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L'étranger dans la Bible

Temps de lecture : 13 minutes
L'étranger dans la Bible

Nous sommes au quotidien en contact avec celui qui n’est pas du pays : touristes de passage, immigrés, sans papiers, réfugiés politiques… avec parfois une actualité encore plus marquante (immigrés en Méditerranée, par exemple). Découvrons ce que dit la Bible sur l’étranger non pas pour y trouver une recette pour définir notre attitude, mais pour enrichir notre regard au vécu du Peuple de Dieu. 

Dans lAncien Testament

Au jeu des citations, tout est possible à partir du texte biblique :
- « Introduis l’étranger, il mettra le trouble chez toi et il t’aliénera ta maisonnée » (Ecclésiastique 11, 34)…
mais aussi…
- « Jamais étranger ne coucha dehors, au voyageur ma porte restait ouverte. » (Job)

Pour comprendre l’attitude d’Israël dans ses rapports avec l’étranger, il faut resituer la Parole de Dieu dans un temps, une culture, une histoire. Israël vit dans un contexte où l’identité ethnique est inséparable de l’identité religieuse et son vécu avec les étrangers se situe dans ce cadre.

Dans une première étape, il est clair qu’Israël n’avait aucune idée d’universalité : comme tous les peuples aux alentours, Israël avait son Dieu, le Dieu des Pères, et le Temple de Jérusalem était le signe de la présence et de la protection de ce dieu national.

Puis vient le drame de l’exil et de la destruction de Jérusalem. Serait-ce la victoire du Dieu de Babylone sur le Dieu d’Israël ? Ce ne sera pas l’affirmation des prophètes en exil pour qui il y a un seul Dieu qui contrôle le destin de tous les peuples. Israël est en exil car Dieu l’a permis : lui, le seul Dieu, s’est choisi ce peuple. D’ailleurs, ce que Dieu a fait au commencement en sauvant son peuple d’Egypte, il peut le refaire aujourd’hui. Et s’il est ce peuple choisi, élu, il doit vivre en conformité avec les commandements de Dieu ; le pays lui est donné gratuitement ; il n’a aucun droit sur lui ; il se doit de protéger les plus faibles, les pauvres, les immigrés : « Tu te souviendras qu’au pays d’Egypte, tu étais esclave et que le Seigneur ton Dieu t’a racheté ? » (Deutéronome)

À partir de cette expérience, Israël sera appelé à concilier deux convictions :
- Dieu est l’unique Dieu, le Dieu de tous les hommes (le second livre d’Isaïe n’hésite pas à désigner, au retour d’exil, Cyrus, le roi étranger, comme le Messie),
- Israël est le peuple choisi par Dieu, il lui appartient de ne pas se fondre dans les autres peuples et de perdre sa foi.

Cette double conviction sera présente dans l’histoire d’Israël : les récits du livre de Josué montrent le désarroi devant le brassage des populations à Jérusalem du temps de l’Exil ,au retour qui sont les vrais Israélites ? Alors se replier sur soi ? On retrouve cette tentation dans les livres d’Esdras et de Néhémie. Le beau roman de Jonas vient en réaction à cette tentation : Dieu, malgré les réticences de Jonas, souhaite la conversion des païens de Ninive et se montre miséricordieux.

Avec quels mots ?

• Le vocabulaire de lAncien Testament pour désigner l’étranger est significatif aussi du vécu d’Israël.
Deux sortes d’étrangers :
le nokri, l’étranger de lextérieur : il n’est pas rejeté, on lui doit l’hospitalité comme le veut la coutume dans le Proche-Orient ancien ; mais il n’est pas protégé par la Loi. Il est un danger permanent pour la pureté de la foi d’Israël ; il est le païen, l’idolâtre.
Le guèr, l’étranger résidant : il doit être protégé au même titre que la veuve et l’orphelin : « Tu as été toi-même étranger dans le pays d’Egypte ». Assimilé à Israël, il deviendra co-héritier de la Promesse. Et la législation va insister sur les droits et devoirs de cet étranger résidant : droit de glaner, part de la dîme triennale…
Bien entendu, ceci n’a pas empêché quelques fausses notes dans la pratique courante et les nombreux rappels des exigences vis-à-vis de cet étranger dans la Bible sont là pour le souligner.

• Dans le Nouveau Testament
Trois mots pour parler de l’étranger.
Alloguénès : c’est le mot pour désigner le lépreux samaritain revenu remercier Jésus qui vient de le guérir avec neuf autres (Luc 17, 18). Les allogènes désignent des peuples qui, vivant dans une nation, y sont minoritaires. Ils conservent leur langue, leur culture et coexistent sans être acculturés par la nation qui les accueille.
Xénos : c’est celui que nous appelons maintenant un immigré, un homme d’une autre race, d’une autre langue, d’une autre culture. « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. »
Allotrios : c’est celui qui ne sent pas concerné, qui reste indifférent, qui n’est pas de la même famille. Quand Jésus parle des brebis qui ne suivront pas un étranger, il utilise ce mot.

Et lattitude de Jésus ?
On le voit rencontrer une Cananéenne dont il loue la foi (Mat. 15, 21). Il admire celle d’un centurion : « Je n’ai trouvé pareille foi en Israël » (Mat. 8, 5-13). Il dit aussi son étonnement en rencontrant la Samaritaine près du puits de Jacob (Jn 4,9). Il donne en exemple un samaritain qui secourt un voyageur blessé par les brigands (Luc 10, 29-37). Et il souligne la délicatesse d’un lépreux samaritain qui vient le remercier après sa guérison : « Il ne s’est donc trouvé pour revenir et rendre grâce à Dieu que cet étranger » (Luc 17, 18).
Le monde juif dans lequel vit Jésus est marqué par la pratique de la Loi : cette Loi est un don de Dieu dont le pharisien voulait faire largement profiter aussi bien le petit peuple d’Israël que les nations étrangères. L’originalité apportée par le Christ porte sur l’importance de cette Loi : c’est à la façon dont on croit en la personne de Jésus et non en fonction de la pratique de la Loi que l’on accède au Royaume. Et la différence s’efface entre ceux qui pratiquent la Loi et ceux qui ne la pratiquent pas, à savoir les pécheurs en Israël et les étrangers qui ne connaissent pas cette Loi. L’important est dans l’adhésion en la personne de Jésus.

Et aujourd’hui ?
La Bonne Nouvelle de Jésus Christ est faite pour tous les hommes et il n’y a pas de différence entre eux. Nous sommes tous des étrangers sur cette terre qui vivons d’espérance.
Deux textes évangéliques doivent nous aider dans notre questionnement concret pour aujourd’hui.
Dans la parabole du Bon Samaritain (luc 10, 29-37), le légiste demande : « Qui est mon prochain ? ». Et la réponse de Jésus est claire : il ne faut pas attendre que l’ étranger devienne notre prochain ; nous devons nous faire le prochain de l’étranger. L’accueil de l’étranger doit être actif.
Et dans le récit du Jugement dernier (Mt 25, 31-46) : le Fils de l’homme dira : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli… ou vous ne m’avez pas assisté ». Jésus s’identifie à l’étranger. Accueillir ce dernier, c’est donc accueillir Jésus. C’est sur ce critère que les hommes, qu’ils connaissent Jésus ou ne le connaissent pas, seront jugés.

Lire aussi Accueillir l'étranger.

Crédit image Karvan - Fotolia.com ©

 

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