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Grosse colère

Temps de lecture : 12 minutes
Grosse colère

Un album de littérature jeunesse pour apprendre à faire avec la colère et la dépasser.

Cette fiche fait partie du dossier de la littérature jeunesse pour réfléchir.

Grosse colère (École des Loisirs, 2000, 11.20€ ou 5.60€ dans la collection Lutin poche)

L’auteure
Mireille d’Allancé partage son œuvre artistique entre albums illustrés et films documentaires. Les histoires qu’elle raconte tentent d’approcher l’intimité de personnages ordinaires confrontés à des difficultés de la vie quotidienne.

Thématique
Émotions, comportement troublant, langage.

Résumé
L’album s’adresse en priorité aux élèves des cycles 1 et 2 qui peuvent s’identifier à Robert, le personnage central pris d’une colère monstrueuse. En lui donnant l’apparence finale d’un gorille, l’auteure file la métaphore pour donner à voir ses formes successives. La colère rentrée est blanche, puis noire quand elle gronde, pleine à mesure qu’elle monte, rouge lorsqu’elle sort et enfin petite une fois surmontée.

Pistes de réflexion
La colère passe par le corps
Jusqu’au 17ème siècle, la « cholère » (cholera en latin) n’était qu’une maladie digestive attribuée à un échauffement de la bile. Par leur taille imposante et leurs couleurs vives, les illustrations rappellent cette mise en jeu du corps dans l’expression de la colère. Le passage à l’acte de Robert remplit effectivement l’espace physique et sonore. Si la graphie moderne « colère » conserve l’idée d’une manifestation du corps, elle oriente néanmoins la définition du mot sur un versant plus relationnel. C’est « un état affectif violent et passager, résultant du sentiment d’une agression, d’un désagrément, traduisant un vif mécontentement et accompagné de réactions brutales » (Larousse).

Plusieurs médiations corporelles permettent d’interpréter cette histoire, d’en dire quelque chose, d’en mesurer les effets et de chercher des issues. Avec le mime ou le théâtre, les élèves peuvent se mettre dans la peau des différents personnages : l’enfant, le père et la colère. Le projet de programme pour l’école maternelle précise que « la mise en scène de personnages fictifs suscite des possibilités diversifiées d’identification et assure en même temps une mise à distance suffisante ». L’exemple suivant suggère d’en passer par une réalisation plastique.

La colère rejette ce qui ne passe pas
Dans les premières pages de l’album, on découvre Robert en tenue de tennisman, au moment où il revient chez lui. Il a l’air chagriné. Le texte nous apprend qu’il « a passé une très mauvaise journée ». A-t-il perdu ? Qu’a-t-il perdu ? Qu’est-ce qu’il n’a pas atteint ? Quelle exigence n’a-t-il pu satisfaire ? Robert ne l’explique pas, mais l’exprime par son comportement. A défaut de mots pour l’incorporer, il expulse une sensation réellement insupportable, en trop : il jette des objets et insulte.
En se mettant littéralement hors-de-lui, Robert découvre la figure inconnue d’un monstre !  Sidéré par cette image qui s’est échappée de lui, puis fasciné par sa force destructrice sans limite, il est paniqué dès lors qu’elle dégrade ses objets préférés. Le rapport d’étrangeté du personnage avec sa propre colère est particulièrement bien rendu dans cet album.
En classe ou sur la cour de récréation, des élèves se mettent plus ou moins régulièrement en colère. Or, les écoles n’ont en général pas de service de « vie scolaire ». Comment aider l’enseignant qui se trouve face à un élève qui connaît une crise de colère ? Comment protéger les autres élèves et protéger l’enfant de lui-même ? Comment l’aider à se retrouver ? Les équipes enseignantes ont intérêt à prévenir ces situations de crise en se dotant d’outils ou de protocoles.  

La colère se passe dans le langage
L’éducateur a un rôle à tenir pour ne pas laisser l’enfant seul soumis aux excès dangereux de sa colère. Au nom de sa fonction symbolique, le père de Robert ne satisfait pas l’urgence du besoin chez son fils. Remarquons son attitude :
Le père est lent à la colère, ce qui a un effet contenant pour Robert. La priorité, c’est que l’enfant s’apaise.
Le père ne dialogue pas d’emblée avec son fils parce qu’il n’y a rien à comprendre. La colère n’est pas rationnelle. Intervenir ou engager une discussion s’avère souvent vain tant la parole de l’autre ne fait qu’aggraver la situation.
Le père pose une limite en demandant à Robert de s’isoler (des autres). Il se retrouve dans sa chambre. Sur les cours d’école ou dans les classes, l’instauration de sas de décompression est souvent un recours nécessaire. Mais ce dispositif particulier n’est aidant que dans la mesure où l’enfant est associé à sa mise en place et responsabilisé par rapport à son usage. Anticipé avec lui, l’emplacement est convenu et des supports adaptés y sont déposés (livres, matériel de dessin…). L’expérience démontre que les élèves n’en abusent pas : ils aspirent à retrouver leur place parmi les autres.
Le père permet le retour dans le langage, le moment venu. Dans certains cas, c’est à l’adulte de redonner la parole à l’enfant. Parfois, l’enfant lui-même reprend la parole, comme dans le cas de Robert qui décide de devenir maître de sa colère. Il ne rejette plus l’altérité et ne projette plus des choses. Au contraire, Robert se projette dans l’échange avec les autres. Au fond, la colère manifeste une puissance de vie qui ne demande qu’à être sublimée. Le père a entendu cet appel sans y répondre directement. Et Robert a pu transformer la colère en parole, en demande.
Cette histoire se termine par une question : « Papa ? Est-ce qu’il y a du dessert ? » Quelle sera la réaction du père ? C’est l’occasion d’imaginer une réponse, une suite, par les moyens du dessin (arts plastiques), de l’échange (atelier philosophique) ou du texte (production d’écrits).

Pour aller plus loin
Les idées d’exploitation pédagogique de l’album Grosse colère fourmillent sur la toile. A consulter particulièrement, le travail de l’INPES (institut national de prévention et d’éducation pour la santé) qui est destiné à des élèves de cycle 2 :
Colère et violence. Expression des émotions, maîtrise de la colère et de la violence engendrée
Sur sitEColes, quelques articles récents sont en lien :
Se connaître et connaître l'autre, à l'école primaire, la relation se construit
Des comportements qui nous troublent aux troubles du comportement.

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