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Besoins éducatifs particuliers, que recouvre ce terme ?

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Besoins éducatifs particuliers, que recouvre ce terme ?

D'une approche médicale à une approche environnementale, accompagner l’élève dans sa globalité.

Longtemps l'approche de l'élève qui présentait de grandes difficultés scolaires ou des déficiences s'est centrée sur la nécessité de catégoriser dans la perspective de soigner ou d'éduquer. Le diagnostic était considéré comme indispensable pour accompagner au mieux la personne.
Or, que nous dit "l'étiquette maladie ou déficience" posée sur l'élève de ses capacités d'apprentissage ou des obstacles qu'il rencontrera à l'école ? Selon l'éducation qu'il reçoit, son identité, son histoire, l'enfant sera à même de développer des stratégies de contournement, de compensation souvent remarquables ; tel cet élève de CE2 qui ne pouvant accéder aux concepts de mathématiques par la manipulation ou la représentation imagée en raison d'une dyspraxie et qui a développé des capacités d'abstraction et de calcul mental bien supérieures aux attendus de sa classe. En revanche cet élève dit précoce, ne rentre pas dans les propositions faites par l'enseignant car sa sensibilité le freine dès qu'il se confronte à l'erreur ou au tâtonnement.
Poser une étiquette diagnostic sur l'élève ne donne pas pour autant les moyens à l'enseignant de l'accompagner en fonction de ses besoins, ordinaires ou particuliers. "Prévenir n’est pas prédire" rappelle Sylviane Giampino et parfois on prend le risque par la médicalisation d’une baisse des attendus ou de la mobilisation des intervenants auprès de l’élève, effet Pygmalion (1).

On préfère donc une "approche environnementale" c'est-à-dire qui prenne en compte la personne dans sa globalité, en évolution dans son milieu de vie. Pour une même déficience ou différence, le terrain générera ou non un handicap. Ainsi cet élève qui avait six doigts à chaque main et qui travaillait dans une classe où l’apprentissage de la numération décimale se faisait en utilisant les mains, rencontre un obstacle ; alors que le sculpteur qui possède lui aussi, six doigts, souligne l’avantage que cela représente pour lui. C’est donc le milieu qui crée le handicap, davantage que la particularité dont la personne est porteuse. Ainsi l'observation attentive de l'élève, identifier les besoins des enfants en difficulté, le croisement avec le regard des partenaires, parents, dossier : relations école-famille, thérapeutes éventuels, mais aussi les "possibles" du milieu où l'enfant évolue vont permettre d'établir un scénario et des pistes pertinentes d'adaptation, compensation accompagnement de l'élève. Pour cela, le chef d'établissement peut initier une équipe éducative rassemblant toutes les personnes qui accompagnent l'élève pour construire interactivement le parcours de l'élève en fonction de ses compétences.
0n peut donc définir les besoins éducatifs particuliers (parfois écrits sous forme abrégée dans les textes élèves à BEP) de la façon suivante : élève qui demande une attention particulière ou qui rencontre à un moment donné une difficulté particulière. En France, cette appellation englobe les élèves handicapés mais on va aussi trouver sous cette appellation des élèves fatigables en raison d'une maladie ou un traitement, des élèves non francophones qui de ce fait auront besoin de dispositions particulières pour apprendre, les enfants du voyage, les élèves précoces, les élèves qui du fait d'une " dys" devront bénéficier de parcours adaptés finalement tout élève qui aura besoin de cette attention particulière qui permet de construire en fonction des besoins et non de catégoriser en posant une étiquette parfois trop définitive...

Passer de la logique médicale à une logique environnementale nous permet de garder toutes les portes ouvertes, quelle que soit la déficience, en adaptant l'environnement, en imaginant des plans inclinés pour permettre à la fois une accessibilité matérielle mais aussi pédagogique. C'est l'esprit de la loi de 2005, "loi sur l'égalité des droits et des chances et la participation et la citoyenneté des personnes handicapées", instaurant ainsi l'inclusion scolaire des élèves quels qu'ils soient, un dossier complet rappelle l'historique et les enjeux de cette inclusion. C'est pour nous enseignants, privilégier une logique d'équité plus que d'égalité, contrer l'effet Mathieu non pas "donner plus à ceux qui ont plus" (2) mais au-delà d'une "indifférence aux différences" (3) donner plus à ceux qui ont moins et offrir aussi une chance à l'école et à tous les enfants ainsi que le notait Andréa Canevaro : "L’intégration de l’enfant atypique est un élément essentiel de la transformation de l’école, une chance qui lui est donnée d’abandonner ses pratiques archaïques ; c’est une chance qui retentira inévitablement sur tous les enfants… ".


(1) En pédagogie, l'effet Pygmalion (parfois nommé effet Rosenthal) est une prophétie autoréalisatrice qui consiste à influencer l'évolution d'un élève en émettant une hypothèse sur son devenir scolaire. Source Wikipédia
(2) L'effet Matthieu (Matthew Effect) désigne, de manière très générale, les mécanismes par lesquels les plus favorisés tendent à accroître leur avantage sur les autres. Cette appellation fait référence à une phrase de l'évangile selon saint Matthieu : "À celui qui a, il sera beaucoup donné et il vivra dans l’abondance, mais à celui qui n’a rien, il sera tout pris, même ce qu’il possédait". Le terme est dû au sociologue américain Robert K. Merton. Source Wikipédia
(3) P. Bourdieu, "l’école conservatrice", 1966

 

 

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