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Cain et Abel ou les relations frères et soeurs

Temps de lecture : 28 minutes
Cain et Abel ou les relations frères et soeurs

Vivre en frères et sœurs, est-ce si facile même au sein d’une famille unie ! S’il est naturel et souhaitable d’avoir des frères et des sœurs, comme il est difficile de se comporter fraternellement. C’est une réalité déjà présente dès les premiers chapitres de la Bible. Nous vous proposons ce parcours pour mieux découvrir ce beau récit de la Genèse (4, 1-15).

Le texte biblique

L'homme s'unit à Ève, sa femme : elle conçut, et elle mit au monde Caïn. Elle dit alors : "J'ai donné la vie à un homme avec l'aide du Seigneur ! " Dans la suite, elle mit au monde Abel, frère de Caïn. Abel devint berger, et Caïn cultivait la terre.

A l'époque habituelle, Caïn présenta des produits de la terre en offrande au Seigneur. De son côté, Abel présenta les premiers-nés de son troupeau, en offrant les morceaux les meilleurs. Le Seigneur tourna son regard vers Abel et son offrande, mais il détourna son regard de Caïn et de son offrande. Caïn en fut très irrité et montra un visage accablé.

Le Seigneur dit à Caïn : "Pourquoi es-tu irrité, pourquoi ce visage accablé ? Si tu agis bien, tu pourras relever ton visage. Mais si tu n'agis pas bien, le péché est accroupi à ta porte. Il est à l'affût, mais tu dois le dominer".

Caïn dit à son frère Abel : "Sortons dans les champs". Et, quand ils furent dans la campagne, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua.

Le Seigneur dit à Caïn : "Où est ton frère Abel ? " Caïn répondit : "Je ne sais pas. Est-ce que je suis le gardien de mon frère ? " Le Seigneur reprit : "Qu'as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi ! Maintenant donc, sois maudit et chassé loin de cette terre qui a ouvert la bouche pour boire le sang de ton frère, versé par ta main. Tu auras beau cultiver la terre, elle ne produira plus rien pour toi. Tu seras un errant, un vagabond à travers le monde".

Alors Caïn dit au Seigneur : "Ce châtiment est au-dessus de mes forces ! Voici qu'aujourd'hui tu m'as chassé de ma terre. Je dois me cacher loin de toi, je serai un errant, un vagabond à travers le monde, et le premier venu me tuera". Le Seigneur lui répondit : "Si quelqu'un tue Caïn, Caïn sera vengé sept fois". Et le Seigneur mit un signe sur Caïn pour le préserver d'être tué par le premier venu.


Une autre entrée possible dans ce récit : la chanson de Mannick (C.D. "Chante-moi la Bible" Ancien testament).

Ils étaient différents,
Les fils d’Adam et Eve,
Un laboureur et un berger.
Ils étaient différents,
Les fils d’Adam et Eve,
Chacun vivait sa vie de son côté !


Caïn, l’aîné,
Savait bien labourer
La terre et les champs,
Beau temps, mauvais temps !
Son frère Abel
Menait dés son réveil,
Des bœufs, des agneaux,
De l’ombre au soleil !

Caïn, l’aîné,
Se voulait le premier,
Toujours et partout,
Il était jaloux !
Son frère Abel
Offrait de tout son cœur,
Ses plus beaux agneaux,
A son créateur !

Caïn, l’aîné,
Se croyait mal aimé,
Son cœur en colère
Maudissait son frère.
Un jour, Abel,
Est mort, assassiné,
Le bras de Caïn
Sur lui s’est levé !

Caïn s’est repenti
D’avoir tué son frère,
Il a demandé pardon.
Et Dieu l’a protégé
Quand il courait la terre,
Comme un nomade, un vagabond.


