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Education au sens critique et sens de la vie

Temps de lecture : 11 minutes
Education au sens critique et sens de la vie

"Je crois que le développement du sens critique est un élément fondamental et c'est là où l'on s'aperçoit que la base éducative ce n'est pas d'apprendre à lire pour mettre une syllabe derrière une autre, c'est en lisant de confronter sa pensée par rapport à la pensée de l'écrivain. Compter ce n'est pas additionner, c'est raisonner".

Interview de Jean-Paul Delevoye, président du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) lors des États généraux pour l’animation de l’Enseignement catholique des 14, 15 et 16 février 2011.

N.B. : le texte ci-dessous est une transcription d’un extrait d’une vidéo. Pour visionner la vidéo (durée : 16mn32, cliquez ici).

Un constat, deux graves erreurs :

"Personne ne peut imaginer lutter contre le développement de l’offre de consommation, donc de la formidable envie que l’on donne aux gens et qui va crée des frustrations. Nous aurions dû complètement compenser par l’éducation du sens critique.
Plus les choix sont importants, plus on devrait donner à la personne, pour éviter qu’elle soit esclave d’émotions fabriquées par les autres, de développer son sens critique, mais son sens critique sur le produit consommé et aussi sur l’information consommée. Quand on reçoit une information sur "google" ou au journal télévisé, on devrait avoir le recul pour dire j’y crois ou je n’y crois pas. Or, aujourd’hui, il n’y a plus du tout de filtre, donc nous sommes dans un esclavage moderne d’hommes et de femmes qui, en entier, sont livrés à des émotions fabriquées par les autres. Nous n’avons plus une gestion de conviction, nous avons une gestion d’émotions avec tout ce que ceci peut engendrer de gravissimes situations pour les démocraties. Puisque quand les français croient à la grandeur de la France, ils font de grandes choses. Quand ils se sentent abandonnés, ils font de petites choses et qu’aujourd’hui il est plus facile de caresser les bas instincts d’un peuple que de les amener à la grandeur des causes.

Alors, je crois que le développement du sens critique est un élément fondamental et c’est là où l’on s’aperçoit que la base éducative ce n’est pas d’apprendre à lire pour mettre une syllabe derrière une autre, c’est en lisant de confronter sa pensée par rapport à la pensée de l’écrivain. Ce n’est pas d’écrire en étant capable de maîtriser un geste d’alignement de lettres, c’est d’échafauder sa pensée, et de l’exprimer. Compter ce n’est pas additionner, c’est raisonner et je crois qu’un des combats que nous devons absolument mettre en œuvre, c’est l’éveil de l’esprit. La culture ce n’est pas une consommation d’émotions, c’est l’éveil de l’esprit, l’éducation ce n’est pas l’acquisition d’un savoir, c’est la construction d’un individu dans sa personnalité, et c’est là où on devrait donc être totalement attentif à cela.

Ensuite, dernier point : la transmission de connaissances qui se faisait très naturellement de façon ascendante descendante, le grand père apprend au père qui apprend au fils est aujourd’hui à l’inverse, c’est le petit fils qui apprend au père comment on se sert d’un "iphone" et quand le père ne sait pas répondre, il va sur "google" et il a la réponse. Donc la transmission des connaissances ne se fait plus de façon descendante et donc il n’y a plus de structuration par le respect du savoir de celui qui exerce l’autorité paternelle.
L’erreur que nous avons commise c’est que nous aurions dû équilibrer ce tarissement de cette chaîne de transmission de la connaissance par une augmentation de la transmission des valeurs de la famille, des valeurs du travail, des valeurs du respect. Or nous avons laissé tarir les deux sources et une société qui n’a pas de valeurs et qui n’a pas de sens sur la création de richesses est une société qui n’a pas d’avenir. Et donc nous devons absolument nous réapproprier la notion des valeurs. Et probablement que votre métier et un des plus beaux et peut être celui qui est au cœur d’un des enjeux du XXIème siècle. C’est que je crois que l’on est arrivé à la fin du système de consommation où il va falloir aujourd’hui s’interroger sur le fait de dire que si l’homme vaut plus pour ce qu’il pense, que ce qu’il dit. Il va falloir réveiller la pensée de l’individu pour reconstruire sa dignité. On ne pourra pas aujourd’hui imaginer que la croissance sera éternelle. Et donc si on ne peut plus remplir les porte feuilles, il faut penser à remplir les cœurs et à consolider les âmes. Et qu’ensuite, au moment où la diversité, la mobilité est au cœur de notre société, la rencontre avec l’autre, dans sa différence, dans sa diversité, dans sa religion, sa philosophie, sa culture différente va être un enjeu du XXIème siècle. Que ce soit sur le plan du tourisme, que ce soit sur le plan du travail, que ce soit sur le plan de l’éducation, comment réapprendre les humanités ? Quel est le sens de la vie ? Pas du tout pour dire si tu es chrétien que celui qui ne pense pas comme toi est un idiot, pas du tout. Comment faire en sorte de redonner le sens de la vie, le sens de la création de richesse ? Et je crois que c’est probablement là quelque chose qui est absolument important au nom de la laïcité. C’est comment comprendre l’autre dans sa différence culturelle pour permettre l’empathie avec l’autre.
Et je terminerai pour dire que c’est d’autant plus important que les nouvelles technologies d’aujourd’hui sont au cœur de notre société : on se parle de plus en plus, on s’écoute de moins en moins. Mais pour s’écouter, il faut comprendre l’autre dans sa différence. Donc les décodages sont totalement déterminants et la relation humaine doit être au cœur de notre projet éducatif, entreprise, familial. On ne peut plus contraindre les gens. On ne peut plus les obliger à apprendre. Il faut les aimer à apprendre. On ne peut plus les obliger à travailler. Il faut les aimer à travailler. On ne peut plus les obliger à vivre avec le voisin. Il faut les aimer à vivre avec le voisin, et donc montrer la richesse de l’être humain dans toute sa diversité, dans toute son acceptation, dans toute sa, même quelque fois sa vilénie. C’est un enjeu fondamental, redonner du bonheur aux gens de vivre individuellement, avec l’autre, dans sa communauté est probablement un des facteurs du développement de notre société essentiel".

Lire sur sitEColes : éduquer l’esprit critique.

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