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Le pèlerinage à travers l'histoire

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Le pèlerinage à travers l'histoire

Le pèlerinage à La Mecque constitue l’un des cinq piliers de la religion musulmane et tout fidèle musulman met tout en œuvre pour y participer au moins une fois dans sa vie. Dans l’Eglise catholique, il  n’existe aucune obligation au pèlerinage et pourtant ils se sont multipliés au cours de l’histoire de l’Eglise. Pourquoi ?

Moments de ressourcement pour le croyant, temps de prière, liens avec les croyants du passé… Autant de raisons qui ont incité l’Eglise à recommander vivement le pèlerinage. Mais, encore plus, comme le souligne Jean-Paul II, « le pèlerinage est l’image de notre vie humaine ». Il nous rappelle que nous sommes en marche vers le Royaume de Dieu, en route vers la Source de tout bien. « En mettant tout son être en marche, son corps, son cœur et son intelligence, l’homme se découvre chercheur de Dieu et pèlerin de l’Eternel. Il s’arrache à lui-même pour passer en Dieu. »
 
Au temps des premiers chrétiens
 
Partir en pèlerinage, c’est prendre la route pour un haut lieu spirituel où est édifié un sanctuaire. Ce sanctuaire a été construit sur la tombe d’un martyr, d’un saint, à l’endroit où s’est déroulé un évènement extraordinaire…
Mais au temps des premiers chrétiens, hormis le temple de Jérusalem fréquenté par les Juifs convertis, avant la dispersion par la persécution, il n’existe pas de lieu particulier. L’Eucharistie est célébrée dans une maison ainsi que le précise à maintes reprises les Actes des apôtres où les épîtres de Paul.
Les premiers lieux de culte vont apparaître au 4e siècle lorsque la religion chrétienne va pouvoir s’exprimer librement. Et à partir de Théodose (fin du 4ème siècle) qui en fait la religion officielle de l’Empire Romain on voit se multiplier les édifices destinés au culte. Et c’est en particulier à Rome et à Jérusalem que vont fleurir ces sanctuaires.
 
À Jerusalem, à la suite  de Jésus
 
A Jérusalem, Constantin fait construire trois églises sur le lieu du calvaire où sa mère, Hélène, déjà en pèlerinage, découvre « la vraie croix » dans un fossé.
Au 5e siècle, on ne comptera pas moins de trois cents édifices religieux dans la ville Sainte et des pèlerins sans cesse plus nombreux s’y rendent par terre ou par mer, seuls ou la plupart en groupe. On y accourt de « toutes les parties de l’univers », à tel point que surpopulation, inflation des prix et dégradation des mœurs conduisent à des mises en garde des évêques.
Au 7e siècle, c’est l’irruption musulmane.
 
Mais ce n’est qu’au 11e siècle que la cohabitation des chrétiens et des musulmans sur cette Terre Sainte devient difficile entraînant l’empereur de Byzance à lancer un appel pour la reconquête de Jérusalem et des lieux saints.
C’est le temps des croisades : 9 croisades, de celle d’Urbain II en 1095 à celle qui ne peut sauver Acre en 1291. Pèlerins et croisés se mêlent… et beaucoup se terminent mal…
 
Et depuis le 16e siècle, les pèlerinages se poursuivent, même si leur but a évolué au cours des siècles : aller prier sur le tombeau du Christ,  reconquérir  les lieux saints par les armes au temps des croisades ou chapelet à la main et en faisant pénitence au 19e siècle.
 
Et aujourd’hui, une dimension nouvelle, culturelle et touristique vient enrichir le pèlerinage en Terre Sainte : on veut y approfondir sa foi et ses connaissances religieuses, notamment bibliques, et mener avec d’autres pour quelques jours, un temps de partage et de fraternité universelle.
 
À Rome, sur le tombeau des apôtres
 
Très tôt, les apôtres Pierre et Paul sont considérés par les chrétiens comme les fondateurs de l’Eglise de Rome et dès le 4e siècle, et même avant, nombreux sont les pèlerins qui se rendent à Rome pour les vénérer.
 
Trois lieux sont fréquentés par ces premiers pèlerins : Saint-Sébastien où s’élèvera sous Constantin la « basilique des apôtres », puis St-Pierre du Vatican et St Paul-hors-les-Murs.
Mais à ceux-ci s’ajoutent une multitude d’églises à Rome et dans les environs, édifiées sur les tombes des martyrs et qui sont autant de sanctuaires pour les voyageurs en déplacement.
Peu à peu, Rome va devenir la ville où réside le Pape, successeur de Pierre et tout au long des siècles, les chrétiens innombrables vont se rendre en pèlerinage à Rome.
 
