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Ecrire un PPRE, une galère ?

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Ecrire un PPRE, une galère ?

Le PPRE (Programme Personnalisé de Réussite Educative) est un programme qui s'appuie sur un document écrit. Il formalise les aménagements qui peuvent aider l'élève à dépasser ses difficultés dans les apprentissages. 

Le PPRE (Programme Personnalisé de Réussite Educative) apparaît souvent comme une contrainte réglementaire (« pour les maintiens ») et administrative (« pour l’inspecteur »). Des enseignants le réduisent à « un papier qu’on remplit et qu’on range ». Les freins à l’écriture d’un PPRE sont multiples.
 
Voici les questions qu'un enseignant peut se poser :
  • L’évaluation de l’élève. « Quand ? Comment ? Quoi évaluer ? »
  • La rédaction du document. « Quand ? Avec qui ? Quoi écrire ? »
  • La définition des objectifs. « Pour qui ? Les élèves ou les enseignants ? Qu’est-ce qu’il faut viser ? Une compétence disciplinaire mesurable à court terme ? Une attitude d’élève à faire progresser au cours de l’année scolaire en cours ? Comment faire avec cet élève qui aurait besoin d'un PPRE dans tous les domaines ? »
  • L’engagement qu’il suppose. « Quand et comment se mobiliser, en sachant qu’il y a déjà beaucoup de choses à penser et à faire dans une journée de classe ? »
  • L’utilité de la démarche. « Est-ce que les difficultés manifestes de l’élève dans les apprentissages ne relèvent pas des domaines psychologique, éducatif ou médical ? Est-ce que la pédagogie fait vraiment partie de la solution ? Le PPRE ne va-t-il pas stigmatiser l'élève ? »
Au fond, les équipes pédagogiques questionnent la finalité et la réalisation du PPRE :
 
Pourquoi et pour qui écrire un PPRE ?
 
Avec qui et comment écrire un PPRE ?
 
1. Pourquoi écrire un PPRE ?
 
Pour l’histoire
 
A l’heure où le redoublement disparaît, le PPRE devient la seule trace du dossier scolaire de l’élève qui atteste d’un parcours difficile. Il assure une continuité des apprentissages dans l’école, d’un cycle à l’autre, d’une école à l’autre, de l’école au collège. C’est une pièce demandée :
  • pour établir un PAP (Plan d'Accompagnement Personnalisé). Le PAP répond aux besoins des élèves qui connaissent des difficultés scolaires durables ayant pour origine un ou plusieurs troubles des apprentissages pour lesquels ni le PPRE ni le PAI (Projet d'Accueil Individualisé) ne constituent une réponse adaptée.
  • par la commission départementale d'appel, à partir du moment où les parents contestent la proposition d'orientation du Conseil des maîtres. Le PPRE, en tant que source significative du parcours de l'élève, a sa place dans le dossier destiné à la commission. 
  • par la CDOEA (Commission Départementale d’Orientation vers les Enseignements Adaptés) dans un processus d’orientation en SEGPA (Section d’Enseignement Général et Professionnel Adapté).
 
Par principe
 
L’école inclusive considère tous les élèves capables d’apprendre et de progresser. Elle ne stigmatise pas les difficultés mais accompagne chaque élève dans son parcours scolaire.  
 
En prévention
 
Le PPRE est un moyen que l’école se donne pour lutter contre un risque : la maîtrise insuffisante du socle commun par l’élève.  
 
 
2. A qui sert le PPRE ?
 
A l’élève
 
Les élèves du CP au CM2 sont concernés. Le PPRE est un programme pour un élève pensé en référence à un programme pour tous les élèves (le socle commun de connaissances et de culture applicable à la rentrée 2016 et les nouveaux programmes 2015). Selon la personnalité et l’âge de l’enfant, il y a plusieurs moyens de marquer sa part de responsabilité : lui demander de signer, avoir un entretien d’explicitation avec lui, lui proposer de remplir un outil d’évaluation. Le PPRE définit des modalités d'évaluation des progrès de l'élève.
 
A l’enseignant 
 
Le premier acteur du PPRE est le maître de la classe. Ce n’est pas de l’improvisation, mais une action spécifique que l’enseignant joue quotidiennement, dans les domaines prioritaires du français et/ou des mathématiques. Cette pratique cible des connaissances et des compétences précises.
 
 
3. Avec qui écrire un PPRE ?
 
Avec l’équipe pédagogique
 
Le chef d’établissement est garant du PPRE. Il s’assure de son élaboration, facilite sa réalisation et veille à la pertinence du dispositif. D’une école à l’autre et en fonction des attributions qu’il se donne, le chef d’établissement peut s’impliquer dans la réflexion pédagogique ou déléguer, participer (ou pas) à la rencontre avec les parents. Le cas échéant, il peut mobiliser des « personnes-ressources » : l’enseignant spécialisé, le psychologue, le chargé de mission.
   
Avec les parents
 
Le PPRE associe la famille (parents, enfant/élève). Il est conçu pour être lisible par tous, pour que les mesures d’aide soient comprises. Engager les parents dans le dispositif autorise leur enfant à accepter un programme qui le différencie des autres dans la classe. La confiance et la participation de l'enfant et de sa famille sont déterminantes pour la réussite du programme. Mais tous les parents ne peuvent pas investir de façon égale la scolarité de leur enfant. Selon les cas, le partenariat est plus ou moins approfondi. Entre les tenir informés (leur dire qu’on s’occupe de leur enfant à l’école, qu’on l’aide à dépasser ses difficultés dans les apprentissages) et leur laisser une part active dans le dispositif (réfléchir avec eux à la manière d’aider l’enfant dans son travail et de gérer ses leçons), l'implication des parents prend diverses formes. 
 
