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Une séquence de vocabulaire... ecclésial

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Une séquence de vocabulaire... ecclésial

Dans notre parler quotidien de nombreuses expressions trouvent leur source dans le langage de l’Eglise. Elles peuvent être l’occasion d’enrichir notre culture religieuse.

Je vous propose de découvrir quelques-uns de ces mots ou expressions. Nous adopterons le schéma suivant : le mot ou l’expression en contexte ; son histoire ; le sens dans le langage d’aujourd’hui.
 
Sacerdoce : « Pierre est engagé dans une association d’aide au tiers-monde : il en fait un sacerdoce».
Le sacerdoce, c’est la dignité et la fonction du ministre du culte. C’est le sacrement de l’ordre qui confère à quelqu’un le sacerdoce presbytéral : il est prêtre. Cette fonction exige beaucoup de dévouement et de disponibilité.
De là, le sens figuré de ce mot « sacerdoce » : une fonction occupée par quelqu’un avec beaucoup de dévouement.
 
Donner le bon Dieu sans confession : « cet homme est très aimable et souriant : on lui donnerait le bon Dieu sans confession ».
De nos jours, on parle du sacrement de réconciliation, de pénitence plus que de la confession. On disait autrefois : « Je vais à confesse » ! La confession est l’acte par lequel un fidèle va vers un prêtre pour l’aveu de ses fautes, de ses péchés. Cet aveu est préalable à la réception de l’eucharistie. Cette exigence était très forte autrefois et,  bien souvent, le fidèle n’osait recevoir l’hostie s’il n’avait préalablement confessé ses péchés.
Donner le bon Dieu sans confession exprime le fait que la personne paraît tellement honnête qu’elle n’a pas besoin de la confession pour communier (on peut lui faire confiance, les yeux fermés) !
 
Faire son purgatoire : « malade depuis tant d’années, cette personne a vraiment fait son purgatoire sur terre ».
La théologie, en parlant de l’au-delà de la mort,  évoque le paradis, l’enfer et le purgatoire. On retiendra pour le purgatoire la définition suivante : « un temps d’épreuve permettant la purification préalable de ceux qui, au terme de leur vie terrestre, sont admis à partager le bonheur de Dieu ». En quelque sorte, celui qui meurt en paix avec Dieu et avec les hommes a encore besoin d’une purification avant de pouvoir voir Dieu face à face.
L’expression « faire son purgatoire sur terre » signifie qu’en souffrant sur terre la personne a déjà fait œuvre de purification.
 
Etre aux anges : « il vient de retrouver son ami après deux années de séparation : il est aux anges ».
Les anges existent aussi bien chez les chrétiens que chez les juifs ou chez les musulmans. Le sens de ce mot varie entre celui de son étymologie (angelos, le messager, l’envoyé de Dieu) et la manifestation même de Dieu de manière perceptible à un homme. Le sens le plus courant est celui d’un être spirituel, invisible, intervenant dans la vie des hommes (discrètement : « un ange passe !! »), vivant en présence de Dieu dans un bonheur sans fin.
Dans les expressions où on retrouve ce mot, on veut exprimer une situation de joie, de bonheur : être aux anges, rire aux anges, dormir comme un ange, être beau comme un ange…
 
En odeur de sainteté : « Jacques est en odeur de sainteté auprès des responsables de son entreprise ».
La sainteté est la plus ancienne caractéristique de Dieu. Dieu est le « Tout autre », le « Saint d’Israël » (Isaie 30, 15). Jésus vient dans le monde comme le « Saint de Dieu ». Avec le Christ, on peut voir ce que saint veut dire : aimer d’un amour illimité et miséricordieux, qui aide, qui sauve et qui trouve sa perfection dans la croix et la résurrection. L’Eglise proclame saints des hommes et des femmes qui, dans leur vie terrestre, ont vécu cet amour parfois jusqu’au martyre. La croyance ancienne rapporte que les cadavres des Saints dégageaient une odeur suave de fleurs, de rose et non l’odeur caractéristique de la décomposition. En outre, le mot grec odos - à l’origine du mot odeur - signifie la « voie », le « chemin ».  Ainsi, l’expression « être en odeur de sainteté » voulait dire « être sur la voie de la canonisation » grâce à une vie de perfection et de piété.
Aujourd’hui cette expression (employée souvent de façon ironique, moqueuse) s’applique aux personnes qui bénéficient de l’estime de supérieurs, qui font figure de favoris dans un groupe.
 
Avoir voix au chapitre : « dans ce conseil municipal, les personnes n’ont guère voix au chapitre ; c’est le maire qui décide de tout ».
Au Moyen-âge, le collège des chanoines (des prêtres qui conseillaient l’évêque)  était appelé « chapitre » et par extension cela désignait aussi le lieu (la salle capitulaire) où ils se réunissaient, au sein d’un monastère ou d’une abbaye, afin de discuter des affaires de la communauté. Chacun des moines était consulté et avait droit de s’exprimer et de donner son opinion contrairement aux serviteurs et aux novices (ces derniers se tenaient d’ailleurs autour du chapitre et suivaient les débats de l’extérieur) … ils avaient donc « voix au chapitre » !
L’expression signifie aujourd’hui avoir le droit de prendre la parole pour exprimer une opinion, être écouté dans un milieu particulier.
 
