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Texte de la carte d’exploration "cap sur..."

Temps de lecture : 20 minutes
Texte de la carte d’exploration "cap sur..."

Un outil pour "copier-coller" des éléments présents sur la carte d’exploration du Sgec, les retravailler, les insérer dans des documents.

La démarche initiée par le Secrétariat général de l'Enseignement catholique (Sgec) invite à l’exploration de quatre archipels.
Une carte éditée sert de support à la démarche. On peut la télécharger sur en cliquant ici.



Au-delà de l’image, sitEColes vous propose l’intégralité du texte présent sur cette carte pour en faciliter une utilisation :

L’espérance éducative au défi de nouveaux horizons

Cette nouvelle étape d’une navigation nécessairement de plus en plus solidaire et inventive à laquelle se trouve invité l’Enseignement catholique dans son ensemble, s’abreuve à une double source :

  • la fidélité au mouvement de questionnement et de remise en cause qui a jalonné, ces dernières décennies, l’histoire de l’enseignement catholique,
  • la prise en compte des évolutions très profondes de notre époque.

Par delà la morosité ambiante et ce qui ressemble bien à une très profonde mutation, les symptômes semblent nombreux aujourd’hui pour permettre de diagnostiquer un changement d’ère au plan éducatif. Modification du rapport au temps, perte de repères, crise du sens, crise de la place de l’éducateur, crise des savoirs et de la transgression…
Au moment d’appareiller pour cette nouvelle navigation, nous retenons particulièrement quatre défis à relever, quatre éléments à ne jamais perdre de vue dans ce mouvement de liaison et d’exploration.

Le défi de l’articulation et de la durée
Des voies nouvelles s’ouvrent pour résister, contourner une tentation permanente de dispersion au plan éducatif. Dans ses structures, son organisation, le système éducatif vit, dans son mode de pilotage- de la réforme des 108 heures à l’école, à l’emploi du temps séquencé et atomisé des établissements secondaires - une formule de dispersion de culture de l’instant, qui est l’une des premières causes de la fatigue et de la perte de sens ressenties aussi bien par les élèves, les enseignants, les parents.

Le défi des attitudes éducatives : un changement de regard toujours à venir
S’il est un enjeu décisif pour que l’Espérance en la personne perdure et fasse sens au quotidien, c’est bien de faire œuvre à la fois de fidélité et de créativité pour, inlassablement, rendre vivant au cœur des pratiques, et du questionnement sur celles-ci, le regard à la fois exigeant et radicalement bienveillant qui permet à chacun de grandir. Plus que jamais dans nos projets et dans les relectures que nous faisons de nos pratiques, l’enjeu de réduire l’écart entre le dire et le faire s’avère déterminant. Il suppose une évaluation qui donne de la valeur et n’enferme pas la personne de l’élève, ni dans ses performances ni dans ses actes ; un accueil de toutes les familles, qui refuse de les enfermer dans leur origine, leur culture, leur conception de l’éducation ; une vie en équipe au sein de la communauté éducative, qui refuse l’enfermement dans les étiquettes et les histoires de chacun.

Le défi de savoir et d’une école qui questionne la vie
Les enjeux d’une transmission qui fasse sens, éclaire, et construise le questionnement de chaque enfant, de chaque jeune sont déterminants pour éduquer aujourd’hui pour demain. Force est de constater qu’une sorte de clivage semble traverser un nombre grandissant de jeunes dès le collège. Ils sont très largement imprégnés par la montée d’un certain nombre de questions sur l’avenir de l’homme, par l’ébranlement des parcours personnels, par l’émergence d’une conscience planétaire construite par une culture médiatique omniprésente. Ces ruptures tissent, comme jamais, un faisceau de questionnements existentiels pour chacun. Et en même temps, ces jeunes ne cessent de « dévaluer » la capacité des savoirs qu’ils rencontrent. A l’école de donner du sens à leur questionnement. L’enjeu est, alors, bien de réinventer une « école qui questionne la vie », au travers, notamment, de l’articulation des savoirs.