Le PPRE est un dialogue avec les parents ! Ce qui importe, ce n’est pas ce que « nous » attendons des parents, mais leur désir pour leur enfant, dans son devenir d’élève. Et il peut avoir des expressions différentes, toutes respectables. À l'issue du PPRE, un bilan est effectué avec la famille (interruption ou poursuite, adaptation des objectifs et actions).
 
 
4. Comment écrire un PPRE ?
 
Le temps de l’observation initiale de l'élève
 
Cette première évaluation combine les formes du récit et du relevé.
  • Elle raconte l’évolution de l’élève. Deux sources peuvent être mobilisées : l’observation régulière par l’enseignant dans la classe et le témoignage des enseignants qui ont connu l’élève dans les classes précédentes. L’évaluation est aussi une affaire d’équipe ! Il est intéressant de noter ce qui a changé (les progrès) et ce qui se répète (les difficultés persistantes), ainsi que la façon dont l’enfant remplit progressivement le rôle d’élève. 
  • Elle repère les obstacles que rencontre l’élève dans les domaines des mathématiques et du français. Quand l’enseignant n’a pas eu l’occasion d'évaluer certaines compétences ou connaissances du socle commun, la passation d’épreuves ciblées pourraient être proposées. Elle repère également des points d’appui pertinents (réussites, capacités (évocation, mémoire, imagination, compréhension, raisonnement), intérêts dans les apprentissages, médiations privilégiées).
Le document "Des questions pour guider la réflexion et l'écriture" (PDF) propose un éventail de questions pour vous guider dans l'évaluation de l'élève et dans la rédaction du PPRE. Il convient de choisir les questions adaptées.
 
 
Le temps de l’écriture
 
1. Définir un modèle. Le format officiel de présentation du PPRE n’existe pas. Les enseignants ont la liberté de copier un modèle, de l’aménager ou de l’inventer. Même si nous ne traduisons pas tous notre pensée de manière uniforme, les enseignants pourraient s’accorder – en concertation – sur un modèle propre à l’école, qui convienne à l’équipe. Discuter de la forme posera inévitablement des questions de fond. Ce n’est pas du temps de perdu !
 
Voici des exemples de PPRE que nous utilisons, avec pour chacun la version non remplie et un exemple finalisé :
- Louison (CE2) : exemple (PDF) - document vierge (DOC)
- Manon (CM1) : exemple (PDF) - document vierge (DOC)
- Léa (CP) : exemple (PDF) - document vierge (PDF)
 
2. Enumérer le déjà-là. L’enseignant a déjà tenté quelque chose, et il peut avoir l’impression de s’éparpiller. C’est l’occasion de faire le tri, de ne retenir que les actions significativement aidantes pour l’élève. Ecrire un PPRE revient d’abord à faire des choix ! 
 
3. Dégager les priorités. Deux sortes d’objectifs donnent sens au PPRE : 
  • Des objectifs pour les enseignants :
    - vis-à-vis des parents (informer, partager la réflexion, partager l’action – voir paragraphe 3 plus haut).
    - vis-à-vis des élèves (posture pédagogique avec cet élève en particulier).
  • Des objectifs pour l’élève (connaissances, compétences disciplinaires choisies dans les domaines mathématiques et du français et en lien avec le socle commun de connaissances, de compétences et de culture).  
4. Décrire l’action. Il ne s’agit pas tant de faire plus que de faire autrement. Les actions spécifiques peuvent être de deux natures : 
  • l’activité différenciée par l’enseignant (quand ? comment ? avec qui ? avec quels outils et/ou supports ?) 
  • l’activité différenciée avec un tiers (aide spécialisée ? étayage par un autre dans la classe ? accompagnement personnalisé sur temps d’APC ? Concours de la famille ?)
 
Le temps de sa mise en œuvre
 
Le PPRE est un support modulable étroitement lié à l’activité de l’élève. 
 
- Des réponses à un problème ! Il s’écrit à tout moment de l’année, quand un élève rencontre des difficultés durables dans des apprentissages spécifiques en français et mathématiques. Le PPRE est une invention face au nouveau qui surgit !
 
- Un brouillon, une recherche ! Le PPRE ne devrait jamais être juste « un papier qu’on remplit et qu’on range », mais un papier à portée de mains (ou de clics) ! Dans l’idéal, il pourrait rendre compte des aléas de l’élève dans son parcours d’apprentissage et des aléas de l’enseignant dans sa démarche d’aide tâtonnante. Si le PPRE est modulable au gré des progrès de l’élève et de ses obstacles récurrents, la forme numérique est appropriée. Une forme écrite devrait s’accompagner, au fil du temps, de ratures et de corrections, voire de réécritures. Le PPRE ne devrait jamais être un écrit définitif !
 
- Une tentative limitée ! Se limiter à un document synthétique et limiter la durée de l’action garantit la régulation du PPRE. La durée est fonction de la difficulté rencontrée par l’élève et des progrès qu’il réalise. Le PPRE est fait pour servir à quelque chose !
 
Le temps de l'évaluation
 
Il est nécessaire de prendre un temps de bilan :
  • tous les objectifs sont atteints : le PPRE est clos.
  • les objectifs sont ajustés, les aménagements sont repensés : le PPRE est poursuivi.
  • les objectifs ne sont pas atteints : le PPRE est complété d'une aide différente (enseignement spécialisé, aide extérieure, etc.).
 
Pour aller plus loin :
 
Textes officiels
 
Articles sur sitEColes 
 
Crédit image : Calliege, Flickr.

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