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A propos d’autorité

Temps de lecture : 24 minutes
A propos d’autorité

Comment mettre en place une autorité éducative ? Cet article propose quelques repères pour tenter de mieux appréhender la notion d’autorité et envisager quelques pistes pour aider les élèves à construire le rapport à la loi.

"Fiche créée le 14 mars 2008 - actualisée le 28 septembre 2010".
Sommaire
1 - Qu’est-ce qui légitime l’autorité de l’enseignant ?
2 - Comprendre les comportements
3 - Faire preuve d’une autorité éducative : aider à construire le rapport à la loi
4 - Punitions, sanctions : ce que disent les textes officiels
5 - Ils en ont parlé

1. Qu’est-ce qui légitime l’autorité de l’enseignant ?

"Une des clés de la conquête d’une véritable autorité, ce n’est pas la possession de telle ou telle caractéristique physique ou psychologique, c’est l’engagement qu’on manifeste dans le projet de faire apprendre quelque chose à ses élèves, la détermination et la persévérance à le faire et le sentiment de légitimité qu’on a à conduire cette entreprise. C’est peut être cette détermination sans faille (à condition qu’elle ne soit pas feinte) qui donne ce fameux charisme qu’on appelle "autorité".
B. Rey dans "Faire la classe à l’école élémentaire"


Toute autorité est fondée sur une légitimité, cette légitimité se fonde sur la crédibilité de celui qui en est porteur.
Qu’est-ce qui légitime l’autorité de l’enseignant en classe ?
- Son attitude à montrer qu’il est détenteur d’un savoir et qu’il est prêt à le partager. Il est là pour accompagner, encourager, aider à comprendre.
- Sa capacité à instaurer un climat de confiance et à susciter chez les élèves l’estime d’eux-mêmes.
- Sa capacité à poser un cadre sécurisant qui permet à chacun de trouver sa place, et au groupe de vivre en coopération dans le respect des autres.

En d'autres termes, l’autorité de l’enseignant est liée à la fois à sa capacité à :
- intéresser les élèves, à la qualité des activités qu’il propose, à la pédagogie qu'il met en place...
- comprendre ce qui se joue dans la classe,
- construire chez les élèves un rapport à la loi.

2. Comprendre les comportements

Certains élèves se sont installés dans des rôles psychologiques, des comportements dont ils ont du mal à sortir. Leur mise en place dépend souvent d’un vécu personnel difficile à cerner.
Mais pourtant...
... ces rôles et ces comportements doivent nous interpeller, nous parler.
Ils sont souvent l’expression d'une souffrance personnelle, d’un besoin de reconnaissance (1). Ils sont liés à la seule forme "d’existence" que l’élève a réussi à mettre en place en classe. Cela peut se traduire par des "jeux" comportementaux qui n'ont rien de ludiques... et sont souvent épuisants pour tout le monde. Y compris pour l'enfant lui-même.
Les causes sont souvent extérieures à la classe, l’enseignant n’en est pas responsable mais il a à les gérer au quotidien en veillant à permettre à l’élève de trouver sa place dans le groupe et dans le travail.
Certaines situations sont parfois difficiles à vivre. Il est alors essentiel pour l’enseignant de prendre le recul professionnel nécessaire pour ne pas interpréter l'indiscipline de ces élèves comme une remise en cause de sa personnalité, voire de sa professionnalité.

Comment aider l'enfant à sortir de ces "jeux", de ces rôles où il s'enferme, à trouver une autre forme "d'existence" dans la classe ?

- Reconnaître l’élève et le rassurer : l’enfant (comme l’adulte) n'accepte d’être remis en cause que par celui dont il se sent accepté.
- Donner à tous des moyens d’expression :
° développer le langage émotionnel pour donner aux élèves les moyens de parler de ce qu’ils ressentent, éprouvent (le détour par la littérature est souvent intéressant),
° organiser des espaces et des temps de parole et d’expression dans la classe.
- Ne pas entrer dans le jeu de l’élève mais chercher à l’étonner en le reconnaissant là où il ne s’y attend pas : lui donner par exemple une responsabilité, lui faire confiance.
- Briser l'amalgame fait par certains élèves entre la loi et la personne de l’enseignant.
Pour cela :
° s’assurer que les règles établies correspondent à des nécessités effectives, justifiées.
° éviter les affrontements
et les rapports de force,
- Avoir une attitude positive, bienveillante et ferme qui illustre le message suivant : "Entre toi et moi il ne s’agit pas de savoir qui est le plus fort. Je suis là pour t’aider à apprendre et pour que tu t’habitues à une relation aux autres qui ne te rende pas trop malheureux" (B. Rey)
Le laboratoire de Psychologie, Education, Cognition, Développement de l’Université de Nantes propose un questionnaire d’évaluation pour aider les enseignants à repérer les modalités de comportement des enfants.

