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Appréciation scolaire 1ère partie : le temps des questions 

Temps de lecture : 8 minutes
Appréciation scolaire 1ère partie : le temps des questions 

Comment concevoir les appréciations scolaires dans une École qui prône le partenariat avec les parents et une évaluation positive des élèves ? Suivons le cheminement d’une équipe qui en fait un objet de travail prioritaire.  

Septembre 2016. École Saint-Martin de Mayenne.

Jusqu’à présent, les enseignants de l’école avaient des pratiques différentes du livret d’évaluation : un support papier personnalisé, des notes attribuées en quantité variable selon les classes (à partir du CP), une somme de compétences acquises ou pas, un exercice solitaire des commentaires écrits.

Héritée du passé de l’école, la communication de l’évaluation est devenue un problème pour cette équipe soucieuse de cohérence. La mesure du « niveau » de l’élève avec des notes est apparue incompatible avec la logique de parcours. Permettre aux parents d’accéder à l’évaluation de leur enfant via leurs écrans est devenu une évidence, à une époque où l’information se numérise. Les enseignants ont donc décidé d’abandonner définitivement les notes et d’adopter un livret scolaire numérique.

Par ailleurs, le contexte de grande diversité culturelle de cette école nécessite de réfléchir aux modalités d’un partenariat clair et durable avec les parents.

Les notes avaient l’avantage d’offrir une évaluation immédiate des apprentissages. D’un certain sens, ça semblait parler vrai. L’abandon des chiffres rehausse sans doute la valeur des mots écrits par les enseignants. Cette appréciation scolaire n’est pas à négliger quand on sait l’effet produit chez les parents par tout discours sur leur enfant.

Les enseignants de l’école Saint-Martin s’accordent à dire la difficulté de cet exercice. Ils savent les excès qui les guettent :

  • Le premier est d’offrir l’image d’une École déshumanisée. Quand l’enseignant infantilise les parents, en leur délivrant des conseils qu’ils sont dans l’incapacité de suivre, on se dit : « Où place-t-il les parents ? » Quand l’enseignant impose des objectifs aux élèves sans évoquer les moyens de les atteindre, on se dit : « Où est le pédagogue ? »
  • Le second est d’accorder une part trop importante aux impressions et interprétations. Quand l’enseignant insiste sur les manques et incompétences de l’enfant, on se dit : « Où se place-t-il ? » Quand l’enseignant explique que l’élève doit sa réussite à la méthode pédagogique employée, on se dit : « Où est l’élève ? »

À travers la subjectivité d’écrits qui se voudraient objectifs, l’enseignant représente l’École, son école et s’expose personnellement. Entre les lignes, des représentations implicites sont à l’œuvre. L’appréciation scolaire inscrit chacun – l’élève, le parent, l’enseignant –  à une place. Est-elle autorisée ou interdite, occupée ou esquivée ?    

Lors d’une première concertation, nous voulions donc chercher des repères à avoir en tête au moment de rendre compte par écrit de la situation scolaire d’un élève. Nos échanges ont abouti à une série de questions.  

L’appréciation scolaire est un message écrit :

  1. Pour qui ?
  • À qui l’adresse-t-on ?
  • À qui la destine-t-on ?
  1. D’où ? 
  • Un regard d’enseignant focalisé sur les résultats de l’élève (ses performances, ses apprentissages effectifs) ?
  • Un regard d’éducateur capable de penser globalement son rapport aux apprentissages et aux autres (enseignant, pairs) ?
  • Un regard bienveillant qui cherche à valoriser l’élève (au risque d’édulcorer les difficultés à dépasser) ?
  1. Pourquoi ?
  • Pour rendre compte de la situation présente de l’élève en référence au cadre commun (règlement, programme) ?
  • Pour mettre en perspective la trajectoire de l’élève (progression, stagnation ou régression dans les apprentissages) ?
  • Pour nommer un problème et donner sa solution ?
  • Pour favoriser l’émulation par rapport aux autres (son groupe) ?
  • Pour favoriser une progression par rapport à lui-même (objectifs personnalisés) ?
  1. Comment ?
  • Un exercice solitaire ou un exercice collaboratif ?
  • Un exercice réalisé d’un trait ou en plusieurs étapes ?
  • Un lexique accessible ou qui relève du jargon enseignant, de formules convenues ?
  • Une structure de texte composée de phrases définitives ou nuancées ?
  • Un écrit dans lequel l’enseignant s’engage ou exclusivement centré sur l’élève ?

En se mettant au travail sur la question des appréciations scolaires, deux objets de réflexion se sont détachés :

  • la place de chacun dans le message,
  • le sens du message.

Une chargée de mission en animation-formation de la DDEC53 a été conviée à la réunion suivante. Cette recherche fera l’objet d’un prochain article. D’ici là, n’hésitez pas à partager vos expériences et vos réflexions sur sitEColes !

 

© Crédit photo : Dominique Fontaine/sitEColes.

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