Garel Yvon

Document du 25/04/2008
Modifié le 13/06/2008
La messe expliquée aux enfants : les mots étrangers, les ornements du célébrant
En vivant ce temps de célébration, les enfants sont en droit de s’interroger sur bien des gestes, des paroles, des objets dont ils ne perçoivent guère la signification. Alors, si on cherchait à comprendre ?
[ Mots-clés : culture religieuse]
[ Texte de réflexion ]
Sklerijenn
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Même si nous reconnaissons que la pratique dominicale dans les familles qui fréquentent nos écoles est loin d’être majoritaire, il n’empêche que de façon régulière, des élèves de nos classes ont l’occasion d’aller à la messe pour les grandes fêtes, les messes des familles ou lors de manifestations en lien avec l’école. En vivant ce temps de célébration, ils sont en droit de s’interroger sur bien des gestes, des paroles, des objets dont ils ne perçoivent guère la signification. Alors, si on cherchait à comprendre ? Je vous propose un arrêt aujourd’hui sur des mots "étrangers" prononcés au cours de l’eucharistie, sur une expression reprise plusieurs fois, sur les ornements du célébrant et, en lien direct avec ces ornements, sur les couleurs liturgiques.

Nous nous intéresserons une prochaine fois aux les objets, aux gestes ou encore aux symboles présents dans une célébration eucharistique.

Pour qu’avec des élèves tout ceci soit vraiment une occasion de découverte, il est essentiel de partir de l’observation. Proposons donc aux élèves de rapporter, d’une ou plusieurs participations à la messe, les découvertes qu’ils ont pu faire.

Les mots "étrangers"
Quatre mots vont retenir notre attention : trois en hébreu (amen, alléluia, hosanna) et un en grec (kyrie).

Amen
Ce mot court, répété si souvent au cours de la messe, vient donc de l’hébreu (le verbe âman : se montrer ferme, stable). Il signifie à la fois "Qu’il en soit ainsi" (un souhait) et "c’est vrai" (une affirmation). Dire amen, c’est consentir à ce qui vient d’être dit, d’être fait. C’est accepter ce qui nous dépasse et nous comble. C’est nous appuyer sur les vérités de foi énoncées. Dans la Bible, on le retrouve maintes fois : on notera que ce mot conclut quatre des cinq livres des psaumes. Notons aussi que c’est le dernier mot du livre de l’Apocalypse (Ap.20, 21) qui clôt la Bible. Dans la liturgie, ce mot dit le consentement à ce qui vient d’être dit, il dit aussi l’adhésion aux prières faites en notre nom par le célébrant. Au cours de la messe, deux "amen" revêtent une plus grande importance : celui que nous disons à la fin de la prière eucharistique, juste avant le Notre Père et celui que le fidèle dit au moment où le prêtre lui présente l’hostie en prononçant la phrase : "le corps du Christ".

Alléluia
Ici encore, nous avons une acclamation d’origine hébraïque : "Halelou Yah" ; elle signifie littéralement : "louez Yahvé, louez Dieu". C’est l’expression d’un enthousiasme, un cri de jubilation dans le Seigneur. On la trouve 23 fois dans les psaumes (psaumes 105, 112, 134, 145-150). Dans la liturgie chrétienne, l’alléluia est un des refrains les plus simples que l’on utilise en particulier pour acclamer l’Evangile. Ce cri de jubilation de l’Eglise donne le ton de toute la liturgie : dans le temps pascal, il revient constamment ; par contre, en signe de pénitence, on ne le chante pas pendant le Carême.

Hosanna
C’est encore un mot hébreu. Il vient de "hoshiah’na’" qui est l’impératif du verbe sauver. On peut traduire : "Sauve, de grâce !". On retrouve cette acclamation dans le psaume 118 (versets 25-26) – psaume pascal par excellence – qui célèbre l’accueil du Messie lors de son avènement : "Donne le salut, Yahvé, donne". C’est ce psaume que reprit la foule qui accueillait Jésus à Jérusalem et que l’on rappelle le dimanche des Rameaux. Ce mot Hosanna avait perdu son sens premier pour devenir un simple cri de joie et de victoire : "Vive". Dans la liturgie, on le retrouve dans le Sanctus : c’est la proclamation joyeuse de la sainteté divine et, placé ainsi au début de la prière eucharistique, il retrouve pleinement son sens : "Sauve donc !". Oui, c’est l’oeuvre de Dieu : nous sauver. Le nom de Jésus, Emmanuel, signifie "Dieu sauve".

