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Le bonheur à l’école, journal d’une instit

Temps de lecture : 19 minutes
Le bonheur à l’école, journal d’une instit

Le journal d’une instit avec son quotidien : un récit plein d’humanité pour rire, pleurer, s’enthousiasmer, réfléchir… 

Le bonheur à l’école, journal d’une instit, récit, Dominique Deconninck, L’iconoclaste, 2013, 15 €. 
C’est un livre pour lequel plusieurs types de lectures sont possibles : 
Pour le plaisir, parce qu’il est bien écrit…. comme un roman, pour pénétrer dans la classe, et dans le quotidien d’une enseignante. Les petites choses de la vie s’enchaînent sous une plume alerte et deviennent des moments forts.  Le récit dévoile un grand sens de l’observation, une capacité d’analyse et une recherche du bien sans naïveté. 
 
Après cette lecture plaisir, j’ai eu envie d’y revenir ! 
 
J’aimerais que des enseignants débutants, les suppléants le lisent. 
« Tout est en ordre. Je suis prête pour l’imprévu, mon métier ». 
« Le début de mon rang, parfait se situe dans la limite basse de mon champ de vision et me renvoie l’impression d’une autorité sans faille. […] A l’horizon, ma ligne devient mouvante, bientôt courbe. Léonard et Romain s’agitent tels des pantins, tirant sur la sangle du sac de l’une, plaquant de force la capuche sur la tête de l’autre. Ils rigolent en se poussant, « c’est pour rire maîtresse ». […] A compter du vingtième enfant, la houle devient menaçante. Alors comme tous les matins, je dois décider : 
Pénétrer dans le vestiaire de l’école, en sachant que, quoi qu’il arrive, le vingt-huitième suivra…ou bien remonter lentement ma ligne de front pour rappeler mes troupes, d’un regard insistant les bons jours, d’une voix ferme le reste du temps. Aujourd’hui, ce sera le regard. […] Lucie ne m’a pas vue. 
[…] Félix aura finalement la première place, ramené « manu enseignanti » à la suite d’un coup de pied («  c’est pas moi maîtresse ! ») en direction d’Arthus, qui jubile en accentuant un « aie ! » de circonstance. 
[…] Finalement, je jette un « Allez, on se presse ! énergique. Une injonction courante chez les enseignants : nous sommes un public pressé… ».
« Je devrais décider de modifier cette séance pour reprendre une explication, quitte à m’appuyer sur les connaissances des plus avancées. Mais je m’acharne et me piège toute seule : « Ben qu’est-ce que vous avez aujourd’hui ? Vous dormez ou quoi ?  »
« Accrochée à mes objectifs mathématiques, je campe trop sur mes positions d’instit en m’obstinant à ignorer l’essentiel ». 
« Je commets une nouvelle erreur de débutante dont j’enrage, dépitée, en y repensant sur mon strapontin de métro… ».
« En CE1 je saurai ajuster la situation, mais chez les tout-petits je m’avoue dépassée ». 
 
J’aimerais que les enseignants, qu’un petit « Arthus » dérange, le dévorent (le livre, pas le petit Arthus)
« Arthus est un petit garçon en forme de point d’interrogation ». 
« Je débute ma journée avec cette réalité incontournable, on ne peut pas tout maîtriser, il ne faut pas vouloir tout contrôler, l’enfant n’est pas une science exacte ».  
« Téméraire, j’ai l’audace de chercher dès le départ la perfection avec eux. Ma perfection. Arthus me ramène vite sur terre ». 
« Je navigue à vue, je m’adapte, tantôt lui tenant la plume, tantôt chargeant un camarade de l’aider. Je tâtonne : un cahier d’un autre format sera peut-être mieux adapté, mon clavier d’ordinateur aura sans doute plus de succès…Petites victoires et grandes défaites ». 
« Même si les progrès sont très lents à venir, quelques signes me montrent de temps en temps que je suis sur la bonne voie. J’aime comprendre leur façon de fonctionner, analyser leurs erreurs comme autant de signes révélateurs. J’adore ce travail d’archéologue : explorer les sous-sols de la pensée, de la logique, pour débusquer le point de blocage ». 
 
J’aimerais qu’un enseignant traversant un coup de déprime croise ce livre. 
« Au 1er décembre, j’en suis là. J’essaye de demeurer une instit sans faille, prête à repartir à zéro tous les jours. Ce jour-là, Arthus… » 
« J’ai l’air de dominer mais, même après dix-neuf ans de métier, il y a toujours un petit doute… »
« C’était dur aujourd’hui…Moment de doute…Après tout, au bout de dix-neuf ans de métier, j’en ai peut-être tout simplement marre ». 
« Un sentiment de culpabilité s’ajoute à ma lassitude. Les images de la journée m’assaillent, que j’essaie en vain de refouler. Je n’ai pas été à la hauteur, je n’ai pas su faire. » 
« - Parfois, je me demande si je ne devrais pas faire une pause. Faire autre chose tu vois. 
- Ben non, je ne vois pas bien… Tu ferais Quoi ? 
- Un métier moins dur, plus calme, qui ne demande pas tout ce travail le soir à la maison, moins stressant, moins prévisible.
- D’accord. Alors…élever des coccinelles …entrer au couvent…
On rit …. Ce métier est le seul qui nous plaise vraiment ». 
 
