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Textes à méditer : Marche

Temps de lecture : 21 minutes
Textes à méditer : Marche

Le passage ; Marcher ; Pas à pas ; Va ton chemin… ; Ta naissance est de chaque instant ; Se mettre en route ; Marcher ; Marche, pèlerin ; Va ton chemin ; Ma bohème ; Le chemin de l'Ecriture

« Mon pied droit est jaloux de mon pied gauche. Quand l'un avance, l'autre veut le dépasser. Et moi, comme un imbécile, je marche ! » (Raymond Devos)

« Si tu n’arrives pas à penser, marche ; si tu penses trop, marche ; si tu penses mal, marche encore ». (Jean Giono)

« Le pire des crimes, c’est le surplace, ne pas avancer, rester toujours là comme ça, collé aux chaises et aux villes comme une chose stagnante, une glaire  de vieux. Moi, je marche, je progresse. Je nomadise, j’erre, je vais. Toute marche est une marche spirituelle ». (Xavier Grall, « Barde imagé »)

« Où le pied ne va pas, le regard s'arrête, l'esprit peut continuer... » (Victor Hugo)

« N’allez pas là où le chemin peut mener. Allez là où il n’y a pas de chemin et laissez une trace. » (Ralph Waldo Emerson)

« Même un voyage de mille lieues commence par un pas. » (Proverbe japonais)


Le passage

Un vieil homme sage très vénéré par ceux qui l’approchaient et par ceux qui l’écoutaient,
vivait très simplement dans une maison des plus rudimentaires.
Un certain jour il reçut la visite d’un homme très riche de la ville voisine
Celui-ci fut très étonné de voir le sage logé dans une pièce meublée seulement d’un tapis, d’une table basse et d’une paillasse. L’homme riche s’exclama :
- Mais où sont vos meubles !
L’homme sage répondit :
- Mais où sont les vôtres ?
- Voyons, maître… je suis en visite… Je suis simplement de passage !
- Moi aussi, voyez-vous ! répondit le vieil homme en souriant.

D’après une parabole juive


Marcher

Marcher, c’est te rencontrer à chaque instant, ô compagnon de voyage.
C’est chanter au bruit de tes pas.
Celui que ton souffle a touché ne vogue pas à l’abri du rivage.
Il déploie au vent une voile agitée et navigue sur une eau tumultueuse.
Celui qui ouvre toute grande sa porte et en franchit le seuil reçoit ta salutation.
Il ne reste pas à compter son gain ou à s’apitoyer sur ses pertes ;
les battements de son cœur scandent sa marche ;
car tu chemines avec lui, pas à pas, ô compagnon de voyage.

Tagore (L’offrande lyrique)


Pas à pas

« Si quelqu’un te demande de faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. » (Mt 5, 41 et 42)

Un jour, dans un parc il fit quelques pas avec elle.
De gros problèmes encombraient son cœur. Les mots avaient du mal à passer  Chacun d’eux émergeait lentement après un silence, comme une bulle s’écrasant à la surface de ses lèvres.
Son enfance avait été douloureuse. Elle s’était endurcie au fil des ans. Jamais de larmes, jamais de plaintes. Mais quelque chose en elle s’est dénoué car ce jour-là, elle avait pleuré.
Combien aura-t-il fallu d’autres pas, combien de jours, combien de mois pour qu’elle reprenne confiance en elle, pour que son cœur s’ouvre aux autres ?  Nul, sans doute, ne le saura jamais.
Mais une amitié était née et sa vie avait changé.
Dieu ne compte pas les pas qu’il fait avec chacun de nous
Faisons de même avec ceux que nous rencontrons sur notre chemin.

Bernard Hubler


Va ton chemin…

Seigneur, Tu m’as dit :
si tu es miséricordieux, on te dira pleutre.
Si tu te maîtrises... on te dira valet.
Va ton chemin… pauvrement
L’homme est fragile, il te ressemble.
Ne l’accable pas, tu te condamnerais.
Va ton chemin… humblement.Va comme un pèlerin.
Tes pas boueux te diront proche la source.
On ne marche que vers son origine.
Va ton chemin… fermement.
La vie est un trésor de pardons échangés.
Le pauvre, l’humble garde seul un cœur d’enfant
Va ton chemin… fidèlement.
Vivre c’est être. Le reste est ornement.
Sois qui tu es en Celui qui est.
Va ton chemin… amoureusement.                              