Kyrié
C’est une acclamation grecque, cette fois. Elle se traduit par "Seigneur, prends pitié". On la trouve tout au long de la Bible et en particulier dans les psaumes ("Pitié pour moi, Seigneur" dans les psaumes 4, 6, 14, 25, etc.) et dans les évangiles : c’est le cri de la Cananéenne (Mat.15, 22 ) ou des aveugles sur la route de Jéricho (Mat. 20, 30). Dans la liturgie, on retrouve cet appel dit trois fois en début de messe lors de ce que nous appelons la prière pénitentielle, même si aujourd’hui il arrive que l’on chante ou dise cette invocation en français. Cette triple invocation constitue aussi le début de la litanie des saints lors des baptêmes ou des ordinations ou encore à la veillée pascale.

Une expression : « Le Seigneur soit avec vous »
Nous avons peut-être encore en mémoire que cette expression se disait en latin "dominus vobiscum". Nous la retrouvons tout au long de la messe lorsque le prêtre nous invite à entrer dans la prière. Notre réponse : "Et avec votre esprit".
Cette formule est le plus beau souhait que l’on puisse faire à des chrétiens puisqu’on peut la traduire ainsi "Que Dieu fasse en vous sa demeure, qu’il vous accompagne, qu’il vous anime" !

Elle trouve son origine dans la Bible : au moment où Dieu investit Moïse de la mission de faire sortir son peuple d’Egypte, il lui donne l’assurance fondamentale : « Je serai avec toi » (Exode 3, 12). C’est la même promesse que l’on retrouve lorsque l’ange Gabriel vient annoncer à Marie la prochaine naissance de Jésus. Il la salue par cette expression :" Le Seigneur est avec toi" (Luc 1, 28). Au terme de l’Apocalypse, Dieu lui-même définit ce qu’est pour lui la Jérusalem nouvelle : "Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu" (Ap. 21, 3).

Le prêtre, en prononçant cette salutation, écarte largement les bras et les mains pour encore mieux signifier la présence de Dieu avec nous dans cette assemblée dominicale. Notre réponse est notre acte de foi en la capacité du célébrant à nous mettre en communication avec Dieu. Ce dialogue maintes fois repris lors d’une messe nous révèle le sens de la liturgie : Dieu se donne par l’intermédiaire de ses ministres et à ce don répond la foi du Peuple.

Les ornements du célébrant
Trois vêtements vont nous intéresser, ce sont ceux que le prêtre revêt le plus souvent.

L’Aube
Ce mot vient du latin "alba", vêtement blanc. Dans toute religion, celui qui officie est tenu à une pureté rituelle symbolisée par le vêtement blanc. Dans le Nouveau Testament, ce vêtement blanc est surtout le signe de la résurrection, de la vie nouvelle que nous procure le mystère pascal. C’est ainsi que l’ange qui se tient près du tombeau vide est revêtu d’une robe blanche comme neige. Au début de l’Apocalypse, les fidèles qui accompagnent le Christ victorieux ont revêtu la robe blanche. La robe blanche, l’aube, est donc l’habit des "re-nés", de ceux qui ont lavé leur robe dans le sang de l’Agneau : les baptisés vivent déjà de la liturgie céleste, ils sont entrés dans la vie divine. Le jour du baptême, les enfants baptisés sont revêtus du vêtement blanc. Il en est de même pour les adolescents le jour de leur profession de foi. Le prêtre qui célèbre revêt l’aube en signe de son insertion, par les rites sacrés, dans la vie même de Dieu.

