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Savoirs en questions, questionnement du savoir 

Temps de lecture : 20 minutes
Savoirs en questions, questionnement du savoir 

Que transmettre à l’école ? Au-delà des programmes et du socle commun, l’Enseignement catholique a mené une réflexion lors d’un colloque et produit un Hors-série d’ECA. 

Quelques citations extraites de ce hors-série donnent le ton et des pistes de travail pour chacun. Elles sont regroupées autour de 6 questions.

1. Quelles clés d’un usage du monde ?

6 pistes de réflexion proposées par Pascal Balmand, secrétaire général de l’Enseignement catholique

En ouverture de ce colloque :

1. La première concerne le terme de « transmission » :
« Comment permet-on à un enfant de faire siennes les connaissances que nous nous efforçons de partager avec lui ? »

2. « Plus les savoirs s’amoncellent, plus se pose la question de la capacité de l’Ecole à faire sens. Une culture ce n’est pas des savoirs juxtaposés mais des savoirs en dialogue qui nourrissent une vision du monde. Où en sommes-nous dans ce travail ? »

3. Le troisième point : « comment nous donnons-nous les moyens de partager avec les jeunes l’idée que les savoirs sont toujours le fruit d’une construction, d’une élaboration de l’esprit ? Ils ne constituent jamais une vérité révélée et éternelle. Il y a là un enjeu de liberté à côté duquel nous ne pouvons pas passer. »

4. Quatrième questionnement : les contenus d’enseignement qui ne sont jamais neutres
« On ne me fera pas dire que les mathématiques sont une science pure, dénuée de toute vision de la personne et du monde. La question n’est évidemment pas de rêver de mathématiques chrétiennes ou de sciences catholiques. En revanche, il faut se demander dans quelle mesure les éléments de connaissance que nous partageons avec les jeunes, contribuent un peu, beaucoup, ou pas du tout, à faire grandir l’humanité en chacun d’eux ».

5. Cinquième observation : la question du rapport à la vérité
L’école catholique ne peut pas ne pas aborder la question de la foi et de la raison.

6. Dernière piste de réflexion :
Le défi de l’ajustement de la conception des savoirs aux mutations socioculturelles de notre temps : « jusqu’à quel point la notion de socle est-elle adéquate ? Ne faudrait-il pas réfléchir aux savoirs, non pas comme un socle, mais comme des clés d’un usage du monde ? »

2. Les savoirs : Quelles évolutions dans leur constitution et leur transmission ?

Faire émerger un sujet libre
Si « la citoyenneté est une compétence et non un dû », cela devient une affaire de savoir. « Où apprend-t-on cette citoyenneté capacitaire ? »
La réponse est sans doute, en partie, à l’Ecole « car le but de toute éducation est de former une personne libre. Créer les conditions de possibilité d’émergence d’un sujet libre, c’est notre travail d’enseignant ». 
L’École ne sert pas qu’à évaluer et sélectionner, elle sert aussi à penser et penser c’est ne pas savoir. »

Cynthia Fleury, philosophe

Les nouveaux équilibres du socle commun
« Face à une équation difficile : il nous est apparu que culture et compétences, loin de s’opposer, se plaçaient au-dessus des savoirs contemplatifs. Cette idée de culture appelle des savoirs à la fois personnels, partagés et cohérents, qui permettent de construire un rapport instruit au monde et à sa complexité ».
« L’époque où l’enseignant pouvait se concevoir comme exécutant local d’un programme national et bel et bien révolue. Associé à l’élaboration des programmes, sa liberté s’accroît également tandis que la discipline elle-même s’apparente davantage à un artefact que l’on peut changer et adapter aux besoins. »

Roger-François Gauthier, membre du Conseil supérieur des programmes (CSP)

3. Quelles sont les incidences de ce nouveau contexte dans l’éducation ?

Le goût d’apprendre
« Il ne faudrait pas oublier que les savoirs restent moins importants que ceux qui savent et que le plus intéressant n’est pas de les définir mais le rapport de l’humain au savoir. »
« Aux Etats-Unis, la diversité des contenus possibles et la variété de leurs modes de diffusion offrent une flexibilité intéressante. Elle permet de s’adapter aux besoins de chacun, aux difficultés d’apprentissage éventuelles, comme aux spécificités des contextes socioculturels, ce qui nous permet de décliner la plateforme pour l’Afrique, par exemple. »
« Il y a un décalage croissant entre des êtres formés dès le plus jeune âge à choisir plutôt qu’à obéir et des enseignants qui continuent à fonctionner à l’autorité, la discipline. » 

Michel Authier, mathématicien et sociologue

« La confiance accordée, la restauration de l’estime de soi et l’engagement dans une dynamique collective peuvent sortir des personnes de spirales d’échec souvent engagées dès l’école. »
« Les personnes en voie de réinsertion à se décentrer : « elles comprennent que les règles ne sont pas là pour les brimer mais pour préserver les conditions du vivre ensemble. » 

Thibaut Guilluy, directeur général de l’Association pour la réinsertion économique et sociale (Ares)

« La culture, si on la considère comme un territoire à partager plutôt qu’à s’accaparer », peut amener chacun à entrer dans un cercle vertueux où l’envie de savoir s’entretient à coup d’apprentissages nouveaux. »

Adrien Bourg, formateur à l’Institut catholique de Paris

« Plutôt que de répondre à des questions prenons l’habitude de questionner les réponses. » 