Jean Harang


Ta naissance est de chaque instant

Quel que soit ton âge écoute,
Ta naissance est de chaque instant
Entends la chanson du vent.
Le vent du large :
Lorsque le quotidien, le travail
L’amitié même se fait routine
Il chante avec nous
L’envie de partir,
De s’embarquer sur un océan étranger
De risquer un ailleurs,
D’oser la rencontre…
La naissance est un appel.
Quel que soit ton âge, écoute,
Ta naissance est de chaque instant
Au milieu de la nuit
Entends la chanson du vent.
Le vent de sable
Lorsque sur nos routes
Tout semble vide de sens et d’espoir
De ses mille et une aiguilles
Tourbillon de souffrance
Il transperce nos carapaces
D’orgueil et d’insuffisance
La naissance est déchirement.
Quel que soit ton âge
écoute,
Ta naissance est de chaque instant
Au cœur de ta vie
Entends la chanson du vent.
Le vent calme du soir
Brise légère de l’espoir
Quand résonne en écho
Le souffle premier éveillant le nouveau-né
Le souffle coupé des amoureux émerveillés
Le souffle dernier de l’homme crucifié
La naissance est rencontre du Vivant.
Quelle que soit ton histoire
Entends la chanson du vent.
Ta naissance est de chaque instant.

M.L. Gauliard


Se mettre en route

Se mettre en route,
c'est quitter l'immobilisme
qui nous fige,
c'est entrer en mouvement
et mobiliser toutes ses énergies,
celles du corps et celles du coeur,
pour tendre vers un même but.

Se mettre en route,
c'est créer l'harmonie
entre les yeux et le regard,
entre l'oreille et le son,
entre les lèvres et la parole.
C'est passer de la nuit à la lumière.

Se mettre en route,
c'est choisir une direction
et c'est partir ensemble
afin de vivre,
de vivre les retrouvailles,
de vivre la rencontre.

Se mettre en route,
c'est ne plus être seul,
car c'est tout un peuple
qui se met en mouvement,
c'est tout un peuple qui se met en marche,
c'est tout un peuple qui est en espérance,
en attente d'une promesse inouïe.

Se mettre en route,
c'est notre affaire,
il y va de notre vie, de notre avenir.
Oui, se mettre en route,
c'est vraiment l'histoire d'un peuple.

Robert Riber


Marcher

Marcher, c'est aller au bout de soi-même tout en allant au bout du monde.
C'est redécouvrir l'homme qui prenait ses jambes à son cou lorsque le ciel lui tombait sur la tête.
C'est geler en même temps que les pierres du chemin. Griller au feu du soleil. Partir à l'aube en pleine forme pour revenir sur les genoux en pleine nuit.
Marcher, c'est rencontrer des créatures qu'on ne verrait nulle part ailleurs. Marcher, c'est aussi aller nulle part sans rencontrer personne.
C'est se mettre en vacances de l'existence. C'est exister en dehors des vacances.
Marcher, c'est réussir à dépasser son ombre. C'est pouvoir se doubler soi-même en s'envoyant un gentil salut au passage.
Marcher, c'est caresser le sol, le flatter, l'amadouer. Une manière de se mettre la terre dans la poche avant qu'elle ne se referme à jamais.
Marcher, c'est être dans le secret des dieux. C'est écouter à leurs oreilles et entendre avec eux des bruissements, des murmures qu'on croyait éteints.
Marcher, c'est se mêler à la conversation des arbres, aux commérages des oiseaux, aux persiflages des reptiles. C'est se fondre dans la nature, se couler au fond du moule.
Marcher, est-ce que cela ne serait pas, en définitive, tourner avec ses pieds, au pas à pas, page après page, le grand livre de la vie ?

Jacques Lanzmann


Marche, pèlerin

Marche ! Tu es né pour la route.
Marche ! Tu as rendez-vous.
Où ? Avec qui ? Tu ne sais pas encore. Avec toi peut-être ?

Marche ! Tes pas seront tes mots ;
Le chemin, ta chanson ; la fatigue, ta prière ;
Et ton silence, enfin, te parlera.

