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Du temps des tyrannies à une année de liberté

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Du temps des tyrannies à une année de liberté

L’urgence, l’efficacité à tout prix, la complexité, la responsabilité, quatre tyrannies auxquelles il convient de résister. Des moyens pour les combattre, espérer et construire une année plus sereine, plus heureuse.

En guise de voeux

Au seuil d’une nouvelle année, notre regard se porte vers ces jours qui s’annoncent et nous rêvons sans doute une année plus sereine, plus heureuse… Dans le contexte d’aujourd’hui où nous n’échappons pas à toutes ces tyrannies qui nous harcèlent au cœur de notre quotidien, chacun se dit : et si cette année était meilleure !!

Je vous souhaite d’abord de ne pas succomber à la tyrannie de l’urgence et de l’immédiateté : les injonctions de l’administration, les sollicitations des familles, les exigences des élèves et des collègues, la gestion des aléas de la vie quotidienne, c’est tout cela, accéléré par les moyens modernes de communication (téléphones portables, fax, courriels, etc.) qui nous harcèlent. Oui, le "tout, tout de suite" est devenu un mode de vie qui ne laisse plus aucune place à l’attente, au désir. L’urgence et l’instantanéité sont devenues les deux modalités de l’action et du rapport au temps. Et si, en cette nouvelle année, nous adoptions la technique de l’entraîneur sur le terrain de basket : "S’il vous plaît, un temps mort". Posons des priorités dans le quotidien de nos vies tant familiales que professionnelle et faisons de ces temps morts des temps de vie car "à force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel". (Edgar Morin)

Je vous souhaite également de ne pas céder à une deuxième tyrannie tout aussi forte, celle de l’efficacité à tout prix, celle du résultat. Elle se traduit par cette permanente sollicitation de fournir des chiffres, des statistiques, d’écrire des projets, de répondre aux multiples enquêtes pour servir des technocrates assis devant leur écran d’ordinateur. Ils vous triturent ces chiffres dans tous les sens et vous produisent des rapports dont peu lisent le contenu, au mieux la conclusion ! Certes, il est nécessaire de se doter d’outils permettant une saine gestion de nos établissements. Et le projet d’établissement en est l’exemple : il doit être la boussole qui guide le navire sur le chemin de la réussite de tous, adultes et élèves. Mais, alerte : il ne faut pas que notre boussole perde le nord !

Je vous souhaite de ne pas vous noyer dans la tyrannie de la complexité. Il est vrai que les situations à gérer s’inscrivent dans cette complexité : elle est inhérente à notre société contemporaine. Mais peut-on raisonnablement prétendre saisir tous les contours des affaires à traiter, les mystères d’un élève à conduire sur les difficiles chemins de l’apprentissage. Alors au cours de cette année, cultivons le discernement, la patience, le bon sens et ne nous laissons pas enfermer dans cette complexité. Oui, je vous souhaite "la force pour changer ce que vous pouvez changer, la sérénité pour accepter ce que vous ne pouvez pas changer et la sagesse pour distinguer l’un de l’autre". (Marc-Aurèle)

Enfin, je vous souhaite de ne pas verser dans la tyrannie de la responsabilité, tyrannie qui conduit ou à ne plus rien faire de peur d’être mis en cause ou à vouloir à tout prix renvoyer sur d’autres la responsabilité. Assumons allègrement nos responsabilités là où nous sommes et apprenons à vivre cette réalité en équipe : la bonne avancée d’un équipage nécessite un capitaine mais exige que chacun soit à son poste réalisant la tache pour laquelle il a reçu délégation. Sans doute l’année ne sera pas exempte de gros temps : alors, en bon marin, maintenez-vous dans l’axe des vagues en l’estimant par l’orientation des crêtes. Ne passez pas votre temps à regarder en arrière : "les sillages ne donnent aucune leçon, personne n’y sème, la mer est sans moisson". (Jean-François Deniau)

Plus que tout, je vous souhaite une année de liberté :
- dans une saine gestion de l’urgence : "ne craignez pas d’être lent, craignez seulement d’être à l’arrêt" ;
- dans un regard lucide et serein sur les besoins de vos élèves, de vos écoles, car le plus grand ennemi de la sérénité est le stress que nous nous imposons ;
- dans la culture de la patience car nous savons bien qu'il faut piétiner longtemps au seuil des questions avant d’oser poser le pied sur le seuil des réponses". (Rilke)
- dans l’exercice d’une responsabilité partagée dans une confiance réciproque : "Les hommes n’auront d’espérance que si on leur fait confiance. C’est en leur rendant leur propre responsabilité qu’on leur apprendra à se déterminer". (Albert Rouet)

Alors pour cette nouvelle année, adoptez donc la devise du cadran solaire : "Ne marquez que les heures ensoleillées".

Bonne année.

 

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