Le défi de changement
De très nombreux signes disent l’épuisement d’un modèle de changement descendant, reposant sur des injonctions, le plus souvent perçues comme discontinues et extérieures.
Les observations des démarches qui font sens pour ceux qui les vivent, et qui parviennent à s’inscrire dans des changements réels dessinent une nouvelle culture du changement à la fois plus humble et plus durable. Culture des petits pas, de la durée, de la proximité, de l’accompagnement positif et constant, de la valorisation et de la mise en lien.
Ces quelques constats ne prétendent ni à l’exhaustivité ni à l’originalité, ils indiquent simplement l’ardente nécessité de reprendre la mer, animés de la conviction qu’aux "jeunes sans rivages" décrits par Henri Madelin, il est possible et nécessaire de proposer des navigations nouvelles et sereines.

Archipel du Questionnement de la vie

  • ouvrir à la vie intérieure et à la spiritualité
  • comprendre et s’engager à agir sur le monde
  • donner les moyens à chacun de construire sa parole
  • écouter les bouleversements du monde.


Archipel de la Lutte contre les inégalités

  • accueillir et donner une place à chacun, jeunes et adultes
  • inventer des voies adaptées à chacun pour apprendre
  • faire preuve d’audace pour rejoindre toutes les formes de pauvreté
  • vivre une solidarité proche et lointaine.


Archipel du Vivre-ensemble

  • faire de la classe un lieu de vie et de solidarité
  • vivre l'établissement comme une communauté éducative
  • ouvrir l’établissement à un ensemble plus large
  • permettre à chaque adulte d’assumer son rôle d’éducateur.


Archipel du Savoir

  • transmettre des savoirs pour s'inscrire dans une histoire
  • articuler les savoirs et les disciplines pour questionner le monde
  • aider à la maîtrise des nouveaux médias
  • développer l’esprit critique.


Archipel du Temps : lutter contre la tyrannie du court terme

  • penser autrement le temps scolaire
  • articuler cycles de vie et d’apprentissage
  • croire en l’avenir des jeunes
  • développer la continuité et la cohérence des parcours.


Au large !
La liberté n’a rien de confortable. Elle invite à ne pas se laisser retenir par les sécurités de la rive, à larguer les amarres pour cet inconnu qui peut faire peur, à avancer au large, même s’il y a des vagues, même si tout est mouvant, même si les repères s’évanouissent.
Au loin, un monde nouveau est en train d’apparaître. Personne ne peut dire précisément ce qu’il sera, mais chacun voit les convulsions de celui qui est en train de s’effacer : relativisme qui fait douter de tout, individualisme qui confine au repli de soi, fragilité du gigantisme et de la mondialisation, fuite d’un temps vécu sur le mode de l’instantanéité…
Entre la pesanteur d’hier et la grâce de demain, c’est un monde nouveau, incertain mais fascinant, que l’école catholique éprise de liberté appelle à explorer, là où chacun vit sa mission. Indiquons aux enfants et aux jeunes que nous éduquons le chemin de leur propre liberté. « Avance en eau profonde […] Ne crains point ; désormais, tu seras pêcheur d’hommes » (Luc 5, 4 et 10).
Eric de Labarre, secrétaire général de l’Enseignement catholique

Des points d’ancrage pour garder le cap
Dans cette démarche de liberté et d’exploration à laquelle nous aspirons, nous avons des repères solides qui balisent nos navigations et nous aident à garder le cap. Ces repères, ces fondamentaux trouvent leur source dans une conception de l’homme, fille de l’Evangile, qui entend se confronter, dans un dialogue fait d’écoute et de lucidité, avec les questionnements du temps présent.