Situons le texte dans la Bible

Nous sommes dans le premier livre de la Bible : la Genèse au chapitre 4. Les trois premiers chapitres nous ont raconté la création du monde et des hommes en la personne d’Adam et Eve, le premier couple humain. Nous voici maintenant à la première naissance et à la première mort, qui, plus est, un assassinat, un fratricide. Les choses commencent plutôt mal !! Comme pour le récit d’Adam et Eve au jardin d’Eden, nous sommes devant un texte fondateur : il est placé dès le seuil de la Bible et il nous parle de la condition humaine, de ce qui se vit au cœur de chaque famille : fraternité et rivalité, amour et haine, vie et mort. Comme avec le récit de la faute d’Adam et Eve, c’est le mal qui est présent, la violence à partir de la rivalité et de la jalousie au cœur de nos relations.
Ce thème de la fraternité impossible est aussi présent dans d’autres textes antiques : citons par exemple Romulus et Remus à Rome. Et après ce récit de Caïn et Abel, se continue la descendance des premiers hommes. Seth est engendré par Adam, et la longue suite des engendrements successifs va nous conduire jusqu’au récit de la tour de Babel (chapitre 11) non sans avoir vécu lé déluge.
Nous sommes donc devant un texte mythique, symbolique et non pas historique comme le pensent les fondamentalistes. Mais cependant le récit est pleinement ancré dans la culture d’Israël avec les exigences d’offrandes, etc.

Situons les personnages

Mais pour mieux saisir ce que chacun de ces deux personnages, Caïn et Abel, représente dans ce récit, il est utile de se rappeler l’importance que revêt le nom dans la Bible.
En effet, le nom n’y est pas une étiquette mais la chose ou la personne même. Donner un nom, c’est faire exister : Dieu nomme ce qu’il crée. "Dieu appela la lumière "jour", il appela les ténèbres "nuit" (Gen. 1, 5). C’est aussi révéler le fond d’un être ou sa destinée : "Sion s’appellera ville-de-justice" (Isaïe 1, 26). C’est encore dominer : Adam donne un nom aux animaux. Aussi changer le nom de quelqu’un, c’est lui imposer une nouvelle personnalité et avoir pouvoir sur lui : Dieu change le nom d’Abraham et Jésus celui de Simon qui devient Pierre.
Ainsi, dans ce récit de Caïn et Abel, les noms des deux frères vont donner sens à ce qui se passe.

Caïn, le meurtrier
Caïn entre dans ce récit comme un bonheur ; il naît d’une histoire d’amour : "L’homme s’unit à Eve, sa femme". C’est la première naissance pour Eve et elle dit sa grande joie d’avoir donné la vie : "J’ai donné la vie à un homme avec l’aide du Seigneur".
La signification du nom de Caïn : multiple, jaloux. Caïn, le forgeron, ancêtre des fabricants d’armes, le père des Caïnites, un peuple de nomades forgerons qui vivait au sud de la Judée, au bord du désert. Ils étaient reconnaissables (le signe donné par Dieu : un tatouage ?) ; aussi se méfiait-on de leur caractère violent et vindicatif, expliqué par cette tradition sur leur ancêtre Caïn. La Bible donne une dimension universelle à cette histoire.

Abel, "l’ajout"
"Elle donna aussi le jour à Abel". Il est le frère cadet, donc celui qui est inférieur, c’est tout… Son nom signifie "buée", souffle », "vanité", "inconsistance ". C’est le moins que rien ; à sa venue, il ne reçoit aucune parole ni de la mère, ni du père. Eve ne le nomme qu’à la naissance de son troisième fils, Seth en Genèse 5, 25 : "Dieu m’a accordé une autre descendance à la place d’Abel". En définitive, seul Dieu fait attention à lui.

Pour mieux comprendre le récit

Deux frères différents
Le texte biblique situe les différences entre les deux frères et tout les sépare : leur métier, l’un berger et l’autre cultivateur ; l’offrande des produits de leur travail, des bêtes et des fruits de la terre ; le moment de l’offrande, à la récolte en fin de saison ou les prémices, les morceaux les meilleurs.
Dieu agrée le sacrifice d’Abel, mais pas celui de Caïn. Pourquoi ? Le récit ne le dit pas : Caïn est obsédé par sa jalousie d’aîné et s’imagine que Dieu ne l’aime plus et le rejette. Pourtant Dieu lui parle et protégera sa vie.