Je l’offrirai à ma copine « instit » en CE2 qui ne sait toujours pas comment « remplir » un livret de compétences… mais qui aime les arts plastiques avec ses élèves. 
« Vous savez toutes que nous devons nous pencher sur le « livret personnel de compétences » des élèves qui a été élaboré en cohérence avec « le socle commun de connaissances et de compétences »  en vigueur depuis 2005. 
Ces mots devraient nous être si familiers. Ils sont pourtant si loin de nous… ». 
« Pour ma part, je me sens ambivalente. A la fois agacée de devoir me plier aux injonctions ministérielles parfois mal pensées, et consciente de la nécessité de revisiter cette question sur l’évaluation ».  
 « Je suis nulle en dessin […] Cette insuffisance m’a longtemps empêchée de me lancer avec plaisir dans les activités artistiques […] jusqu’à cette rencontre avec un certain Claude Monet… ». 
« Je me promets alors que l’art ne manquera plus  jamais à mon enseignement ». 
 
J’aimerais que les enseignants qui ont tous des collègues et un chef d’établissement s’en délectent (du livre et … de leurs collègues) ! 
« Elle est forte, Chantal. En rangs, elle est forte. […] Chantal est un personnage monobloc taillé dans la roche ». 
« Cette année je dois aussi expliquer mille petites choses à ma nouvelle collègue de CE1 ». 
« Ou là ! Y a du Arthus dans l’air ?  […] Vas-y ta collègue attentive  t’offre deux minutes d’écoute gratuite ». 
« Maud, ma collègue, arrive enfin et, comme chaque lundi, fournit une raison exceptionnelle à son retard ». 
«  Maud a déjà envoyé le compte-rendu du conseil des maîtres ». 
« Maud est une enseignante consciencieuse, vite déroutée par l’imprévu, donc souvent déroutée… ».
 « Un texto d’Anna, m’invite depuis son CE2 : « 1000 corrections, et toi ? ici thé cake. Rapplique ». « OK pour thé cake, correc++ aussi, Jariv. » »
«  Quand Marina réunit notre équipe d’instits, nous aimons aussi rire, nous moquer les unes des autres jusqu’à imiter la directrice qui attend le silence pour commencer ». 
« Nous avons un programme chargé ce soir. […] Notre tâche principale sera de préparer la nouvelle mouture du livret scolaire de Saint-Exupéry. […] Soupir de Chantal […] Marina recueille le tout avec l’écoute bienveillante d’un sage. Directrice avisée, elle sait que le terrain est miné. Une fois le calme revenu, elle peut répondre ».  
« Marina traverse la cour au pas de charge (le pas spécial des directrices pour traverser les cours. Elles doivent l’apprendre en formation car, partout, j’ai vu des directrices courir comme ça, un document sous le bras) ». 
« - C’est pour la maternelle. Eliane a une grippe carabinée et ne pourra pas prendre sa classe demain. Et moi je suis en réunion toute la matinée… Alors je me demandais, comme tu as un stagiaire en CE1…
  - Tu voudrais que je prenne la moyenne section demain matin, c’est ça » ?  
 
J’aimerais que des parents le lisent. J’aimerais que les instits qui sont aussi parents passent de l’autre côté du miroir avec ce livre.
« Parent d’élèves, je passe de l’autre côté du miroir. Comment ne pas parler de l’école ? Eux-mêmes viennent d’y passer la journée ». 
« Est-ce parce que je suis enseignante ou tous les parents sont-ils aussi désappointés en constatant que la vie scolaire de leur enfant n’appartient
qu’à lui » ? 
« Trois mots à signer : une autorisation de sortie, une rencontre parents-profs, une fiche d’inscription au brevet des collèges ». 
« Je regarde les enfants en essayant de les imaginer élèves. Les autres parents font-ils de même ? Oui, si je me fie au nombre de ceux qui m’ont glissé :
« J’aimerai tellement être une petite souris pour venir le voir en classe... » ».
« En dix-neuf ans de métier, j’ai bien dû accorder quelque cinq cents rendez-vous de parents d’élèves, mais lorsque la demande émane de la famille sans que je m’y attende, j’éprouve une certaine inquiétude, voire un soupçon de déstabilisation ».
« Ne pas me braquer, ne pas m’apitoyer ni me laisser séduire. Rester professionnelle. Attentive, je les invite à reformuler tel ou tel point, à préciser tel ou tel événement ». 
« Les rendez-vous de parents d’élèves relèvent de l’imprévisible. Chaque partie cherche à s’accorder avec l’autre, souvent avec succès, parfois au prix de remous ou de revirements houleux. Chaque rencontre s’inscrit dans une histoire singulière ». 
« Parfois la diplomatie me fait défaut, alors Marina vient à mon secours et l’issue est régulièrement positive ». 
 
J’aimerais que les jeunes qui envisagent le métier de professeur des écoles le découvrent  (le livre et le métier !).
 
J’ai aimé aussi : le cahier d’écrivain, le pluriel des noms communs, le calcul des sommes, le sujet d’un verbe, la récréation, le globe terrestre, les conducteurs d’électricité, l’ordre alphabétique, les rendez-vous de parents, le remplacement en maternelle…
J’ai aimé ce livre rédigé avec finesse. 
 
Nos enseignants ont du talent ! 
Merci à Dominique Deconninck pour ce récit (à lire en entier et non pas ces quelques citations juxtaposées) ; et pour son travail quotidien auprès des enfants. 
Et si vous voulez faire davantage connaissance avec Dominique, lisez un interview
 
 

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