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Le Credo

Temps de lecture : 22 minutes
Le Credo

Et si,  en cette année de la foi, on s’arrêtait sur le Credo. Ce mot (du latin : « Je crois ») est le premier mot du Symbole des Apôtres et désigne les différentes professions de foi de l’Eglise, dans lesquelles les principaux éléments de la foi sont rassemblés de manière ordonnée.

Aujourd’hui, dans l’Eglise catholique, deux textes sont en usage :

  • le symbole des Apôtres
  • le symbole de Nicée-Constantinople

auxquels on peut ajouter la formule utilisée lors de la Vigile pascale.

Nous parlons de symbole, qu’est-ce-à dire ?

* Dans l'Antiquité, le symbole est un signe de reconnaissance : pour un contrat, un traité, etc… Les deux partenaires de la transaction cassaient un bout de tuile ou d'os dont on pouvait ensuite rapprocher les morceaux.

* Dans les Eglises chrétiennes, un symbole de foi (du grec sumbolon, signe d'identification ou de ralliement) est un texte proclamant sous forme ramassée et percutante, l'essentiel de la foi.

* Le Credo n'est pas un résumé de la foi, mais un signe de reconnaissance de ceux qui partagent une foi commune, une même mémoire concernant Dieu reconnu dans son rapport aux hommes, tel que le raconte le Credo. C'est aussi un signe de reconnaissance envers Dieu.

Les deux symboles sont donc des textes proclamant l’essentiel de la foi. Toujours trinitaires, ils manifestent ce qu’est l’Eglise et disent l’espérance chrétienne.

Histoire du Credo

Le premier cri des chrétiens

La prédication des apôtres, telle que nous la présente le livre des Actes porte sur quatre items essentiels :

1) Jésus a été condamné et mis à mort ;

2) Dieu l'a ressuscité ;

3) Nous en sommes témoins ;

4) C'est en Lui que se trouve le salut des hommes : convertissez-vous !

(Ac 2, 22-38 ; 3, 13-19 ; 4, 10-12 ; 10, 37-43 ; 13, 23-39 ; 1Co 15, 3-5).

Cette annonce est encore appelée kerygme, du grec kerugma, c'est-à-dire « proclamation du crieur public ». Ce message est jugé d'une telle importance par les premiers chrétiens qu'il mérite d'être publié avec force et éclat. A leurs yeux, ces propositions sont le cœur de ce qu'ils ont appris de Dieu, mais aussi l'expression d'une expérience qu'ils veulent faire partager : à la fois l'essentiel de ce que Dieu dit aux hommes et l'essentiel de ce qu'ils croient.

Des formulations plus élaborées et plus théologiques vont se faire jour

Les premiers chrétiens se souvenant de l'enseignement de Jésus, expriment qu'ils considèrent Dieu comme Père, Créateur (de qui tout vient, par qui tout existe), Jésus, l'homme qu'ils avaient rencontré, comme l'égal de ce Dieu Père.

Saint Ignace d'Antioche († 117), dans une lettre aux Tralliens, va mettre un accent particulier sur l'humanité de Jésus, sans doute parce que, précédemment, l'accent avait été mis davantage sur sa divinité.

Fermez vos oreilles si quelqu'un vous parle d'autre chose

que de Jésus Christ,

de la race de David,

de Marie,

qui est vraiment né

qui a mangé et bu

qui a vraiment souffert persécution sous Ponce-Pilate,

qui a vraiment été crucifié.

Il est mort. (...)

Les êtres terrestres, célestes, inférieurs en sont témoins,

et il est vraiment ressuscité des morts,

son père l'ayant ressuscité,

comme, à sa ressemblance, il nous ressuscitera

en Jésus Christ, nous qui croyons en lui,

en dehors de qui nous ne vivons pas vraiment.

Les symboles de foi ou Credo

Le symbole des apôtres est le plus ancien. La structure s'est constituée au cours des IIe et IIIe siècles, à Rome, en lien avec la célébration du baptême.

  • La forme la plus reculée (ancienne) est un dialogue entre le catéchumène et le célébrant

Crois-tu en Dieu, le Père tout-puissant ?

     Je crois

Crois-tu en Jésus-Christ, le Fils de Dieu ?

     Je crois

Crois-tu au Saint-Esprit ?