Un récit où le mal est présent
Le drame est raconté avec une grande sobriété : la réaction de Caïn, la parole de Dieu, le refus de Caïn, le meurtre sans témoin et dans la campagne. Le péché est ici représenté comme un être malfaisant, une sorte de bête tapie à la porte de Caïn et qui se prépare à l’attaquer quand il sortira. Il est sous la menace de cette bête mais il peut et il doit la dominer. En fait cette force est sa propre pulsion de jalousie : "Si tu agis bien, tu pourras relever ton visage, mais si tu n’agis pas bien…".
"Sois maudit", nous dit le texte : maudire c’est dire du mal, annoncer du malheur. Et ce malheur, c’est celui que Caïn a déclenché par sa violence. Il a brisé le lien entre lui et la terre ; elle ne le fera plus vivre. De plus il devient errant, nomade, chassé comme Adam et Eve du jardin d’Eden.

Dialogue entre Caïn et le Seigneur
"Où est ton frère ?" demande la voix du Seigneur. La réponse de Caïn l’enfonce dans sa faute : il nie, il prend ses distances. C’est l’endurcissement de l’homme qui n’a aucun regret. C’est vraiment la rupture des relations, des liens, c’est tout le sens du péché.
Et à la fin du récit, Dieu protège la vie du meurtrier pour empêcher le cycle infernal de la violence. La peine de mort est ici rejetée. "Le Seigneur mit un signe sur Caïn pour le préserver d’être tué par le premier venu".

Abel et Jésus
La mémoire collective va retenir le nom d’Abel. Il est le premier innocent qui subit la violence, le premier "juste souffrant" (Matthieu 23, 35). Il apparaît comme le premier d’une longue lignée de ces justes persécutés jusque dans la mort. Le récent témoignage des moines de Tibbirhine est là pour nous le rappeler. Et les chrétiens voient donc dans Abel une figure de Jésus. L’épitre aux Hébreux dit que "le sang de Jésus parle plus fort que celui d’Abel" (12, 24) car Jésus a librement accepté de subir la violence de ses adversaires et de donner sa vie. Mais son sang ne crie pas vengeance : il devient au contraire source de pardon.

Et si on racontait cette histoire aux enfants

Bertrand Gournay, curé de Briançon, nous propose un récit adapté aux enfants dans la revue Biblia magazine (octobre-novembre 2010). (Cette revue est un très bon outil pour aller à la découverte des passages essentiels de la Bible).