3. Faire preuve d’une autorité éducative : aider à construire le rapport à la loi

La loi est faite pour permettre la vie en société, elle est respect de l’autre et donc ne se discute pas. On peut en revanche discuter sur la manière de vivre la loi, on élabore alors ensemble, en classe, des règles qui permettront un "vivre ensemble" harmonieux.

Permettre aux élèves de construire un rapport à la loi c’est pour l'enseignant :

Faire preuve d'une attitude lui permettant d'être réellement attentif et présent à chacun et au groupe.

L'enseignant est attentif et vigilant

- à ce que sont les élèves, à ce qu’ils font : les nommer, les regarder, circuler parmi eux.
- à utiliser des paroles bienveillantes et positives.
- à ne pas humilier et prendre la classe à témoin.
- à privilégier les messages à la première personne (je, nous) qui l'impliquent plutôt que ceux à la deuxième personne (tu, vous) qui expriment plus facilement un jugement sur l'enfant.
- à faire ce que l’on dit et ne pas dire ce que l’on sait ne pas pouvoir tenir.
- à utiliser l’humour et éviter les rapports de force.
- ne pas faire "comme si l’on n’avait pas vu". Un simple mot, nommer l’élève, un regard, un geste… peuvent suffire.

Être capable de poser un cadre explicite et de construire les règles de la vie du groupe.

L'enseignant montre sa capacité à

- faire apparaître clairement les règles comme étant au service de la vie en commun et du travail.
- définir avec les élèves ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas : donner le règlement de l’établissement, préciser les interdits.
- montrer que la loi, les règles protègent l'individu et le groupe.
- associer les élèves à l’élaboration des règles pour leur permettre d’éprouver leur bien fondé.
- mettre en place des règles de vie : y faire référence, savoir les questionner, les faire évoluer.
- travailler autour des droits et devoirs pour l’élaboration des règles. Exemples : "J’ai le droit de parler quand je travaille en groupe, mais je dois chuchoter", "J’ai le droit d’aller à la bibliothèque pour lire, mais je dois respecter les livres et les ranger", "J’ai le droit de dire ce que je pense, mais je dois respecter les idées des autres"…

Connaître les références éthiques permettant de construire un système de sanctions

L'enseignant sait que

- la sanction est du registre de la responsabilité (on sanctionne un acte).
- les règles de l'école, de la classe sont la référence, partagée et acceptée, au nom de laquelle la sanction est prononcée.
Pour être opérantes, les règles doivent :
- être raisonnables et précises, compréhensibles par les élèves.
- réellement applicables par les adultes, membres de la communauté éducative qui sont les garants de leur application.
- La sanction relève du manquement conscient d'un élève à la loi qu'il a choisi de transgresser.
- Une sanction doit être adaptée à l’acte posé
- Un système de sanctions doit engager la responsabilité des élèves afin qu'ils comprennent qu’à tout comportement est associé un effet. Ils doivent ainsi assumer les conséquences des actes qu’ils posent.
- Un système de sanctions doit comporter des sanctions positives et négatives.
- La sanction a vocation éducative.
- La sanction reste exceptionnelle et donc empreinte de gravité mesurée.
- Une sanction n'est pas un exercice scolaire.
- Les sanctions collectives suscitent un sentiment d’injustice

Être capable de concevoir et de faire appliquer un système de sanctions

L'enseignant montre sa capacité à :

Responsabiliser les élèves,

- mettre en place des contrats,
- mettre en place un "permis de se conduire".

Créer des lieux de parole ou d’expression
- "Quoi de neuf ?"
- Conseil d’élèves.
- Mettre en place une « boîte à tracas », une "boîte à débats"...
- Organiser des débats.
- Utiliser la médiation d’un texte, d’un conte.
- Faire écrire le problème.

Gérer les conflits
- Ne pas entrer dans une relation duelle trop forte, ne pas mettre en vedette l'enfant en difficulté comportementale, prendre la classe à témoin.
- Intervenir au moment du conflit mais savoir différer une sanction et ne pas réagir à chaud.
- Entendre tous les points de vue.
- Prendre la distance nécessaire pour réagir dans la sérénité.

- Gérer les retours au calme
- Des vigilances : étonner et mettre en activité. Éviter l'attente
Utiliser des "trucs" : bâton de pluie, clochette, éteindre la lumière… Veiller cependant à ne pas en faire une "routine" qui risquerait de n’avoir plus d’effet.
- Lancer le travail sans attendre que tous soient prêts, la mise en activité concentre.

