travail, ce n’est pas le « leurrer » en lui cachant ce qui est attendu. C’est surtout l’encourager et le motiver pour aller plus loin.

4. Le choix d’un outil

Chacun le sait, depuis le début de l’année, le ministère propose aux établissements un accès aux LSU sur le portail ARENA.  
D’autres applications sont actuellement en cours d’élaboration pour répondre aux écoles qui souhaitent passer par une interface différente. 
Des informations à ce sujet sont données dans l’article de sitEColesLivret scolaire unique numérique (LSUN) - Foire aux questions.

Le choix de l’outil n’est pas anodin. Il doit répondre aux attentes de l’équipe et à la logique d’une nouvelle évaluation. Il doit permettre de faire évoluer sa pratique. Attention aux éditeurs qui proposent des options pour rester sur son ancienne pratique ou qui « agit » à la place de l’enseignant. L’évaluation reste un moyen pédagogique au service de l’enseignant, de l’enfant ou des parents mais pas au service de l’outil ou contraint par lui. 

Ce choix d’un outil, quel qu’il soit, imposera d’expliquer aux parents les modalités permettant de s’informer sur le suivi de leur enfant. C’est aussi une manière de faire l’école du 21ème siècle.
L’outil informatique est aujourd’hui incontournable et de plus en plus d’informations sont aujourd’hui accessibles avec un ordinateur uniquement. Tous les parents qui ont des enfants au collège ont l’habitude de l’outil et sauront s’habituer à une nouvelle communication.
Il est possible, pour éviter un changement trop radical, que le papier soit nécessaire. Mais le passage au numérique est incontournable et se fera sans doute facilement.

Le nouveau livret scolaire unique offre une vision globale de l’élève et assure leur suivi sans rupture du CP à la 3ème. Il n’est qu’un outil de communication et ne pourra être utilisé avec pertinence qu’à partir d’une réflexion poussée à propos de l’évaluation. Cette réflexion et les innovations qu’elle permettra seront les conditions de la réussite d’une bonne communication aux parents.

 

© Crédit photo Adobe Stock Devrim Pinar

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