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Textes à méditer : Liberté

Temps de lecture : 21 minutes
Textes à méditer : Liberté

Les deux graines ; Les deux loups ; Dieu et les hirondelles ; Les hirondelles ; Attrape-singe ; Réjouissance du cœur ; L’oiseau indien ; Le cocon et le papillon… ; Grandir, c’est choisir

Les deux graines

Deux graines reposaient l’une à côté de l’autre dans une terre fertile au printemps.
La première graine dit : « Je veux grandir ! Je veux plonger mes racines profondément dans la terre et lancer ma tige haute dans les airs… Je veux voir mes bourgeons s’ouvrir comme des drapeaux annonçant l’arrivée du printemps… Je veux sentir le soleil réchauffer mon visage et la rosée matinale bénir mes pétales ! » Et elle grandit !
La deuxième graine dit : « J’ai peur. Si je plonge mes racines dans la terre, je ne sais pas ce qui m’attend dans cette obscurité. Ma tige est fragile, si j’essaie de percer la croûte de terre pour m’élever dans les airs, elle risque de se briser. Et si, à peine entrouverts, un ver venait à manger mes bourgeons ? Et si je montrais ma fleur, qui sait ? Un enfant pourrait m’arracher de la terre. Non, il vaut beaucoup mieux attendre pour sortir qu’il n’y ait plus aucun danger. »
Et elle attendit !
Un oiseau qui passait par là, fouillant la terre en quête de nourriture, trouva la graine qui attendait et vite la dévora.
Moralité : celui qui ne veut pas prendre le risque de grandir se fait avaler par la vie.

Anonyme


Les deux loups

Un homme âgé accueille son petit-fils. Celui-ci est venu le voir, très en colère contre un ami qui s'était montré injuste envers lui.
« Laisse-moi te raconter une histoire, dit le grand-père... Il m'arrive aussi, parfois, de ressentir de la haine contre ceux qui se conduisent mal et n'en éprouvent aucun regret. Mais la haine t'épuise, et ne blesse pas ton ennemi. C'est comme avaler du poison et désirer que ton ennemi en meure. J'ai souvent combattu ces sentiments ».
Il continua : « C'est comme si j'avais deux loups à l'intérieur de moi ; le premier est bon et ne me fait aucun tort. Il vit en harmonie avec tout ce qui l'entoure et ne s'offense pas lorsqu'il n'y a pas lieu de s'offenser. Il combat uniquement lorsque c'est juste de le faire, et il le fait de manière juste.
Mais l'autre loup, ahhhh... ! Il est plein de colère. La plus petite chose le précipite dans des accès de rage. Il se bat contre n'importe qui, tout le temps, sans raison. Il n'est pas capable de penser parce que sa colère et sa haine sont immenses. Il est désespérément en colère, et pourtant sa colère ne change rien. Il est parfois si difficile de vivre avec ces deux loups à l'intérieur de moi, parce que tous deux veulent dominer mon esprit ».
Le garçon regarda attentivement le vieil homme dans les yeux et demanda : « Lequel des deux loups l'emporte, grand-père ? »
Le vieillard sourit et répondit doucement : « Celui que je nourris ».

Anonyme


Dieu et les hirondelles

Au commencement, il y avait Dieu et deux hirondelles. L’une chuchotait à l’oreille de Dieu :
« Fais quelque chose ! Il nous faut des arbres pour y mettre nos nids, de l’air pour que nous puissions voler, et beaucoup de pays pour nous divertir. Le vie est sans intérêt dans un néant ! »
La seconde hirondelle pépia :
« Ne me crée pas, mon Dieu ! Quand tu auras créé la matière, l’énergie et le mouvement, qui sait si les molécules ne s’uniront pas entre elles : des oiseaux rapaces pourraient apparaître qui nous dévoreraient ; ou des tempêtes qui nous engloutiraient ! Que tout reste donc ainsi ! »
Mais Dieu rétorqua :
« Je désire céder. Je désire avoir des êtres sur qui répandre mon amour et qui m’aimeraient. »
L’hirondelle pessimiste poursuivit alors sa mise en garde :
« Quand tu auras créé des êtres aux sentiments changeants, aux pensées et à l’humeur vagabondes, ils pourront à certains moments ne pas t’aimer et en arriver même à te haïr. Peux-tu calculer toutes les probabilités inhérentes à cette immense création ? Restons plutôt comme nous sommes : toi et les deux hirondelles ! »
L’autre oiseau insista :
« Fais un monde ! Je te promets de gazouiller même si ce monde devient très mauvais. Je chanterai même si des oiseaux de proie me traquent et de méchants enfants posent des pièges pour m’attraper ! »
Alors Dieu écouta l’optimiste : il décida de créer le monde. Dieu prit sur lui les risques de la liberté et de l’amour, et fit de la foi son point d’honneur.

