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Croire

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Croire

« Pourquoi est-ce que tu crois ? » Cette question vous l’avez sûrement reçue un jour. J’imagine qu’elle vous a laissé embarrassé, ne trouvant pas les mots, trébuchant sur les idées. Vous avez éprouvé une difficulté à dire vos raisons de croire.

Il y a là quelque chose de rassurant ! De fait, parler de la foi n’est pas banal. En tout cas, cela ne devrait jamais le devenir. A moins de réduire la foi à des idées, à des théories bien ficelées, parler de la foi est difficile. D’autant que, dans la perspective chrétienne, croire c’est entrer en relation avec Quelqu’un. Mieux encore, entrer dans une relation d’Alliance, autrement dit, donner sa confiance en réponse à un amour premier, qui nous a été d’abord accordé, sans condition. Amour totalement gratuit dont on ne se lasse pas de découvrir, peu à peu, l’infinie richesse.
 
Parler de la foi c’est donc parler d’une relation d’amour avec toute la subtilité et la complexité d’une telle relation, et plus encore puisqu’il s’agit de Dieu. Aussi, de la même manière qu’on n’explique pas vraiment une relation d’amour avec quelqu’un, ou alors c’est déjà quitter d’une certaine façon l’amour - comme s’il y avait des raisons objectives d’aimer ! - croire ne s’explique pas. Quoi d’étonnant à ce qu’en parler nous soit si difficile.
 
L’acte de croire, comme l’acte d’aimer, ne s’explique pas. Et pourtant, il faut bien parler, rendre compte de la foi, réfléchir à sa foi. La foi des chrétiens ne peut pas en rester à un vague « je crois en quelque chose », une relation mystérieuse avec « un je ne sais quoi ».
 
Croire ne tombe pas du ciel. Ce n’est pas le fruit d’abord d’un travail de l’intelligence, tel celui d’un chercheur de Dieu dans sa tour d’ivoire. Sommes-nous même à l’origine de notre foi ? Au plus profond, c’est Dieu le premier qui nous invite à croire. Et puis, notre foi de chrétien trouve son commencement dans une longue histoire qui nous précède depuis très longtemps pour nous rejoindre enfin.
 
C’est ainsi qu’à l’origine de nos convictions chrétiennes sur l’homme et sur Dieu, il y a la révélation d’un amour que des hommes, un peuple, ont peu à peu reconnu dans les événements de leur vie. Non comme une révélation extérieure, une intervention magique, un téléguidage de leur vie. Mais comme une Parole étonnante de confiance et de libération, d’élection et de promesse, qu’ils ont décryptée dans leur propre histoire. Parole surgissant du dedans d’eux-mêmes et pourtant donnant l’impression qu’elle vient d’un Autre tant elle les bouscule, les tire en avant, les emmène là où ils n’auraient pas imaginé aller. Lent dévoilement d’un autre visage de Dieu et d’une nouvelle dignité à vivre pour l’homme. Certains, des prophètes, sont devenus pour leurs frères de vrais porte-parole, discernant et annonçant la Parole de Dieu. Cette Parole émergeant dans les événements de la vie, des hommes l’ont transcrite. Un peuple l’a relue, réécrite au fil de son histoire. C’est ainsi que la Bible est née.
 
L’inouï c’est que cette vieille parole tissée au long des siècles, un jour, des hommes l’ont reconnue en Quelqu’un. Ils ont vu la Parole d’amour devenue quelqu’un en Jésus. Sans aucun écart, ils l’ont reconnue en lui, extraordinairement vivante. Parole de Salut de Dieu faite chair ! Ils ont misé leur vie sur cette Parole faite homme. Ils l’ont vue relever, libérer, prier, enseigner, scandaliser. Ils l’ont vue crucifiée. Morte la Parole. Fin de ce qui n’était qu’une imposture, une illusion ? Sans en croire leurs yeux, ils l’ont pourtant retrouvé, Jésus Parole de Dieu ressuscitée. Dans le don de l’Esprit, ils en sont devenus ses témoins, de génération en génération, jusqu’à nous aujourd’hui. La foi de l’Evangile nous atteint à notre tour.
 