L’inattendu de la personne
Au cœur de l’acte éducatif, vivent cette exigence et ce questionnement : la personne ne se réduit pas à ce qu’elle fait, ce qu’elle montre, ce qu’elle réussit ou non à un moment donné. Dans le refus des étiquettes, de l’évaluation qui enferme du regard qui prétend dire l’avenir plutôt que de donner les moyens de le construire, se dessine le chemin qui reconnaît la personne comme un être en devenir.

La fragilité n’est pas faiblesse
Lorsqu’il nous interroge sur l’homme en construction, Maurice Bellet (1) en appelle à notre commune humanité pour que nous acceptions le fait que réside en chacun une part de fragilité que l’éducation entend à la fois écouter et apprivoiser. Et cela dans le refus du jugement, dans ce changement de regard qui permet d’ouvrir la porte du changement intérieur et d’entendre l’autre dans sa différence, son altérité. "C’est par les failles que passent l’accord et la connivence avec l’autre", nous confie Albert Rouet. Loin du fantasme de la perfection, du zéro-défaut, du refus de l’échec, du tâtonnement, et parfois, de l’errance, ce regard est celui de la patiente bienveillance qui permet, tant dans l’éducation des jeunes, que dans la vie en communauté des adultes, de grandir ensemble.

Il n’est d’intelligence que commune
L’anthropologie chrétienne telle que l’a développée le personnalisme chrétien, notamment, converge très fortement avec les dernières découvertes de la science. C’est dans l’interaction avec les autres, c’est dans la confrontation à l’altérité que la capacité à comprendre, à se situer, à agir et réagir, se construit. Dire que l’école est un lieu de socialisation est devenu une sorte de lieu commun. Il est, sans doute urgent, de réinterroger, de la maternelle à l’enseignement supérieur, méthodes et modes d’enseignement pour nous demander si nous savons éviter la dérive du formatage des esprits, de l’excès de docilité intellectuelle pour privilégier cette culture du débat, de l’interaction, de la pensée individuelle et collective.

On ne grandit pas sans limites
"Quand tout est possible, rien n’est réel", nous disent les psychanalystes Miguel Benasayag et Gérard Schmidt (2)… pour nous alerter sur la nécessité pour toute personne en construction, pour tout enfant, d’être accompagné et éduqué par des adultes qui acceptent de jouer ce rôle d’aînés qui bornent le désir sans limites de celui qui grandit. Seule façon de le faire échapper au vertige et à l’angoisse du sentiment de toute-puissance, seule façon de rappeler la présence de l’autre qui fonde les interdits. Au cœur de ce que l’on désigne, à tort ou à raison, comme une crise de l’autorité, dans le trouble qui saisit un nombre grandissant d’éducateurs, réaffirmer ce fondement de la nécessité de la limite ouvre la voie à la recherche et à l’échange entre adultes pour donner sens à ce difficile exercice qui consiste à apparaître comme de repères sereins et constants à l’enfant en construction.

Chacun a droit à la vie intérieure et à la construction du sens
Face à la dispersion, à l’enfermement dans l’instant et, parfois, à sa superficialité, les enjeux éducatifs que sont le silence, le retour sur soi, l’écoute et le questionnement, la pensée symbolique, la vie spirituelle, l’accueil d’une proposition de la foi prennent une force singulière. Ils sont au cœur d’une démarche d’éducation qui entend s’adresser à la personne dans sa singularité et sa globalité, et lui donner les moyens du cheminement, d’un parcours libre et authentique.

Nous sommes, ensemble, responsables de la construction du monde
Face à l’impuissance, parfois au renoncement devant les problèmes, les écueils de notre temps, le message évangélique nous invite individuellement et collectivement à prendre part à la création par l’engagement pour faire advenir un monde plus humain, fondé sur L’Espérance.

(1)Prêtre et psychanalyste, auteur de nombreux ouvrages dont La traversée de l’en-bas (Bayard 2005) et La longue veille : 1934-2002 (Desclée de Brouwer. 2002)
(2)Miguel Benasayag, Gérard Schmidt, Les passions tristes, La Découverte. 2002).



 

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