L’Etole
Si l’aube peut être porté par tout baptisé, l’étole ("vêtement de dessus") est l’insigne vestimentaire propre à ceux qui ont reçu le sacrement de l’ordre. Son port est obligatoire pour toute action sacramentelle : confesser en civil, donner l’extrême onction. Mais habituellement, le prêtre revêt l’aube et l’étole par-dessus. C’est une longue bande d’étoffe qui comporte deux pans égaux et qui est assortie aux couleurs liturgiques (voir ci-dessous). On notera que si le prêtre la passe derrière le cou et la laisse pendre parallèlement sur deux bandes sur le devant, le diacre la porte en bandoulière, à partir de l’épaule gauche : un point de couture, situé vers le bas, lie les deux pans de telle manière que l’étole traverse en diagonale tout le corps, devant et derrière.

La chasuble
C’est un manteau ample, sans manche, avec au dos un symbole du Christ. Si autrefois, dans les premiers siècles, c’était un vêtement de dessus pouvant servir à usage profane, c’est devenu l’ornement réservé aux évêques et aux prêtres pour la célébration de la messe. Aujourd’hui, elle a d’ailleurs retrouvé sa forme et son ampleur primitives après avoir été au siècle dernier une véritable "boîte-à-violon" (on retrouve encore cette forme dans des pays comme l’Italie). Le prêtre reçoit la chasuble au cours de la cérémonie de son ordination, après l’onction des mains. La chasuble se met au-dessus de l’aube et de l’étole. C’est le vêtement normal du célébrant à la messe. Revêtu de la chasuble, le prêtre endosse le Christ, en la personne de qui il agit. Cet habit représente aussi le tablier de service qu’a revêtu le Christ lors du lavement des pieds.

Les couleurs liturgiques
Dans notre religion catholique occidentale, les couleurs liturgiques sont : le blanc, le rouge, le vert, le violet, le noir et le rose, parfois l’or pour de grandes solennités ou le bleu comme couleur de Marie. Chacune revêt une signification et est utilisée en fonction du temps liturgique.

Le blanc
C’est la couleur du temps de Noël et du temps pascal : elle évoque la pureté, mais plus encore la gloire de Dieu (référence à la Transfiguration) et l’éclat de tout ce qui touche à Dieu. C’est aussi la couleur de la résurrection. On notera que c’est la couleur de deuil chez les orientaux.

Le rouge
C’est la couleur qui évoque le sang ou le feu. Elle est utilisée le dimanche des Rameaux, le Vendredi-Saint, le jour de la Pentecôte ou encore aux messes en l’honneur du Saint-Esprit ou des saints qui sont morts martyrs.

Le Vert
C’est une couleur qui exprime la vie, l’espérance de la foi. On fait aisément le lien avec la plante qui pousse. Elle évoque en liturgie la croissance de l’Eglise, grâce à la sève venue de Dieu. On la retrouve durant ce temps que l’on appelle ordinaire en opposition au temps des grands mystères du salut (Avent conduisant à Noël et Carême conduisant à Pâques).

Le violet
Par définition, c’est la couleur de la violette. Elle symbolise le temps de l’attente, de la conversion, de la pénitence, couleur aussi de la cendre. On l’utilise lors des temps de pénitence : Avent et Carême mais aussi pour les célébrations pénitentielles ou les offices de défunts (le noir n’étant plus guère utilisé).

L’or
C’est le symbole de la gloire, de la richesse, du rayonnement, de la splendeur. Il remplace le rouge ou le blanc pour des circonstances exceptionnelles.

Le rose
C’est une couleur que l’on peut utiliser le troisième dimanche de l’Avent ou le quatrième dimanche de Carême. Ces deux dimanches sont comme une pause au milieu d’un temps de pénitence et visent la joie que nous préparons : Noël ou Pâques.

Le noir
Le noir n'apparaît véritablement qu'à la fin du XIIe siècle. Cette couleur, associée au deuil, exprime la tristesse, la consternation, la douleur. Le noir symbolise aussi la puissance qui s'élève contre Dieu, l'action de Satan et ses victoires. On l'employait autrefois le Vendredi Saint et aux offices pour les défunts, mais depuis la réforme liturgique du concile Vatican II, le noir est le plus souvent remplacé par le rouge le Vendredi Saint et le violet pour les offices des défunts.