Connaître les références nécessaires au cas où une punition est nécessaire.

L'enseignant sait que

- La punition est du registre de la culpabilité (on punit une personne),
- Elle est souvent plus difficile à appliquer (et à accepter) car relativement subjective et donc souvent vécue comme injuste par celui qui la subit.
- La punition peut être un recours envisageable quand la sanction n’est pas possible parce que non prévue au règlement ou parce que l’urgence l’impose.

Être capable de punir à bon escient, si besoin.

L'enseignant montre sa capacité à
- ne pas donner la punition sous l'influence d'une impulsion, d'une émotion qui laisse percevoir qu'il est démuni, déstabilisé face à des dérives dont il n’arrive pas à décrypter l’origine.
- couper court à une situation d'urgence par une punition qui consiste à signifier explicitement à l’élève que son comportement n’est pas acceptable et que l’adulte n’a pas l’intention de le laisser faire. Cette punition ne dispensera pas d’envisager ensuite une procédure de sanction.

4. Punitions, sanctions : ce que disent les textes officiels

"PUNITIONS SCOLAIRES ET SANCTIONS DISCIPLINAIRES"
Textes de référence :
- code de l’éducation (article L 122-2)
- décret n°85-924 du 30 août 1985 (article 3)
- décret n°85-1348 du 18 décembre 1985
- décret n°2000-620 du 5 juillet 2000 (B.O. spécial n°8 du 13/07/2000)
- décret n°2000-633 du 6 juillet 2000 (B.O. spécial n°8 du 13/07/2000)
- circulaire n° 97-085 du 27 mars 1997
- circulaire n°2000-105 du 11 juillet 2000 (B.O. spécial n°8 du 13/07/2000)
- circulaire n°2000-106 du 11 juillet 2000 (B.O. spécial n°8 du 13/07/2000).


Les punitions scolaires
Ces mesures sont d’ordre intérieur, elles concernent essentiellement certains manquements mineurs des élèves et les perturbations dans la vie de la classe ou de l’établissement.
Elles peuvent être prononcées par les personnels de direction, d’éducation, de surveillance, par les enseignants ou sur proposition d’un autre membre de la communauté éducative et sont fixées par le règlement intérieur.
La liste ci-après n’est pas exhaustive mais peut servir de base :
- inscription sur le carnet de correspondance,
- excuse orale ou écrite,
- devoir supplémentaire,
- exclusion ponctuelle du cours,
- retenue pour faire un devoir ou un exercice non fait.
Le chef d’établissement et le conseil de discipline peuvent prononcer toutes les punitions prévues au règlement intérieur.

Sanctions disciplinaires
Il ne peut être prononcé de sanction que ne prévoirait pas le règlement intérieur.
Le chef d’établissement peut prononcer seul les sanctions suivantes :
- avertissement,
- blâme,
- exclusion temporaire de huit jours au plus.
Le conseil de discipline est compétent pour prendre les sanctions énumérées ci-dessous :
- exclusion temporaire supérieure à huit jours sans excéder un mois,
- exclusion définitive.

Ces textes généraux s’adressent à l’ensemble des établissements scolaires et notamment à ceux du second degré. Les questions d'autorité relèvent de la vie scolaire. Dans l'enseignement privé sous contrat, le chef d'établissement est donc libre de son organisation. Dans ce domaine, les textes officiels peuvent simplement l'aider.
L’enseignant mobilisera ses compétences, énumérées plus haut en termes de connaissances, capacités et attitudes, pour une mise en œuvre professionnelle de ces textes.

Décembre 2007
Dossier réalisé par Maryvonne Monnier dans le cadre de suppl@net, dispositif de formation ouverte à distance pour les suppléants de l’Enseignement catholique. Il prend appui sur des dossiers élaborés par Nathalie Trétiakow et Jean Philippe Bellay.


5. Ils en ont parlé
- les APEL lors de leur congrès 2010,
- le secrétaire général de l'Enseignement catholique lors de ce congrès, pour accéder au discours d'Éric de la Barre, cliquez ici.
- Luc Chatel a présenté à la rentrée 2010 le dispositif mis en place avec notamment deux DVD sur la tenue de classe, et le portail de ressources "tenue de classe côté professeur",
- Enseignement Catholique Actualités (ECA) n° 334 - décembre 2009 - janvier 2010 : affectivité et autorité au présent de l'éducatif.

(1) Re-con-naissance est à prendre dans son sens fort : re-naissance avec... renaître avec... revivre avec...

 

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