Pierre Giorgini, président, recteur de l’université de Lille

4. Comment ces évolutions interrogent-elles la recherche de vérité ?

Éloge de la transdisciplinarité
« Vers 1330, il y avait sept disciplines ; en 1950, cinquante-quatre, en 1975, mille huit cent quarante-cinq et en 2000, huit mille étaient enseignées dans les universités américaines ! »
Ce « big-bang disciplinaire » induit une fragmentation de la connaissance qui nécessite de faire « dialoguer » les disciplines entre elles.
« Si la multidisciplinarité est « l’étude d’un problème dans plusieurs disciplines à la fois » et l’interdisciplinarité un « transfert de méthodes d’une discipline à une autre », c’est la transdisciplinarité qui désigne « ce qui est à la fois entre les disciplines, à travers les disciplines et au-delà de toute discipline ». Sa finalité : unifier la connaissance, non de façon encyclopédique, mais plutôt « en termes de liens. »
« La logique aristotélicienne du vrai et du faux ne marche pas. Si l’on réunit des disciplines, on obtient des contradictions. »
« L’éducation transdisciplinaire qui combinerait l’intelligence analytique, l’intelligence du corps et celle des sentiments – les niveaux de réalité, le Tiers caché, la complexité. » 

Basarab Nicolescu, chercheur honoraire au CNRS

Des « laboratoires de la fraternité »
« Nous sommes désormais à l’ère de l’ « inter » : l’interdisciplinaire, l’international, l’interculturel, l’interreligieux, sans oublier l’internet et l’interconnecté ! ».
« L’ « inter » nous engage sur la « voie de cette heureuse rencontre des différences que notre devise républicaine et notre foi de chrétiens connaissent sous le beau nom de fraternité ».
« L’école sert la vérité en aiguisant la curiosité de l’enfant, en lui faisant expérimenter le plaisir de la recherche et la surprise de la découverte. »

Marguerite Léna, philosophe

5. Quel accompagnement dans l’Enseignement catholique pour repenser la question de la transmission ?

Sur le terrain créativité, recherche et formation
« Le désir est ce qui se met en mouvement. Il fait émerger des manques que l’on veut combler. Or à un moment, il faut créer des espaces de vide, sans avoir rien à apporter de très concret ».
« Quels sont les espaces creux que nous offrons dans nos instituts pour libérer la créativité ? »

Sœur Véronique Thébault, religieuse de l’Assomption,
présidente de l’Union nationale des instituts de formation congréganistes (Unifoc)

« L’idée que la formation continue est le service après-vente de la formation est finie ! Il faut que chaque enseignant devienne un chercheur infatigable. »

Jean Biasori-Poulanges, directeur diocésain de Périgueux

Le levier de la formation
Pour ne parler que de la formation des enseignants, « il est nécessaire de se reposer quelques questions basiques : pour qui enseignons-nous ? Dans quel but ? Comment enseigner ? Et nous devons réfléchir à ces questions en prenant en compte aussi bien les nécessités de la transmission des savoirs disciplinaires, que le choix d’accueillir tous les élèves, ou le bouleversement introduit par des technologies qui évoluent de plus en plus rapidement. Il sera toujours nécessaire de former les enseignants à la mise en œuvre de telles ou telle réforme, mais il me semble prioritaire de réfléchir, et de faire réfléchir les enseignants futurs ou déjà en place, à ce que pourrait être une vision partagée de leur mission au sein de l’Ecole. »

Philippe Lepeu, président de Formiris

6. La constance du jardinier

« Les questions abordées au fin de ce colloque ne sont pas des questions soudainement apparues dans l’enseignement catholique, ni dans l’Eglise. Tel le jardinier, nous travaillons la terre avec constance. 
La constance du jardinier vit de l’espérance de la récolte.

La réforme des programmes aujourd’hui engagée, à partir des propositions du Conseil supérieur  des programmes, va dans le même sens. Chaque discipline est bien entendue envisagée de manière autonome, mais aussi dans la perspective de structurer un socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Les réformes en cours cherchent aussi à déplacer la relation des enseignants au programme.
Le programme ne peut plus, nous disent les textes qui sont produits en ce moment, être enfermant et normatif. La ministre de l’éducation nationale précise : « Les programmes mettent les acquis des élèves au cœur de la pratique : désormais le programme, ce n’est plus ce que l’enseignant doit faire avec les élèves, mais ce que les élèves doivent savoir ».

Ainsi les enseignants sont invités à refuser d’exécuter un programme comme des ouvriers spécialisés exécutent un processus de production, pour être ces ingénieurs, responsables d’une ingénierie de formation attentive aux besoins et aux aspirations des élèves.

Le savoir n’existe pas indépendamment de celles et ceux qui ont le désir de savoir, la passion de savoir, qui s’efforcent de savoir. Le savoir ne vit qu’à travers la recherche des personnes.

L’enseignement catholique redit son attachement à l’art de ne pas séparer enseignement, éducation et questionnement du sens, travail sur la relation et travail sur l’acte de savoir.

N’est-ce pas là la vigilance que doivent avoir tous les acteurs du système éducatif ? Créer les conditions pour que tous, jeunes et adultes, nous soyons désireux de chercher, d’apprendre ensemble, de savoir… »

Claude Berruer, adjoint au secrétaire général de l’enseignement catholique

Pour en savoir plus, lire le hors-série ECA de juillet 2015.

Crédit image Fotolia ©

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