Jean-Louis Bourniquel


Les hirondelles

Notre histoire se déroule en plein été, dans une église.
Quelques hirondelles y sont entrées. Mais qu’y font-elles donc ?
Une seule réponse possible : elles cherchent la sortie, la voie vers la liberté !
Sous les voûtes de l’église gothique, les hirondelles évoluent avec grâce mais sans pouvoir trouver la porte restée pourtant ouverte.
Elles veulent retrouver la liberté, l’air libre, le soleil ! Hélas les grands vitraux colorés et lumineux les induisent en erreur. Attirées par la lumière, les hirondelles se heurtent aux vitres et s’épuisent.
« Comment pourrions-nous les aider ? », me demande une dame.
« On devrait se faire oiseau ! »
« Se faire oiseau ? Comment cela ? Pourquoi cela ? »
« Parce qu’ainsi nous pourrions voler jusqu’à elles et leur expliquer comment elles doivent voler pour sortir par la porte qui est restée ouverte mais qu’elles ne voient pas. »
Et c’est bien ainsi que Dieu a agi en décidant de se faire homme !
« Je dois me faire homme parmi les hommes  pour les rejoindre et leur indiquer le chemin, leur dire de ne pas se laisser avoir par de fausses lumières, par ce qui brille et ce qui les détourne et les éloigne du vrai chemin ! »
Et c’est ainsi que Jésus annonça aux hommes :
 « Je suis La Lumière !  Je suis la porte, le chemin qui mène à la liberté ! »    

Père Georg Pauser de Wien


Attrape-singe

Savez-vous comment l’on attrape les singes dans certains endroits d’Inde ?
On prend un récipient à l’embouchure étroite, que l’on remplit de noix et d’autres aliments favoris des singes ; on pose ce vase sur le sol.

Un singe arrive pour prendre les noix. Il passe la main dans le récipient et empoigne une grosse quantité de noix. Une fois la main pleine, il ne peut plus la sortir du pot dont l’encolure est étroite.
Cela lui serait facile de s’échapper en lâchant son butin, mais il est trop bête pour l’abandonner et il est ainsi fait prisonnier.

En s’accrochant à quelques noix, le malheureux singe perd la forêt toute entière pleine d’arbres magnifiques, le vaste espace où il pouvait évoluer en toute liberté, jouer et profiter de la vie à volonté. Il a perdu l’abondance de fruits frais et délicieux qui poussaient dans la forêt, uniquement pour sauvegarder quelques noix. Il a tout perdu.

A beaucoup d’égards, les humains se conduisent de la même façon.
Une personne crie à l’aide : « Délivrez-moi ! Je veux la liberté ! »
Mais qui l’a emprisonnée ? Qu’est-ce qui la retient attachée ? Rien, ni personne… Il lui suffit de lâcher les quelques noix auxquelles elle s’accroche… Elle sera libre pour toujours. Le monde entier sera à elle.

Carole Braéckman


Réjouissance du cœur

En parcourant les champs, nous nous réjouissons de la magnifique couleur des coquelicots.
Aux endroits où ils fleurissent, dans les champs de céréales, la nature est plus forte que les pesticides destinés à détruire tout ce qui peut porter préjudice aux récoltes.

Les fleurs de coquelicots dans les champs de céréales symbolisent la liberté de l’amour.
La recherche de l’utile et de la rentabilité porte ombrage à l’amour. Mais l’amour est plus fort que les calculs. Il ne se laisse pas enfermer dans des prévisions. Il s’épanouit où et quand il veut.
« La rose fleurit parce qu’elle fleurit », constate Maître Eckhart. Elle n’a nulle finalité. Elle est, tout simplement.
L’amour n'a nul besoin de justification. Il est, tout simplement. Il triomphe de tous les plans.
Il est libre et ne se laisse pas prescrire où et quand il peut s'épanouir.
Il s'épanouit, tout simplement, et il réjouit notre cœur.