     Je crois

A chaque réponse le catéchumène est plongé dans l’eau.

  • Au IIIe siècle, la formule a reçu des ajouts dans la partie centrale sur le Christ.
  • Dès le IVe siècle, le texte est continu et non plus dialogué. Cette profession de foi baptismale romaine se répand alors dans tout l'Occident avec quelques modifications.
  • Finalement, Charlemagne impose dans tout son empire un texte appuyé sur le vieux texte romain, et qui avait reçu sa forme définitive en Gaule.
  • Ce texte revint à Rome avec ces ajouts pour y être adopté officiellement au IXe siècle.

Le symbole de Nicée-Constantinople.

  • Le symbole de Nicée (en Asie Mineure) a été adopté par le concile qui s'y est tenu en 325, en vue de réfuter l'hérésie d'Arius qui niait la divinité du Christ. Il y est reconnu de "même nature que le Père" :

        - Fils Unique de Dieu

       - engendré, de la même substance que le Père, il est Créateur de tout ce qui a été fait :

"Par lui tout a été fait".

  • Quelques temps plus tard, le symbole de Nicée fut complété par le concile de Constantinople (381) pour affirmer la divinité du Saint-Esprit - égal en cela au Père et au Fils - qui est "Seigneur" et "qui vivifie".
  • Le symbole sera revu par le concile de Chalcédoine (Asie Mineure) en 451, qui affirme qu'il y a deux natures, divine et humaine, dans l'unique personne du Christ.

D'abord symbole baptismal, c'est-à-dire proclamé par le baptisé qui y exprime sa foi, on le retrouve au Ve siècle dans la liturgie orientale, au IXe dans les églises franques et au XIe à Rome.

A partir du VIe siècle, l'adjonction du "Filioque" (l'Esprit procède du Père et du Fils) explicite la relation entre l'Esprit-Saint et les deux autres personnes de la Trinité.

Apparue en Espagne, en réaction contre l'arianisme des Wisigoths, cette adjonction se généralise en Occident au IXe siècle, provoquant la réprobation des Orientaux pour qui il s'agissait d'une hérésie, et qui l'invoquèrent - entre autres griefs - lors du schisme d'Orient de 1054.

On le voit, il a fallu plus de trois siècles aux premiers chrétiens pour trouver une formulation de ce qui, depuis toujours, apparaissait comme l'essentiel de la foi. Et encore, cet essentiel ne dit pas tout. Plus d'un chrétien du XXe siècle a essayé de nouvelles expressions.

Le Credo, un texte construit…

C’est un texte avec un début et une fin :

JE CROIS. Le premier aspect de la foi est l’engagement personnel d’un sujet impliqué dans ce qu’il va dire… Personne ne peut dire à la place d’un autre cette foi qui est l’expression d’une confiance qui engage totalement, et est pleine de conséquences pour celui qui l’affirme.

En disant ce en qui, ce en quoi je crois, je révèle où est mon trésor, où est mon cœur.

JE. A chaque fois, chacun et l’assemblée (qui s’exprime au singulier comme une seule personne) disent en même temps

  • L’acte de foi le plus personnel qui soit
  • Et celui d’une assemblée, d’une Eglise à laquelle il appartient.

AMEN. Ce mot vient de l’hébreu et renvoie à l’idée de rocher, du sol résistant à partir duquel la foi est solide

Amen : cela est sûr. Chacun peut croire, car c’est appuyé d’abord sur Dieu, sur ce qu’Il fait ou ce qu’Il dit.

JE CROIS EN QUI ?  Et si on parcourait le symbole des Apôtres !!

En Dieu : un seul Dieu avec qui je rentre en relation pour découvrir combien nous avons besoin l’un de l’autre.

Le Père tout-puissant : le visage de Dieu est celui, familier, de « Papa ».. tout-puissant d’amour et de miséricorde.

Créateur du ciel et de la terre : « Dieu dit, et les choses sont, et les êtres sont… » Une Parole qui crée, qui donne vie, qui place l’homme au centre de la création comme un intendant.

En Jésus-Christ : Jésus, nom de naissance : « Dieu sauve ». Christ-Messie : l’envoyé de Dieu qui répond à l’attente d’Israël.

Son Fils unique, notre Seigneur : il partage la même divinité que son Père… Notre Seigneur : le salut de Dieu pour nous.

