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Aplanir les montagnes ou éduquer à gérer les obstacles

Temps de lecture : 9 minutes
Aplanir les montagnes ou éduquer à gérer les obstacles

Comment construire un projet éducatif dans l’Enseignement catholique avec des « parents curling » ?  

L’homme contemporain peut-il s’arrêter quelques instants pour regarder derrière et devant lui : Le passé aide à comprendre le futur qui se construit. Et effectuer un pas de côté permet de prendre du recul et d’analyser.

La place de l’enfant dans la société a changé, sans faire de discours ni de traité de sociologie, on voit bien qu’être un enfant dans une fratrie de six, sept ou huit (comme ce fut le cas jusqu’au milieu du XXème siècle), n’est pas comparable à la situation du XXIème siècle où l’enfant naît presque quand ses parents le choisissent. Il ne s’agit pas ici d’émettre un jugement mais force est de constater que la tendance de nos contemporains seraient à la surprotection de leur progéniture, certains auteurs allant jusqu’à parler de « parents curling », en référence à ce jeu sur glace où les joueurs balaient devant la pierre pour gommer tout obstacle….

Au-delà de l’énergie déployée et de la fatigue pour les parents, obnubilés par la réussite du bonheur de leur enfant, ils en oublient que pour être heureux, autonome, responsable, ouvert aux autres et tout simplement libre, il est nécessaire d’oser, d’essayer, expérimenter, prendre des risques, tomber, se relever, recommencer pour tout simplement vivre.

La chance de l’Enseignement catholique est d’avoir retenu le concept de co-éducation dans son projet. Comment réfléchir à cette question : faut il aplanir tous les obstacles ou éduquer, pour apprendre à gravir les montagnes…, de la vie ?

Cette question pourrait être une porte d’entrée pour une réflexion en lien avec l’écriture (ou la réécriture) du projet éducatif de l’école ?

Et pour lancer le débat, pourquoi pas un texte extrait de la rubrique "textes à méditer" de sitEColes

Ça suffit !

Tout le temps ils sont après moi, à me guider, me soutenir, à m'éclairer, à m'avertir, à m'aider, me prévenir et me dire comment agir de peur de me salir.
Ont-ils oublié que j'ai déjà fait mes premiers pas ? Je ne suis plus un enfant !
Toujours à moi de m'excuser, toujours à moi d'écouter, toujours à moi de céder, toujours à moi de fermer la bouche, toujours à moi d'avoir tort, toujours à moi d'être autorisé, toujours à moi de demander la parole alors que je voudrais leur dire tant de choses et de désirs qui m'agitent l'esprit et le cœur !
Qu'ont-ils donc à me protéger et à m'entourer de barrières ? Je veux décider, rire, parler, et qu'on me donne ma chance !
Tout le temps ils sont derrière moi, ils m'agacent et s'étonnent alors de voir ma tête des mauvais jours.

Ça suffit ! J'ai envie de ne plus les connaître, de ne plus les regarder !
O Seigneur quand viendra-t-il, pour moi, le temps d'avancer tout seul sans les béquilles qu'on me force dans les mains ?
Je ne veux pas m'éloigner, ni leur tourner le dos, ni m'écarter. Seulement, je veux aller ailleurs, toucher le soleil même si je reviens les doigts brûlés. Pour grimper au sommet, il faut risquer de tomber, sinon jamais on ne goûte à la neige en plein été !
O Seigneur grandir est difficile, et si parfois d'eux je m'éloigne, ce n'est pas pour tourner le dos ou m'écarter de leur visage. C'est seulement pour pousser moi-même la porte qui ouvre sur la vie.
Sûrement je me tromperai parfois, car grandir est difficile. Ils comprendront sûrement que je ne veux pas rompre et que je reviendrai toujours comme l'enfant ce jour-là.
Car je sais que leur amour jamais ne m'emprisonne, et je ne peux pas vivre sans leur bras de tendresse.
O Seigneur lorsque grandir m'est difficile, lorsque je me suis éloigné, lorsque je me suis trompé, rends-moi le désir du retour !
O toi, Dieu, je le sais, tu es le Seigneur de la Porte ouverte.

Charles Singer

Offrir un printemps

Il est urgent d'éradiquer ce principe de compétition qui place l'enfant, dès sa scolarité, dans une rivalité terrible avec les autres et lui laisse croire que s'il n'est pas le meilleur, il va rater sa vie. Beaucoup répondent à cette insécurité par une accumulation stupide de richesses, ou par le déploiement d'une violence qui vise à dominer l'autre, que l'on croit devoir surpasser. Aujourd'hui, on est tout fier lorsqu'un enfant de cinq ans sait manipuler la souris de l'ordinateur et compter parfaitement. Très bien. Mais trop d'enfants accèdent à l'abstraction aux dépens de leur intériorité, et se retrouvent décalés par rapport à la découverte de leur vraie vocation.
Dans notre jeune âge, nous appréhendons la réalité avec nos sens, pas avec des concepts abstraits. Prendre connaissance de soi, c'est d'abord prendre connaissance de son corps, de sa façon d'écouter, de se nourrir, de regarder, c'est ainsi que l'on accède à ses émotions et à ses désirs. Quel dommage que l'intellect prime à ce point sur le travail manuel. Nos mains sont des outils magnifiques, capables de construire une maison, de jouer une sonate, de donner de la tendresse.
Offrons à nos enfants ce printemps où l'on goûte le monde, où l'on consulte son âme pour pouvoir définir, petit à petit, ce à quoi l'on veut consacrer sa vie. Offrons-leur l'épreuve de la nature, du travail de la terre, des saisons. L'intelligence humaine n'a pas de meilleure école que celle de l'intelligence universelle qui la précède et se manifeste dans la moindre petite plante, dans la diversité, la complexité, la continuité du vivant.

Pierre Rabhi

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