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L'Enfant et la réconciliation

Temps de lecture : 17 minutes
L'Enfant et la réconciliation

Comprendre le sens du bien et du mal, faire l’apprentissage du pardon, de la réconciliation… Voici quelques clés pour vous aider à vivre cette réalité au cœur du quotidien d’une classe.

Demande pardon, je te dis pardon, pardon, je te demande pardon, pardonne-nous nos offenses …autant d'expressions familières aux enfants, formules qui leur permettent d'effacer, de passer à autre chose, mais aussi quelquefois de recommencer…

Mais que signifie le mal pour un enfant ?

Avant d'en arriver au pardon, il y a eu le mal. Et cheminer vers le pardon pour un enfant n'est possible que s'il a pris conscience du bien et du mal.

Ce discernement entre le bien et le mal pour un enfant se fait par étapes, progressivement. Ce qui veut dire pour tout éducateur (parents, enseignants, etc.) la nécessité d'accompagner cette découverte et d'aider à ce qu'elle construise une véritable conscience de ce qui est bien et mal.

C'est d’abord, dès la petite enfance, l'expérience du plaisir et du déplaisir : l'enfant se rend compte qu'il peut lui aussi causer du plaisir ou du déplaisir à ceux qui l'entourent. Il faut qu'il entende alors que ce qui est bien ce n'est pas ce qui fait plaisir mais ce qui fait grandir.

Il découvre ensuite la distinction entre les actes qui favorisent la relation avec les autres et ceux qui mettent à l'écart des autres. Cette découverte, nous la vivons au quotidien avec les élèves de nos classes de maternelle.

Vers 7 ans, il peut mettre des mots sur tel ou tel acte : la notion de bien et de mal est là. Il va faire alors la découverte de la transgression et donc réfléchir au sens des interdits. Pour que cette conscience du bien et du mal se mette en place, il a besoin de l'aide de l'adulte. Deux valeurs sont au fondement de cette conscientisation : le respect de soi, l'estime de soi, d'une part (que l'adulte lui dise "tu vaux quelque chose") et le respect de l'autre, d'autre part qui n'est d'ailleurs que la conséquence de l'estime de soi. Cela exige que l'on pose limites et règles à la vie avec les autres et que les adultes qui l'entourent apparaissent comme des modèles, des témoins. Dans notre société d'aujourd'hui, ce n'est pas d'ailleurs tant les repères qui font défaut que l'existence de modèles auxquels l'enfant puisse s'identifier, et bien entendu ces modèles il doit pouvoir les trouver dans son environnement proche. On en déduit sans mal le rôle fondamental des parents et des éducateurs.

Entre 8 et 12 ans, l'enfant entre dans une période de rationalité, "l'enfance adulte". Il cherche à trouver sens aux expériences qu'il a faites dans le passé.

Et la notion de péché ?

Le principal péché, c'est de dire qu'il n'y en a pas. Dans notre vécu quotidien, nous savons bien lequel est le meilleur, lequel grandit le plus. Nous repérons la différence entre être fidèle ou tromper, respecter ou exploiter, mépriser ou aimer…

Et lorsque nous cherchons ce que cela représente réellement, nous voyons des visages, car l'essentiel a toujours un visage : celui d'un époux, d'une épouse, d'un enfant, d'un frère, d'une sœur, des parents, d'un voisin, d'un collègue de travail, d'un copain,... En fermant les yeux, c'est là que nous disons : "Mon péché, je le connais. Ce sont ces visages qui me le rappellent".

Car le péché a toujours un visage, c'est ce qui abîme l'homme, ce qui défigure le visage ou détériore les relations. Le péché démolit l'homme. Il y a des comportements qui abîment un homme, une femme, un couple, un enfant, qui défigurent une profession, une école, une classe, une entreprise...

Le mot de la Bible, en hébreu "hâta", pour désigner le péché, veut dire : manquer son but, comme une flèche qui n'atteint pas la cible.

- Pécher, c'est manquer le but de sa vie, l'alliance avec Dieu, se tromper de bonheur.

