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Pourquoi je mutualise ?

Temps de lecture : 17 minutes
Pourquoi je mutualise ?

Enseignant débutant, j'ai souvent "profité" des documents ou des expériences de mes collègues plus expérimentés. Comment, et pourquoi, m'est venu une habitude de partager à mon tour, notamment à travers les outils numériques ?

Pourquoi je mutualise ?

“Je suis un enseignant de l'an 2000”. Assurément, si la formule faisait certainement rêver nos collègues du siècle dernier, elle porte vraiment du sens aujourd'hui : le métier d'enseignant a changé, très rapidement en quelques années, avec la démocratisation de l'accès au savoir apportée par les nouvelles technologies et la facilité de créer des groupes de travail en ligne.

De façon étonnante, les contacts avec mes collègues virtuels m'ont autant appris le travail collaboratif que ma formation professionnelle... Internet, ses listes de discussions, ses forums, ses blogs, et aujourd'hui ses réseaux sociaux, m'ont appris à me questionner, à argumenter, à construire ensemble, à coopérer.

Très vite, je me suis rendu compte de l'intérêt de partager mes documents, puis des réflexions sur ma pratique. Voici quelques raisons qui m'y ont poussé.

Une motivation personnelle

Je ne peux pas dire que je suis un enseignant rigoureux en matière de rangement : un bureau souvent en désordre après une demi-heure de classe, des classements verticaux mélangeant les préparations de mathématiques avec les séances de sport, des dessins d'enfants côtoyant des rapports d'inspection... L'ordinateur est vraiment venu me sauver de ce manque de rigueur !

Je fus cependant très vite confronté à un problème de taille : celui de ne plus trouver mes documents sur la quantité de supports numériques (ordinateurs, clé USB, disques de données, disques durs externes...). Sans compter les pertes douloureuses de mois de travail lorsqu'un disque dur, par malheur, ne voulait plus livrer son contenu.

La création de mon premier blog a donc d'abord été un motif bien égoïste : celui de mettre en ligne un contenu auquel je pouvais avoir accès toujours et partout, sur n'importe quelle machine.
Désormais, même sur mon propre ordinateur, il était plus facile pour moi de trouver mes documents sur Internet, via une bonne recherche Google, plutôt que de les chercher dans mes dossiers virtuels.

Photo par Chris Devers, Flickr, Licence CC.


Heureux celui qui donne, il n'a pas fini de recevoir !

La deuxième motivation qui m'a poussé à partager mes documents fut celle de l'exemple donné par certains de mes collègues. Dès 1998, j'ai découvert les premiers sites personnels d'enseignants ou d'écoles qui partageaient des pratiques, offraient des documents ou argumentaient des pratiques.
Curieux, j'ai voulu moi aussi comprendre comment fonctionnait la mise en place d'un site, et dès 1999 j'écrivais mes premières pages personnelles pour partager les poésies préférées de mes CP.

Puis par l'intermédiaire de la banque de fichiers telle que celle de Cartables.net, je partageais modestement mes premiers documents, avec le sentiment rassurant que le temps passé pour créer mon document destiné à 25 élèves était largement rentabilisé si ce même document servait à des dizaines de classes !

Un partage, donc, à la fois pour renvoyer l'ascenseur aux premiers qui m'avaient aidé, mais aussi pour rentabliliser le temps passé sur la conception d'une séance.

1+1+1 < 3

Très rapidement, je me suis rendu compte de la plus-value que le partage de document pouvait apporter : certains visiteurs pouvaient signaler des fautes d'orthographe qui avaient échappé à ma relecture souvent trop tardive. D'autres me proposaient même leurs propres documents, ou des prolongements sur le même thème. Je me rendais compte que je n'étais plus seul à réfléchir et à concevoir mes documents, mais qu'une potentialité de collègues virtuels gravitaient autour de moi.


Photo Working Together, par logos noesis,
FlickR, Licence CC.

Aujourd'hui, à travers les blogs et leurs commentaires, les forums et les réseaux en ligne, je n'imagine plus créer une séance ou produire un document sans au préalable consulter ma petite équipe virtuelle. Mieux, cette équipe s'est élargie au-delà du monde de l'école : aux parents, aux enfants, aux entreprises, aux institutions... à travers tous les contacts que nous pouvons avoir d'un clic de souris.

Intelligence collective


Je suis convaincu que nous ne sommes pas propriétaires de nos savoirs et de notre culture. Ceux qui le pensent freinent d'ailleurs la diffusion et l'évolution de nos créations. Combien de documents à portée éducative mériteraient d'être mis en accès libre à tout le monde éducatif, enseignants et parents, alors qu'ils sont jalousement gardés dans une logique commerciale et propriétaire ? Mais ceci est certainement un autre débat.

Toujours est-il que pour ceux qui ont choisi de partager leurs créations et leurs découvertes (échanges de liens, de pratiques expertes ou innovantes), le temps donné à ce partage permet de développer une certaine forme de culture collective propre à l'enfance et à l'école.

 

Photo Networking, par jairoagua, Flickr, licence CC.