La croix et la bannière : « pour obtenir cette autorisation, ce fut la croix et la bannière ».
La croix et la bannière sont deux symboles chrétiens : la croix évoque le Christ ; la bannière évoque la Vierge Marie. En effet, au Moyen-âge, la bannière était un signe de ralliement derrière un seigneur ou une paroisse. En ce temps où la religion était partie intégrante de la vie sociale et politique, il n’était pas rare de voir défiler des processions à travers toute la ville avec, à leur tête, la croix du Christ montée au sommet d’une hampe et les étendards de la paroisse ou de la confrérie ainsi que celui en l’honneur de la Vierge. Ces processions nécessitaient une grande organisation, beaucoup de formalités, de règles à suivre, de respect hiérarchique ou honorifique en fonction de l’importance des personnes et des congrégations présentes ainsi que tout un appareil solennel. D’où l’expression : « c’est la croix et la bannière ».
Sa signification aujourd’hui : la difficulté d’une entreprise quelconque, la multitude d’obstacles que l’on rencontre pour atteindre un but précis.
 
A Pâques ou à la Trinité : « je pense que la réalisation de ce projet est renvoyée à Pâques ou à la Trinité ».
Pâques est la fête de la résurrection du Christ ; la Trinité (Dieu unique en trois personnes) se fête huit semaines plus tard. Au 13ème siècle, ces deux fêtes étaient posées comme échéance des dettes des rois de France. Ces dates butoirs étaient notées dans des ordonnances par les rois eux-mêmes. Hélas, Pâques était célébrée et, 8 semaines plus tard, la fête de la Trinité passée, les créances n’étaient pas  honorées. Ces échéances devinrent peu à peu illusoires et les dettes non soldées furent considérées comme perdues. Et l’expression fut reprise dans la célèbre chanson de Malbrough qui « s’en va en guerre et qui ne reviendra qu’à Pâques ou à la Trinité » !!
“A Pâques ou à la Trinité”devient, dès lors, une expression utilisée pour signifier “à une date virtuelle”, autant dire “jamais”. Cela peut être aussi « aux calendes grecques » ou à la « Saint Glin-glin ».
 
Tous les chemins mènent à Rome : « vous n’avez pas utilisé ma méthode mais qu’importe car tous les chemins mènent à Rome ».
Déjà, dans l’Ancien Testament, le peuple d’Israël se rendait en pèlerinage vers le temple de Jérusalem. Les chrétiens ont repris cette tradition et, en particulier à partir du Moyen-âge, on vit fleurir toutes sortes de pèlerinages vers des lieux saints : Jérusalem, mais aussi Saint Jacques de Compostelle et surtout Rome, la ville sainte où se trouvaient les tombeaux des apôtres, où résidait le pape. C’est une ville aux trésors innombrables : palais, églises, arcs de triomphe, etc… Un vrai musée à ciel ouvert.
L’expression signifie arriver au même résultat de plusieurs manières différentes tout comme les chemins convergeant vers Rome venaient de tous les coins du monde.
(On a aussi « prendre son bâton de pèlerin » pour signifier qu’on se lance dans une aventure de longue durée).
 
Mettre à l’index : « la commission a censuré ce film et l’a mis à l’index ».
Nous connaissons notre index : c’est le doigt qui montre. Dans l’Eglise, ce mot a été utilisé pour désigner la liste des ouvrages condamnés ou interdits. Index est alors l’abréviation de « Index librorum prohibitorum », ce premier catalogue de livres interdits paru en 1559 sous le pape Paul IV.
Mettre à l’index, c’est donc signaler une personne, une chose (livre, film,…) que l’on veut rejeter, condamner. On dit encore mettre sur la touche, mais cette fois cette expression vient du monde sportif !
 
Faire son mea culpa : « Je me suis trompé sur cette personne, je fais mon mea culpa ».
« Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa » (c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute) : ce sont les mots latins de la prière en début de messe : le « je confesse à Dieu ». Et en prononçant ces mots, le fidèle se bat la poitrine signifiant ainsi qu’il reconnait ses erreurs, ses péchés. De là sont nées deux expressions : faire son mea culpa ou battre sa coulpe (une traduction de culpa).
Faire son mea culpa c’est donc reconnaître ses erreurs, ses torts.
 
Avoir la foi du charbonnier : « cette femme est convaincue et ne cèdera pas même si cela relève de la foi du charbonnier ».
Dans la tradition populaire, le charbonnier est un personnage considéré comme simple et naïf. Fabriquer du charbon de bois dans la forêt supposait un esprit peu développé.
Cette expression est utilisée pour désigner une personne qui a des convictions fortes fondées seulement sur l’intuition.
 
Pour continuer, vous pouvez vous lancer à la découverte de quelques autres expressions qui prennent source dans la vie de l’Eglise. Dans le monde politique ou sportif, on rencontre bien des expressions de ce type :
- C’est la grand-messe du football
- Ce sportif est un mariolle !
- Cet homme politique est en croisade pour les élections.
- Il a réalisé un travail de bénédictin.
Etc…

 

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