L’Eglise n’a pas cessé de réfléchir à cette expérience. La volonté de rendre compte de la foi de l’Evangile et la nécessité d’en baliser les contours contre les tentations de dérive, l’ont conduite à forger peu à peu de nouveaux mots, des expressions actualisées de la foi. Très tôt, elle a voulu rassembler l’essentiel dans des résumés de la foi. Dans la foi de l’Eglise, l’essentiel est proclamé dans les articles du credo. Ce ne sont pas des phrases dispersées, mises bout à bout sans véritable lien entre elles. Bien au contraire, ce récit de la foi n’est pas sans raison, pas sans logique. Il y a même une cohérence impressionnante du donné de la foi. Et c’est passionnant de le découvrir. Du premier au dernier mot du Credo, de la perception chrétienne de la création à l’au-delà, tout se tient, tout s’articule. Un « univers en expansion » toujours à explorer avec ses connexions multiples, qui n’en finit pas de surprendre et d’interroger.
 
Croire invite à entrer dans la compréhension de cette unité extraordinaire de la révélation de Dieu. Aujourd’hui plus encore qu’hier, les chrétiens, s’ils veulent tenir et grandir dans la foi, s’ils veulent être crédibles, ne peuvent pas faire l’impasse de cette découverte. C’est un travail de formation nécessaire. Grandir dans la foi passe par cette recherche jamais achevée de l’intelligence de la foi reçue de l’Eglise.
 
Chaque culture, chaque époque, est invitée à reprendre le travail de traduction de la foi. Les évêques l’ont rappelé et c’est là un axe majeur de la pastorale en France : l’Eglise est chargée de proposer la foi dans la société actuelle. Cela passe par une double écoute, celle  des réalités humaines et culturelles d’aujourd’hui et celle du trésor de la révélation évangélique, l’une interrogeant l’autre. Ce travail de réflexion et d’élaboration n’est pas réservé aux seul théologiens.
 
Baptisés et confirmés, nous sommes tous concernés par cette exigence de proposer la foi. C’est là une mission essentielle de l’enseignement catholique. Proposer la foi en étant signe de cet amour libérateur de Dieu pour chaque homme. Proposer la foi en actualisant la révélation de l’Evangile dans les langues d’aujourd’hui. Proposer la foi en célébrant le mystère d’un Dieu Tout Autre qui nous rejoint de l’intérieur. Nous avons tant à faire pour faire d’aujourd’hui un nouveau temps pour l’Evangile. Dans la conviction première qu’il y a là un trésor pour chacun, un trésor pour l’école. Le Christ de l’Evangile est une référence inépuisable pour donner du sens à tout un projet éducatif bien au delà des seules propositions religieuses. Il y a en lui une telle densité d’humanité. Encore faut-il creuser, chercher toujours, se laisser toucher par sa personne.
 
Grandir dans la foi c’est la proclamer. Chaque dimanche, les chrétiens rassemblés au jour de la résurrection récitent ensemble l’acte de foi de l’Eglise, le credo ou le symbole des apôtres. Symbole vient du grec : jeter, faire tenir ensemble. L’acte de foi des chrétiens est bien ce qui soude leur communion au-delà des frontières de l’espace et du temps. C’est dire l’importance extraordinaire de ce texte aux yeux de l’Eglise et des chrétiens.
 
Le texte du symbole des apôtres commence par ces mots : « Je crois ». Il s’achève par « Amen ». Amen, cela veut dire « je m’appuie sur, cela est mon roc, j’ai foi, j’ai confiance en cela, je le crois ». Autrement dit, il commence par un acte de foi et s’achève par un autre. Effet de boucle, simple répétition ?
 
Ce doublet « Je crois…Amen » nous dit quelque chose de simple et fondamental. La foi s’enrichit, elle redouble quand on la partage, quand on la proclame en Eglise. La proclamation de la foi en Eglise fait vraiment partie de la foi. A contrario, celui qui jamais ne dit sa foi, jamais ne la proclame avec et devant les autres, risque bien de s’appauvrir dans la foi. Celui qui ne dit jamais « Amen » risque peut-être un jour de ne plus dire « je crois » !
 
P. Laurent LE BOULC’H (Texte paru dans Sklerijenn décembre 2001).
 

 

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