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Appréciation scolaire 2ème partie : quelques repères

Temps de lecture : 15 minutes
Appréciation scolaire 2ème partie : quelques repères

Comment concevoir les appréciations scolaires dans une École qui prône le partenariat avec les parents et une évaluation positive des élèves ? Suivons le cheminement d’une équipe qui en fait un objet de travail prioritaire.  

Octobre 2016. École Saint-Martin de Mayenne.

Ecrire à des parents à propos de leur enfant n’est pas un acte banal. La première réunion que nous avons eue entre collègues le démontre. Nous avions commencé à réfléchir à ce savoir-faire de l’enseignant et nous sommes repartis avec des questions : Quelle est la place de chacun dans l’appréciation ? Quel sens donner à ce message écrit ?

Pour avancer, nous avons croisé notre pratique avec des sources relatives au lien école – famille. De nos échanges, quelques repères ont émergé.

  1. L’appréciation scolaire : un texte adressé à des parents reconnus

« La coéducation joue un rôle essentiel pour instaurer un climat propice à la réussite de chaque élève », indique la circulaire de rentrée 2016. Et pourtant, l’expérience démontre que le partenariat ne s’établit pas sur les mêmes bases avec tous les parents :

  • Des parents questionnent la réalité scolaire de leur enfant. Nous pouvons réfléchir avec eux à son accompagnement. Le doute étant supportable, l’appréciation peut être plus qu’un constat. Et si elle s’écrivait aussi avec des phrases interrogatives ?
  • Des parents demandent trop à leur enfant et à l’école, croyant vraiment que le « déclic », le « rattrapage », la « stimulation » sont les réponses à « son blocage », « son retard », « sa précocité ». L’appréciation ne devrait ni conforter cette certitude ni essayer de convaincre du contraire. Et si elle se contentait de limiter et d’apaiser ?
  • Des parents ne savent pas comment aider leur enfant, appliquant par défaut des fonctionnements rigides : faire apprendre par cœur absolument, faire écrire absolument… Philippe Meirieu invite les enseignants à décrire aux parents les enjeux implicites des tâches scolaires. Et si l’appréciation y contribuait ?
  • Des parents n’ont pas envie d’avoir de liens avec l’École parce qu’ils se sentent dominés, incompétents, pas à leur place dans cette institution. De leur point de vue, parents et enseignants ont des rôles séparés et complémentaires. Pierre Périer invite l’Ecole à l’entendre et le respecter. Et si, dans l’appréciation, l’enseignant assumait sa responsabilité, sans trop en demander aux parents ?

La coéducation ne se décrète pas. Elle s’invente en tenant compte de la diversité des parents. Pas toujours aisée à définir, la question de la posture de l’enseignant gagne à être réfléchie à plusieurs, en équipe.

  1. L’appréciation scolaire : un reflet des apprentissages

Les verbes estimer et apprécier signifient « mesurer » ou « donner de la valeur ». Bien que le sens positif se perde curieusement avec les noms estimation et appréciation, le commentaire écrit par l’enseignant ne consiste pas qu’à jauger les performances de l’élève. C’est un espace où il juge les acquisitions effectuées et son rapport aux apprentissages (intérêt, responsabilité, coopération, initiative, organisation). Écrire une appréciation scolaire revient à donner des repères à l’élève, sur lui-même et sur ses apprentissages.

Loin d’être un message neutre, l’appréciation scolaire touche l’enfant dans son estime de soi et elle interpelle l’enseignant dans la part de responsabilité qui lui revient.

Côté élève, des questions implicites et fondamentales rejaillissent à chaque évaluation : Qui suis-je ? Qu’est-ce que je vaux ? L’appréciation scolaire qui en résulte ne devrait pas être une prédiction, mais un regard valorisant porté sur un être en devenir et un regard confiant sur son parcours d’apprentissage. Les enfants ont tendance à s’identifier étroitement à ce qu’on raconte à leur sujet. Dès 2007, un texte d’orientation de l’Enseignement Catholique invitait les enseignants à la bienveillance, l’exigence et l’espérance : « Le professeur […] s'interdit d'abord les appréciations ou les sanctions qui humilient. Ensuite, […] dans la rédaction des bulletins de notes, ou même dans la vigilance sur toute parole prononcée à propos d'un élève, de façon formelle ou informelle, tout doit concourir à atteindre ces objectifs : éviter tout jugement définitif, refuser les étiquettes, reconnaître le droit à chaque élève d'avoir un parcours sans être réduit à son passé, savoir poser avec rigueur les exigences indispensables à la croissance, sans jamais fermer la porte à l'espoir constitutif de toute démarche éducative. »