Marche seul, avec d’autres mais sors de chez toi !
Tu te fabriquais des rivaux, tu trouveras des compagnons.
Tu te voyais des ennemis, tu te feras des frères.

Marche ! Ta tête ne sait pas où tes pieds conduisent ton cœur.
Marche ! Tu es né pour la route, celle du pèlerinage.
Un Autre marche vers toi et te cherche pour que tu puisses Le trouver.

Au sanctuaire du bout du chemin, au sanctuaire du fond de ton cœur,
Il est ta Paix, il est ta Joie.
Va ! Déjà, Dieu marche avec toi.

Marc Beaumont


Va ton chemin

Va ton chemin sans plus t'inquiéter
Va ton chemin sans plus t'inquiéter !
La route est droite et tu n'as qu'à monter,
Portant d'ailleurs le seul trésor qui vaille,
Et l'arme unique au cas d'une bataille,
La pauvreté d'esprit et Dieu pour toi.

Surtout il faut garder toute espérance.
Qu'importe un peu de nuit et de souffrance ?
La route est bonne et la mort est au bout.
Oui, garde toute espérance surtout.
La mort là-bas te dresse un lit de joie.

Et fais-toi doux de toute la douceur.
La vie est laide, encore c'est ta soeur.
Simple, gravis la côte et même chante,
Pour écarter la prudence méchante
Dont la voix basse est pour tenter ta foi.

Simple comme un enfant, gravis la côte,
Humble comme un pécheur qui hait la faute,
Chante, et même sois gai, pour défier
L'ennui que l'ennemi peut t'envoyer
Afin que tu t'endormes sur la voie.

Ris du vieux piège et du vieux séducteur,
Puisque la Paix est là, sur la hauteur,
Qui luit parmi des fanfares de gloire.
Monte, ravi, dans la nuit blanche et noire.
Déjà l'Ange Gardien étend sur toi
Joyeusement des ailes de victoire.

Paul Verlaine


Ma bohème

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques.

Arthur Rimbaud


Le chemin de l'Écriture

Écrire, cela prend du temps ; et un temps que l'on ne peut réduire car la page écrite est faite de cela, du temps que
l'on a mis à l'écrire. Écrire, c'est marcher à pied, cela dure un temps que l'on ne peut écourter, que l'on ne peut
résumer, car ce chemin où l'on va, on doit le parcourir dans sa totalité, sans rien ôter, pas après pas.

Écrire un livre, c'est comme voyager à pied, comme aller à Saint-Jacques par le chemin, et on mettra des mois à en
venir à bout, chaque jour presque semblable à tous les autres, chaque jour on en fait un petit bout, et on n'en voit
jamais la fin.

Parfois, avec un peu de cruauté, le chemin passe par une hauteur où la vue est dégagée, et l'on voit derrière soi ce
qui a été fait ; et on voit devant soi le moutonnement bleuté de ce qui reste à franchir, on ne voit pas très bien car
c'est loin, et derrière la prochaine colline s'élève encore une colline. Le chemin ne se fait pas en un jour, on le sait ;
on n'ira pas plus vite que le rythme de ses pas, on le sait encore ; mais c'est lent. Le but se rapproche, on le sait
aussi, mais c'est si loin.

Pendant toute l'écriture d'un livre on imagine que l'instant de le finir sera un brusque incendie de joie. Mais on travaille
si lentement, avec tant d'hésitations, que l'on ne s'aperçoit pas du moment de la fin. On relit, on corrige, et puis un
certain jour qui n'est pas différent des autres, on juge que ça suffit comme ça. On enregistre, on ferme. Cela ne
produit pas de joie, juste un soupir, et un léger vide. […]

Écrire des livres, c'est randonner à pied, on ne peut manquer un seul pas, et cela prend beaucoup de temps. Heureux
ceux qui écrivent court, ce n'est pas un voyage, c'est un pique-nique, un tour du lac et revenir le soir ; heureux sontils,
ceux-là qui écrivent court, ils courent, ils volent, ils savent où ils vont, ils voient le but, ils savent quand ils arrivent,
et n'en font pas toute une histoire. Ils recommenceront demain. Ceux qui écrivent long ne font que marcher.

Alexis Jenni (Extraits de « Le chemin de l’écriture », La Vie, 8 mai 2014)


© Crédit photo Krzysztof Wiktor / Fotolia.com

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