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Réflexions sur les conditions favorables à l'apprentissage

Temps de lecture : 11 minutes
Réflexions sur les conditions favorables à l'apprentissage

Comment, en lisant un roman, je me suis retrouvée rattrapée par ma profession...

Profitant de vacances, j’ai décidé de lire David Copperfield afin de découvrir l’univers de Charles Dickens. J’étais profondément  absorbée par la description de l’enfance du jeune David quand mon attention s’arrêta sur ce qu’il vivait suite à l’événement  suivant : veuve, sa mère se remarie à M. Murdstone, qui, flanqué de son austère sœur vient habiter la maison de David. Ces deux derniers prirent en main l’éducation du jeune David et ils annoncèrent rapidement leur méthode de « fermeté ». Mme Copperfield se vit ainsi dépossédée de l’instruction de son fils et c’est avec beaucoup d’impuissance qu’elle fut témoin passive de ce que David endurait.

Voici quelques extraits de ce que David subit et pense : «Ici je ferai remarquer que la fermeté était  la qualité dominante dont se piquaient M. et Melle Murdstone. […] comment pourrais-je oublier ces leçons ? […] J’avais assez de facilité et de plaisir à apprendre, quand nous vivions seuls, ma mère et moi. […] Mais les leçons solennelles qui suivirent celles-là, je m’en souviens comme un coup mortel porté à mon repos, un labeur pénible, un chagrin de tous les jours. Elles étaient très longues, très nombreuses, très difficiles. Certaines étaient parfaitement inintelligibles pour moi […] la vue de ces deux personnages exerce sur moi une telle influence que je commence à sentir m’échapper, pour aller je ne sais où, les mots que j’ai eu tant de peine à fourrer dans ma tête. Par parenthèse, j’aimerais bien qu’on pût me dire où vont ces mots ?  Je tends mon livre à ma mère. […] avant de le lui donner, je jette un dernier regard de noyé sur la page, et je pars au grand galop pour la réciter tandis que je la sais encore un peu. Je trébuche sur un mot. M. Murdstone lève les yeux. Je trébuche sur un autre mot. Melle Murdstone lève les yeux. Je rougis, je culbute sur une demi-douzaine de mots, et je m’arrête. […]

Il ne la sait pas, reprit Melle Murdstone d’une voix terrible. […] il faut lui rende le livre et qu’il aille rapprendre sa leçon. […] J’obéis à la première injonction, et je me remets à apprendre, mais je ne réussis pas  […] car je suis plus stupide que jamais. Je fais la culbute avant d’arriver à l’endroit fatal, à un passage que je savais parfaitement tout à l’heure, et je me mets à réfléchir, mais ce n’est pas à ma leçon que je réfléchis. […] je deviens stupide. Le cas est tellement incurable, et je me sens me débattre dans un tel bourbier de bêtises, que je renonce à l’idée de pouvoir m’en tirer et que je m’abandonne à mon sort. Il y a quelque chose de profondément mélancolique dans les regards désespérés que nous nous jetons, ma mère et moi, à chaque nouvelle erreur. […]

Le résultat inévitable de ce traitement, qui dura j’imagine pendant six mois au moins, fut de me rendre renfrogné, têtu et morne. […]

Je sentais les mots de mes leçons m’échapper, non pas un à un, ou ligne par ligne, mais par pages entières. J’essayai de les rattraper, mais il me semblait, si je puis dire, qu’ils s’étaient mis des patins pour glisser loin de moi avec une rapidité que rien ne pouvait arrêter. »

Et cela finit par des coups, des châtiments corporels et un enfermement de cinq jours ;  le calvaire de David Copperfield se terminera par l’envoi dans un pensionnat.

Comment lire les réactions de David Copperfield ? Certes, il s’agit de l’Angleterre du 19ème siècle. Mais ces réactions peuvent être de tous temps.

Le lecteur attentif décrypte assez rapidement ce qui se passe pour David : la pression, la peur, le sentiment d’être stupide, la sensation de ne plus rien comprendre, la perception d'objectifs inatteignables.

Comment ces constats peuvent-ils nous faire réfléchir sur les conditions favorables à l'apprentissage ?

Pour apprendre un être doit se sentir en sécurité : physique, affective, cognitive, sociale.

L’adulte doit être attentif à tout ce qui peut perturber cet état pour soulager l’enfant de la culpabilité de ne pas répondre à l’attente qu’on a de lui. La bienveillance doit accompagner ses tentatives, erreurs comme réussites.

Il s'agit d'évaluer les causes possibles de troubles (physiologiques, affectifs, cognitifs) :

  • physique et santé : s'il y a un doute, il est nécessaire d'éliminer les causes sensorielles (audition, vision). Il faut sensibiliser l'enfant et sa famille à la durée et à la qualité du sommeil nécessaire à un bon équilibre (cela peut constituer un objectif de rencontre/conférence avec les parents d'élèves par exemple dans le cadre de l'APEL).
  • affectifs : les conditions favorables iront dans un lien école/famille respectueux. Il convient d'éviter les oppositions avec le milieu familial : un enfant ne peut trahir les siens.
  • cognitifs : à l'école, il paraît essentiel d'identifier aussi correctement que possible les paliers nécessaires à l’enfant pour progresser à son rythme et son niveau et non pas à celui des autres et/ou du programme, en se donnant des objectifs atteignables et respectueux de l’enfant.
  • social : le climat scolaire en classe : l'enseignant est garant du cadre et veillera à créer une vie de groupe harmonieuse, favorisant la coopération et l’entraide plutôt que la compétition, tout en pratiquant une évaluation positive.

La qualité de la relation maître-élève s'avère primordiale ainsi que l’attention que l’adulte portera à chacun d’eux, étant attentif à l'individu, lui adressant individuellement la parole (en ne s'adressant pas uniquement au groupe classe).

En dehors de la classe : les enseignants doivent se préoccuper de tous les temps « péri » : garderie, restauration, récréation. Pour surveiller les récréations, les adultes connaîtront les mécanismes du harcèlement afin d'intervenir aux premiers signes avant de laisser les plus fragiles s'enfermer silencieusement dans ce piège.

La conclusion peut nous renvoyer à David Copperfield quand, élève d'un nouvel enseignant, le docteur Strong, David témoigne : « cette confiance produisit les meilleurs résultats [….] nous étudiions de tout notre coeur […].

À bon entendeur….. !

                                                                    

© Crédit photo : Julia Germain

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