Tout n'est pas parfait

Bien-sûr, je ne prétends pas proposer des documents extraordinaires, loin de là. Je fais confiance en l'esprit critique des collègues pour choisir ou non de conserver le document tel quel ou de le transformer selon leurs objectifs.
Il est essentiel, à mes yeux, de proposer des documents qui respectent les élèves et leurs besoins d'apprentissages, et une adaptation reste souvent nécessaire.

N’attendez pas pour partager que les choses soient parfaites, cela n’arrivera jamais... Si elles le sont pour vos élèves, elles le seront pour vos collègues, notamment ceux qui débutent dans un niveau suite à une mutation.

Partager sur Internet ce n’est pas écrire un livre ; ceux qui utilisent vos ressources se les réapproprient, et en proposent parfois une version améliorée.
Puis parfois, il faut oser le dire, on est content de trouver des documents adaptés à nos besoins, nous économisant un précieux temps au profit d’autres créations ou simplement d’un peu de loisir personnel nécessaire.

Partager aussi les pratiques

Depuis 2 ans, je me suis lancé aussi dans la réflexion partagée sur ma pratique, à travers l’écriture d’un blog sur mes réflexions pédagogiques (“élucubrations pédagogiques”), mais aussi sur les réseaux sociaux. Via Facebook ou Twitter, c’est devenu un réflexe de partager sur ma pratique, ou de questionner les collègues sur leurs habitudes, et je tente ainsi d’affiner ma pratique en fonction de ces échanges.

Curieusement, la nécessité de mettre des mots sur sa propre pratique permet de l’organiser et de l’améliorer, grâce à la prise de recul que l’exercice apporte.

Ces partages, à travers les commentaires ou les échanges sur les réseaux sociaux, permettent de se lancer dans des expériences pédagogiques ou éducatives. Les remarques que je conservais au préalable pour moi, ou au mieux pour mes collègues “réelles”, deviennent désormais des échanges profitables à tous.

Photo FlickR friends, par doug88888, Flickr, licence CC.

Comment faire si je veux mutualiser ?

Il y a encore quelques années, l’aspect technique d’une mise en ligne de ressources pouvait freiner les envies de partage de n’importe quel enseignant.
A l’heure de l’utilisation du “cloud” (le nuage, qui consiste à travailler en ligne et à stocker ses données sur le Net plutôt que sur une machine ou sur un support), il est très simple de partager et de mutualiser.

Monter un blog de partage de pratiques ou de documents est devenu relativement facile. Je pense à des services comme Wordpress ou Eklablog, déjà utilisé par de nombreux enseignants. Des réseaux d’enseignants blogueurs voient même le jour, avec tout l’aspect convivial que cela apporte...

D’autres services permettent de stocker et partager nos documents : Dropbox, l’un des plus connu, permet de ne plus perdre nos fichiers lors de l’usage de plusieurs supports (ordinateur fixe, portable, tablette) en synchronisant en ligne les documents choisis.

Mon préféré actuellement reste un service proposé par Google, nommé “Drive” qui permet à la fois de stocker mais aussi de modifier en ligne des documents, comme sur un traitement de texte ou un tableur classique.. J’y écris désormais mon cahier-journal et y fais des présentations pour mes élèves, partageables et consultables à loisir depuis n’importe quelle machine.

Tous ces services sont à la base gratuits, et proposent pour la plupart des options payantes qui permettent d’améliorer la quantité de stockage ou la qualité des services proposés.

Faut-il attendre Internet pour mutualiser ?

Internet offre de merveilleuses opportunités de partage, mais n’oublions pas que les premers échanges sont ceux de la vie réelle : les discussions informelles, les demandes d’aide pour un thème entre collègues, l’observation des affichages d’un collègue ou de ses astuces pour organiser sa classe... Là aussi, proposer des outils, humblement, peut être un moyen de montrer l’exemple et de pousser les collègues au partage et au travail d’équipe.

Des moments plus institutionnalisés peuvent être mis en place, comme l’organisation dans une école ou dans un réseau d’école d’une “journée des outils”, consacrée à la mutualisation d’astuces ou de ressources qui nous semblent efficaces en terme d’apprentissage ou de bien-être scolaire.

Enfin, si la mutualisation prend parfois du temps (pour en faire gagner par la suite), elle permet aussi de bonnes surprises, en terme d’idées. Lorsque je parcours ma classe d’un rapide coup d’oeil, je peux nommer les nombreux collègues qui m’ont inspiré pour tel affichage ou tel “coin” de ma classe.

La dernière trouvaille à venir, issue de l’idée d’un collègue d’histoire-géo sur Twitter, c’est la mise en place d’un vrai coin détente dans la classe ; je cherche donc à récupérer un vieux canapé bien confortable, certes pour permettre à mes élèves de lire leurs albums préférés, mais aussi pour que leur vieil enseignant puisse parcourir ses articles favoris sur sitEColes, le portable sur les genoux !

 

Photo de sean dreilinger, FlickR, licence CC.

Je vous souhaite de beaux partages, et n’oubliez pas : “les trésors cachés sont perdus pour tous”.

Liens :

 

 

Crédit image Chris Devers - Flikr ©

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