Qui a été conçu du Saint-Esprit : comme lors de la naissance du monde dans la Genèse, l’Esprit exerce en Marie le rôle créateur. Dieu exerce sa paternité à sa manière.

Est né de la Vierge Marie : Jésus nait d’une mère demeurée vierge, sans intervention humaine, une façon de dire l’inexprimable, la divinité du Christ.

A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié : en devenant victime de la cruauté des hommes, exécuté sous une forme réservée aux esclaves, il brise le cercle de la haine et de la violence.

Est mort et a été enseveli : une mort bien humaine, jusqu’au bout… avec dépôt dans un tombeau tout neuf.

Est descendu aux enfers : le Christ est allé jusqu’au bout de son abaissement ; il a pénétré l’enfer de la souffrance et de la mort. Et il a vaincu la mort dans l’espace et le temps.

Le troisième jour est ressuscité des morts : c’est le cœur de la foi chrétienne : « Christ est ressuscité ». Il est le « premier-né d’entre les morts » et il est apparu aux disciples dans sa condition nouvelle. Sa résurrection est promesse de résurrection pour tous les croyants.

Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant : résurrection, ascension, à la droite de Dieu, tous ces mots pour dire l’évènement de Pâques. Jésus demeure cependant présent aux hommes par les signes qu’il nous laisse : parole à écouter, pain à partager, frère à aimer…

D’où il viendra juger les vivants et les morts : un Christ qui pardonne ou qui punit ? A la fin des temps, le fond de notre cœur sera dévoilé. Nous serons jugés sur l’amour.

Je crois en l’Esprit-Saint : Dieu créateur, Dieu sauveur et Dieu inspirateur… L’esprit assure l’actualité de la Parole de Dieu.

A la saint Eglise catholique : sainte et catholique : c’est ce que l’Eglise doit devenir chaque jour davantage, selon le cœur de Dieu.

A la communion des saints : communion aux choses saintes (la Parole de Dieu, les sacrements, la charité vécue) ; communion aux personnes saintes (l’Eglise, assemblée de ceux qui se laissent animer par la Parole de Dieu) ; communion entre les chrétiens de la terre et ceux qui nous ont quittés et, au-delà, les saints des autres religions.

A la rémission des péchés : Dieu ne s’intéresse qu’au pardon des péchés. Par le baptême, nous mourrons justement au péché pour naître à une vie nouvelle.

A la résurrection de la chair : la chair est l’être humain dans sa condition historique. Et ce que nous croyons c’est que nous sommes invités à passer du corps terrestre au corps céleste.

A la vie éternelle : la vie éternelle, une expérience d’aujourd’hui qui appelle à une réalisation plus pleine à venir.

Le Dieu du Credo est immergé dans notre histoire humaine. Croire c’est raconter comment Dieu, entre dans le temps pour la transformer. C’est s’appuyer sur une mémoire d’événements qui donnent une espérance pour envisager autrement le présent et le vivre différemment avec du souffle et un horizon. Dire le Credo, c’est reconnaître qui est Dieu et comment est Dieu pour nous.

Le symbole de foi est plus qu’un résumé. C’est un signe de reconnaissance entre ceux qui partagent une foi commune. C’est une mémoire concernant Dieu reconnu dans son rapport aux hommes. C’est aussi un signe de reconnaissance envers Dieu. Alors viennent la louange, l’action de grâces.

Le catéchumène, avant son baptême, devait exprimer sa foi, devant la communauté (redditio symboli). Cela veut dire aujourd’hui encore que la foi ne s’invente pas, qu’elle est reçue et transmise, et que nous n’avons pas fini de la faire nôtre tant que nous ne l’avons pas proposée à notre tour.

Pour aller plus loin :

Quand un beau-père, pasteur de l’Eglise protestante,  explique à son futur gendre l’essentiel de la foi : « Lettre à mon gendre agnostique ».

Quand un grand-père explique à son petit-fils les symboles du baptême : lettres à Nathanaël.

Le Credo et son histoire : un document du service catéchétique du diocèse de Lyon.

Une catéchèse sur le Credo avec des ressources utilisables avec des enfants : iconographie, gestuation du symbole des apôtres…

Des ressources pour mieux comprendre le Credo .

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