Pèlerins et pèlerinages au Moyen-Âge
 
Le Moyen Age est l’âge d’or des pèlerinages. Le culte des saints est alors très à l’honneur et on se rend volontiers en pèlerinage aux endroits où ils ont vécu et dans les sanctuaires où leurs reliques sont conservées. De plus, à partir du 8e siècle, le pèlerinage fait partie des pénitences « canoniques » imposées souvent à des personnages importants qui se rendent en pèlerinage dans des pays lointains (Rome, Terre Sainte) accompagnés de leurs serviteurs.
 
Mais tous ne peuvent partir. Aussi voit-on apparaître le pèlerinage par procuration : des pèlerins sans ressources se font ainsi un peu d’argent en se rendant jusqu’au sanctuaire lointain pour le compte d’un seigneur. On voit même bientôt naître le pèlerinage posthume : le chrétien laisse après sa mort les fonds nécessaires à la rétribution de celui qui va le représenter dans un lointain sanctuaire.
A cette époque, le pèlerinage apparaît comme une véritable pénitence, une « peine » tarifiée pour les péchés, un véritable exil pour celui qui est ainsi condamné à l’errance surtout quand on sait l’imprévu, les dangers de la route, les intempéries, la fatigue et la maladie.
 
C’est aussi vers le 11e siècle que s’origine la pratique de l’indulgence. En 1095, Urbain II accorde aux croisés l’ « indulgence plénière », absolvant le pécheur de la peine et de la faute. A la fin du Moyen-Age, tous les pèlerinages sont dotés de cette pratique des indulgences avec les abus inévitables, à l’origine de la Réforme protestante.
 
Au Moyen Age, le pèlerin revêt une tenue bien spécifique permettant de le reconnaître : la tunique serrée à la taille par une ceinture, le capuchon, la solide cape de laine qui deviendra la pèlerine, le chapeau pour se protéger de la pluie et du soleil auquel on accroche une coquille St-Jacques. N’oublions pas les solides chaussures, la longue canne, le « bourdon », qui sert à la marche et à se défendre en cas d’attaque des brigands  ou  des  loups. Pour  compléter  le  tout,  le petit sac  en  peau  qui  contient  l’argent  et  la  lettre  de recommandation du curé permettant de recevoir l’hospitalité dans les monastères. 
A l’aller, le pèlerin fait coudre une croix  rouge sur son dos ; au retour, il la porte sur sa poitrine.
 
Les voyages ne vont pas sans danger. Se déplaçant souvent à pied, pour les plus aisés en monture, ils suivent les itinéraires balisés par les religieux à l’aide de croix, chapelles… Mais les mauvaises rencontres sont fréquentes, ce qui conduira d’ailleurs à la fondation d’ordres à la fois religieux et militaires pour assurer la sécurité des pèlerins sur les routes et dans les villes saintes (Ordre du Temple, Ordre de St-Jacques de l’Epée…). De même, dans les villes-étapes et à l’arrivée, se construisent les hospices, hôtelleries pour héberger, nourrir et soigner les voyageurs. Accidents, épidémies, autant de calamités qui déciment les voyageurs.
En 1450, année jubilaire, un prêtre de Rome dit avoir enterré 3500 pèlerins durant cette seule année.
 
Du 16ème siècle à nos jours
 
Continuant sur la lancée du Moyen Age, les pèlerins seront encore très nombreux au 16e siècle.
Des abus se font jour qui conduiront à un souci de retour de foi authentique de la part des réformateurs protestants et des catholiques de la contre-réforme. Décrets épiscopaux et édits royaux rappellent les chrétiens à leurs devoirs et Louis XIV soumet même les pèlerinages à des autorisations préalables.
La découverte de mondes nouveaux, les progrès techniques et culturels de la Renaissance, le rationalisme, tout cela va faire diminuer les pèlerinages. D’ailleurs, même dans l’Eglise, on assiste aussi à une méfiance de certaines dévotions populaires, du piétisme et du surnaturel incontrôlé.
Pourtant, les pèlerinages se poursuivent et ils connaîtront un renouveau dans la seconde moitié du 19e siècle et au 20e. On voit les foules se presser vers les pèlerinages marials : la Médaille miraculeuse, rue du Bac à Paris (1830), La Salette (1846), Lourdes (1858), Pontmain (1871) mais aussi Paray-le-Monial où l’on vénère le Sacré Cœur ou Ars. Ce ne sont que les sanctuaires en France…
Ce renouveau est aidé par les nouveaux moyens de transport qui favorisent les déplacements. L’exotisme est à la mode et le tourisme donne envie de découvrir d’autres pays.
 
Depuis ses origines, les pèlerinages ont évolué : en Europe, leur histoire fait apparaître une longue suite de prospérité et de décadences. Les guerres qui ont suivi la Révolution française ne les ont pas favorisés. Malgré cela, aujourd’hui comme aux premiers temps de l’Eglise, ils restent des lieux et des temps de ressourcement, de prière et d’action de grâce, où la foi des chrétiens peut s’exprimer et s’épanouir avec une grande liberté… Depuis Abraham, tous les hommes de foi sont de pèlerins.
 
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