Côté enseignant, chaque évaluation implique – après-coup – une réflexion pédagogique. Si celui-ci n’a pas d’obligation de résultat, il a – en revanche – une obligation de moyens ! Apprécier le travail d’un élève ne devrait pas se conclure par sa mise à l’épreuve, mais par une mise au travail de l’élève avec son enseignant. Les programmes 2015 vont jusqu’à demander aux enseignants de s’engager dans l’évaluation des élèves. Ils recommandent une « évaluation constructive qui régule, encourage, soutient les apprentissages ».

  1. L’appréciation scolaire : un prétexte à la parole

« L'évaluation doit permettre à chaque élève d'identifier ses acquis et ses difficultés afin de pouvoir progresser. », indique la circulaire de rentrée 2016. Des outils sont institués dans ce sens : le carnet de suivi des apprentissages en maternelle, le relevé de compétences avec ses composantes échelonnées dès le cycle 2.

La juxtaposition de ces données d’évaluation « parlera » probablement à certains élèves. Mais pour prendre la mesure de leur situation scolaire, la plupart des élèves ont besoin qu’elle soit parlée avec d’autres. Combien d’entretiens parents-enseignant à l’école ne sont pas suivis de discussions parents-enfant à la maison ? Si l’appréciation écrite par l’enseignant provoque une réaction chez les parents, elle n’entraîne pas nécessairement un échange avec l’enfant. Ne revient-il pas à l’enseignant d’aider chaque élève à s’évaluer ? La quête d’une école plus inclusive se joue dans les actes posés.

Avec l’entretien pédagogique, l’enseignant peut accorder du temps à son élève, pour discuter avec lui de l’appréciation déjà écrite. Il écoute l’élève dire ce qui va et/ou ce qui ne va pas dans l’école, avec les autres, dans ses apprentissages. Il lui explique le sens de son message écrit. C’est l’occasion de penser l’avenir, de fixer ensemble des objectifs ou de penser des adaptations. Pas de différenciation pédagogique sans dialogue avec l’élève ! L’enjeu est de taille. Il s’agit d’aider l’élève à prendre du recul par rapport à ses réalisations passées pour qu’il devienne plus sujet des apprentissages à venir. Dans une classe de 24 élèves, prendre dix minutes pour parler individuellement avec ses élèves demande quatre heures ! « Impossible ! », diront certains collègues. Pour rendre ce dispositif opérationnel, une organisation peut être imaginée au niveau de la classe (pendant les temps de travail en autonomie, en cours d’apprentissage via des dialogues pédagogiques) ou de l’école (avec le concours d’autres collègues). Encore faut-il que les enseignants y voient plus un gain (pédagogique) qu’une perte (de temps) !

Conclusion

L’équipe pédagogique de l’école Saint-Martin s’est mise au travail à partir d’un objet professionnel commun : les appréciations scolaires. Avec le concours de Marie-Line Guesdon (chargée de mission à la DDEC53), quelques repères ont été posés.

L’appréciation écrite n’est pas un constat définitif sur un élève méconnu. Elle vient ponctuer le parcours d’apprentissage d’un élève singulier. Si elle est adressée à des parents identifiés, elle est destinée :

  • à l’élève, dans la mesure où il peut en parler avec quelqu’un ;
  • à l’enseignant lui-même, s’il considère la façon singulière d’apprendre de l’élève.

L’appréciation scolaire poursuit une visée éducative. Après mesure des compétences (disciplinaires, transversales), elle juge la situation scolaire de l’élève, dans le respect de sa personne. Elle envisage également la suite des apprentissages et les moyens qui vont l’aider à progresser.

La rédaction de l’appréciation scolaire passe par des questions-clés à se poser :

  • « A quel parent j’écris ? »
  • « Quel élève est-il ? » « Que sait-il ? » « Que peut-il savoir ? »
  • « Qu’est-ce que nous pouvons mettre en place à l’école pour aider l’élève à progresser ? »

La troisième réunion de l’équipe aura pour objectif d’écrire ensemble quelques appréciations scolaires concernant des élèves de l’école. Un prochain article sur le sujet permettra d’en rendre compte.

 

© Crédit photo : Dominique Fontaine/sitEColes.

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