Anselm Grün


L’oiseau indien

Un marchand avait mis un oiseau en cage.
Avant de partir en Inde, pays dont l’oiseau était originaire, il lui dit :
« Veux-tu que je te rapporte quelque chose ?
– Tout ce que je veux, c’est ma liberté » , répondit le prisonnier.
Le marchand refusa.
« Alors, dit l’oiseau, peux-tu aller à tel endroit, et annoncer aux oiseaux qui vivent là en liberté que je vis en captivité ? »
Le marchand, pendant son séjour en Inde, alla à l’endroit indiqué annoncer la nouvelle. Dès qu’il eut fini de parler, un oiseau sauvage, semblable en tous points au sien, tomba inanimé à ses pieds de l’arbre où il était perché.
Le marchand pensa que ce devait être un proche parent de l’oiseau en cage, et s’attrista d’avoir causé sa mort.
Quand il fut de retour, l’oiseau captif lui demanda s’il apportait de bonnes nouvelles.
« Hélas ! non, dit le marchand. Un de tes proches parents n’a pas supporté la nouvelle de ta captivité : quand je l’ai annoncée, il s’est effondré à mes pieds. »
À ces mots, l’oiseau captif s’effondra au fond de la cage.
« La nouvelle de la mort de son parent l’a tué lui aussi », pensa le marchand, chagriné. Il le prit et le posa sur le rebord de la fenêtre : l’oiseau revint aussitôt à la vie, et alla se percher sur une branche.
« Tu sais maintenant, dit-il au marchand, que ce que tu pensais être un malheur était en réalité, pour moi, une bonne nouvelle. C’est par toi, mon ravisseur, que le message a été transmis, c’est par ton intermédiaire que m’a été indiqué le moyen de me libérer. »
L’oiseau s’envola à tire-d’aile, enfin libre.

Conte soufi 


Le cocon et le papillon...

Un jour, une ouverture apparut dans un cocon.
Un homme s'assit et regarda le papillon naissant se battre pendant des heures pour crever son abri et forcer le petit trou à s'agrandir. 
Mais bientôt il sembla à l'homme que l'insecte ne progressait plus. Il était allé aussi loin qu'il avait pu mais il ne bougeait plus. 
Alors l'homme prit une paire de ciseaux et découpa délicatement le cocon pour aider le papillon à sortir. Celui-ci émergea facilement. Mais il avait un corps chétif et ses ailes froissées étaient atrophiées. 
« Pas grave, il va se développer », se dit l'homme et il continua à regarder le papillon en espérant qu'il déploie ses ailes pour voler. Mais cela n'arriva jamais.
Le papillon passa le reste de sa vie à ramper sur son petit corps, incapable d'utiliser ses ailes rabougries.
Ce que l'homme, dans sa bonté précipitée, n'avait pas compris, c'est que le cocon trop serré est une ruse de la Nature pour forcer le papillon à le percer et à entraîner ses ailes...
A cette condition seulement, il peut voler. 

Parfois, nos angoisses, nos échecs, nos coups durs sont précisément ce dont on a besoin.
Si la nature permettait qu'on avance dans la vie sans jamais rencontrer aucun obstacle, cela nous affaiblirait ; nous serions semblables à ce papillon trop vite né et à qui la facilité a coupé les ailes. 
La liberté est chèrement acquise... Mais on ne vole pas sans s'entraîner un minimum !

Conte soufi 


Grandir, c’est choisir

On croit toujours
que la vie est derrière

on se fait du mal
à penser en arrière

grandir n'est pas fuir
mais choisir

élire son orient
consentir au vent

qui souffle
où il veut

on peut se raidir
sous les bourrasques

se perdre
dans la rébellion

on peut aussi
s'assouplir

et accueillir le miracle
d'être emmené

sur la terre des vivants
par le Souffle de tout instant.
  
Francine Carrillo (Vers l’inépuisable, Ed. Labor et Fides, 2003)

 

© Crédit photo ArtsyBee /pixabay.com

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