Quelques outils disponibles sur des sites Internet autour du thème de l’Eucharistie

Sur le site : Idées-caté (pour les enfants).
Sur la page d’accueil, cliquer sur l’onglet « caté » puis dérouler la page vers le bas, vous trouverez le titre "messe et sacrement". Vous avez le choix ensuite entre les 5 dossiers suivants :
- Sortir
- Le repas de la Pâque
- Le dernier repas de Jésus
- L'Eucharistie aujourd'hui
- Création de livrets pour comprendre la messe.
En fonction des dossiers vous pourrez trouver des réflexions et des propositions pédagogiques très concrètes : Des prières ; des livrets à réaliser ; des signets à compléter ; des mots croisés et des jeux à décoder ; de nombreux supports visuels (images et illustrations) à exploiter et bien d’autres idées encore !

Sur le site Caté Ouest (pour les jeunes et les adultes).
En arrivant sur la page d’accueil, cliquer sur l’icône "sacrement" puis sur "Eucharistie". Vous trouverez des informations courtes et précises sur le sens de l’Eucharistie, facilement ré exploitables avec des élèves en classe.
Sur le site Le jour du Seigneur (pour les jeunes et les adultes).
Chaque dimanche après la messe télévisée, Dom Hugues de Seréville revient sur un élément de la liturgie. Lancée le 8 janvier 2006, cette série hebdomadaire a une vocation pédagogique. En une minute, ce père abbé de l’abbaye cistercienne Notre-Dame des Neiges explique un point précis de la liturgie (les cloches, les couleurs liturgiques, le cierge pascal, la procession d’entrée, les fleurs, l’aspersion…). En allant sur le site du jour du Seigneur, vous pourrez retrouver l’ensemble des petites vidéos, en tapant "la minute".

Sur le site Eveil à la foi des tout-petits (pour les enfants).
Vous trouverez sur ce site de nombreuses propositions de célébrations adaptées aux enfants. Les enseignants trouveront également des conseils et des recommandations pour bâtir ces temps de célébration.

Sur le site Liturgie de la parole avec les enfants (pour les enfants).
Ce site sélectionne pour chaque dimanche un texte parmi les lectures de la messe, et une idée à mettre en oeuvre.

Sur le site Port Saint Nicolas
Au milieu des multiples propositions de ce site, j’attire votre attention sur une grille qui peut aider bien des équipes à bâtir une célébration. Cette grille propose une méthode et une progression pertinente pour enraciner la célébration dans le vécu et pour se laisser guider dans le choix des textes, des chants, des gestes et des symboles. En voici le contenu :

1. Qu’est-ce que l’on a vécu récemment ?
• événements ?
• réussites ?
• échecs ?

2. Qu’est-ce que l’on va vivre prochainement ?
• projets ?
• souhaits ?

3. Ce que l’on veut exprimer, faire passer :

4. Le thème choisi (en lien avec le vécu) :

5. Quel Évangile nous suggère ce thème (ou le texte principal) :
(sauf dans le cas où l’Évangile est choisi en premier et conditionne le thème).

6. Le lieu :
• avantages :
• inconvénients :

7. La durée :
• de quel temps disposons-nous ?

8. Quels sont les gestes, les symboles, les moyens d’expression que nous pouvons utiliser, pour exprimer le thème et les idées choisis ?

9. Eventuellement :
• les autres textes :
• les prières, les demandes de pardon, la prière universelle, la profession de Foi ?

10. Les chants en lien avec le thème :

11. Matériel et décors nécessaires ? Textes, fiches à polycopier…


Des mots croisés autour de la messe
Pour accéder au document, cliquez ici, (fichier au format PDF).

Quelques livres pour découvrir le sens et les rites d’une messe avec des enfants
Pour accéder au document, cliquez ici, (fichier au format PDF).
Ce document est issu de www.sitecoles.org
le site de professionnalisation des enseignants du premier degré dans l'Enseignement catholique