Un jeune homme marche rapidement sur une route de terre. Derrière lui, il laisse un très beau paysage fait de montagnes, de forêts, de rivières et de lacs. Un nombre extraordinaire d’oiseaux volent d’arbre en arbre et leurs chants sont étourdissants. Les autres animaux sont si nombreux que l’on se demande comment la nature peut nourrir tant de bouches à la fois.
Mais ce jeune homme s’éloigne de ce magnifique paysage. Ses parents y ont vécu mais ils en ont été chassés parce qu’ils ont refusé de faire confiance à celui qui leur avait donné ce beau et merveilleux pays. Ils pouvaient manger de tout, sauf d’un fruit qui leur était interdit, tout au centre du jardin. Ils en ont tout de même voulu et Dieu n’a pu les garder prés de lui. Adam et Eve sont les parents de Caïn, ce jeune homme qui marche en s’éloignant plus loin que ses parents du grand jardin de Dieu.
Caïn est le premier fils d’Adam et Eve. A présent, il se retourne sans cesse et ses yeux sont affolés. Il porte une marque bien curieuse sur son front. Il est pensif. Il n’arrive pas à oublier ce qui vient de se passer : il avait un frère, un seul frère qu’on appelait Abel. Abel était arrivé dans la famille comme un don du Ciel. Son nom ne voulait presque rien dire : "Souffle". A lui, Caïn, son nom signifie : "Dur" ou "Consistant". Caïn et Abel jouaient bien ensemble quand ils étaient enfants. Ils s’aimaient. Adam et Eve n’avaient aucun souci avec eux. Sauf que !
Un jour, alors qu’ils étaient l’un et l’autre devenus grands, Caïn décide de remercier Dieu de tout ce qu’il a reçu pour vivre. Alors il va vers ses vergers et il en cueille les plus beaux fruits. Il va vers ses champs et il y coupe les plus beaux épis de blé. Il va dans son jardin et il ramasse ses plus beaux légumes. Il dépose tout sur une table et il prie, il chante et il lève les mains de joie pour louer le Seigneur de tant de bonnes choses qu’il a reçues. Mais Dieu ne dit rien à Caïn, pas un mot de remerciement en retour de son geste.
Le même jour, Abel fait comme son frère aîné. Mais il n’a pas le même métier que Caïn, il est berger. Alors il rassemble tous ses animaux et choisit les nouveau-nés les plus beaux et les plus gras. Il les conduit vers une grande pierre. Il les tue pour offrir à Dieu et on peut voir la fumée s’élever de terre vers le ciel. Il prie, il chante et il lève les mains de joie pour louer à son tour le Seigneur qui lui a offert tant de beaux animaux. Et Dieu se met à sourire de joie devant les cadeaux d’Abel.
Le soir même, Caïn est consterné. Il ne comprend pas. "Pourquoi les cadeaux que mon frère a offerts rendent Dieu joyeux et pas les miens ?", se dit-il. Décidément très fâché, Caïn n’a pas l’idée d’en parler avec Dieu. C’est donc Dieu qui vient vers lui : "Pourquoi es-tu en colère ? Sois prudent. Si tu te renfermes, tu vas avoir de mauvaises idées en tête. Il faut te reprendre".
Mais Caïn n’écoute que lui-même et, appelant son frère, il le frappe, le frappe tant et plus. Dieu est très triste de ce qu’il vient de voir et il dit à Caïn : "Où est ton frère Abel ?" Et Caïn répond violemment : "Est-ce moi qui devait le protéger ?" Avec patience, Dieu essaie de lui faire comprendre que ce frère qu’il vient de tuer, c’était son envoyé à lui. En effet, quand Caïn est né, Dieu lui avait offert ce frère pour que Caïn puisse parler avec un autre qui l’aime. Il a voulu que ce frère Abel soit pour lui come un souffle tersé doux, tout proche de lui.
Tout en marchant, le jeune Caïn se souvient de ce drame mais aussi de son enfance si douce avec Abel. Maintenant, Abel est mort parce qu’il l’a tué et il est désespéré. Pourtant Dieu lui a promis de ne pas l’abandonner. Il lui a gravé sur le front un petit signe qui va le distinguer de tous les autres êtres vivants. Et Dieu lui a promis que ce petit signe montrera à ceux qui voudraient le tuer à son tour que Dieu continue de parler avec Caïn et ceux qui vont naître après lui. Donc, personne ne pourra se battre avec Caïn. Mais Caïn sait qu’à présent la vie des ses futurs enfants sera difficile.
En effet les enfants de Caïn auront des métiers, feront des villes et toutes sortes de choses. Ils devront travailler dur, mais Dieu ne les laissera pas seuls. Il leur enverra Jésus. Or, Jésus, c’est Abel. Hélas, comme Caïn l’a fait contre son frère, les hommes vont tuer jésus.
Alors, nous, qu’allons-nous faire ? Nous aussi, nous recevons Jésus dans notre cœur, comme Caïn a reçu Abel auprès de lui à sa naissance. Ne faisons pas comme Caïn, comme les hommes qui ont tué Jésus, soyons heureux de vivre avec Jésus en nous. C’est lui, Jésus ou Abel, qui nous montre le chemin pour toujours vive avec Dieu.


"Comme il est bon de vivre en frères tous ensemble", nous dit le psaume. Ce beau récit de Caïn et d’Abel doit nous aider à prendre conscience de toute la richesse de la fraternité.

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