- Pécher, c'est offenser Dieu car tout ce qui atteint l'homme atteint Dieu, tout ce qui abîme les hommes atteint aussi le Christ : "Ce que vous avez fait ou ce que vous n’avez pas fait aux plus petits... c’est à moi que vous l'avez fait, à moi que vous l'avez refusé".

- Le péché, c'est la distance entre notre vie et l'Évangile de Jésus. Cette distance existera toujours. C'est pourquoi "je suis pécheur" et la conversion, ce sont les pas que je fais pour tenter de réduire cette distance. Mais ce que le chrétien croit surtout, c'est que notre Dieu fait toujours et sans se lasser, les premiers pas pour couvrir cette distance.

Construire le pardon

Le pardon n'est pas la simple excuse pour une bêtise. C'est l'acte qui reconstruit une relation à l'autre après qu'on lui ait fait du tort. C'est un re-départ, une libération, pas un oubli. Lui aussi va se construire petit à petit. Ce n'est pas un acte magique, mais bien un cheminement.

Nous reconnaissons le mal qu'on nous a fait, sans le nier. Ce qui veut bien dire qu'il est nécessaire d'avoir distingué cette notion de bien et de mal.

Nous prenons alors conscience de notre souffrance et nous découvrons qui nous sommes : notre agressivité, nos limites. Nous aussi nous pouvons faire le mal.

Alors nous pouvons comprendre la limite des autres, accepter de leur pardonner.

L'apprentissage du pardon se fait donc au quotidien, dans la relation habituelle aux autres avant d'être relié à Dieu. Pardonner c'est revenir vers l'autre, c'est accueillir le don de Dieu. Pour demander le pardon de Dieu, il faut pardonner à son frère.

Et le sacrement du pardon ?

Il est devenu sacrement de la réconciliation, sacrement de guérison ; il est en général reçu pour la première fois par les enfants avant la 1ère Eucharistie. Bien avant, ce sacrement se prépare dans la découverte de l'amour de Dieu, de sa miséricorde.

Dieu aime et pardonne, les enfants vont le découvrir peu à peu, au fur et à mesure de l'éveil de leur conscience morale et de la croissance de leur relation personnelle à Dieu.

La réconciliation est un sacrement qui se célèbre dans la durée. Pour que les enfants en perçoivent toute sa richesse, il faut prendre avec eux le chemin d'une initiation progressive.

Le temps du Carême est propice à la découverte des multiples façons dont les chrétiens peuvent être réconciliés avec Dieu : le pardon mutuel, le partage, l'entraide, la lutte pour la justice, l'action pour la paix et le développement, l'engagement apostolique, la prière et le jeûne, le service des plus démunis…

Quelques pistes pour explorer ce thème du pardon, de la réconciliation

Plusieurs niveaux de réflexion pour aborder un tel thème... : Se réconcilier avec soi-même... Se réconcilier avec les autres... Se réconcilier avec Dieu…

- Se réconcilier avec les autres… : c’est par exemple sur la cour de récréation où chaque jour nous pouvons favoriser de multiples petites réconciliations.
Comment ?
° En faisant venir les enfants concernés pour qu’ils se rencontrent.
° En les faisant s’exprimer l’un et l’autre "qu’est-ce qui se passe ?…"

L’adulte est alors le médiateur qui va aider les enfants à sortir de cette situation en permettant un dialogue et en proposant une issue qui ouvre de nouvelles perspectives… Un acte est alors posé : (un bisou ou une parole "je te demande pardon") et si besoin une punition est donnée par l’enseignant. Et chacun peut alors repartir "soulagé" et "réconcilié" car la relation est à nouveau possible.

Voilà posées les étapes d’une réconciliation, les passages obligés : rencontre ; parole ; ouverture à quelqu’un d’autre ; décision - sanction ; pardon ; nouveau départ…

- Se réconcilier avec Dieu…
Dans l’ordinaire des réconciliations vécues à l’école, il n’est pas question de Dieu….
Cette dimension interviendra seulement si l’enfant prend progressivement conscience (grâce à ses enseignants) qu’il vit, comme baptisé, dans une relation à Dieu. Ainsi à chaque fois que l’élève construit ou crée, il fait grandir sa relation à Dieu car il participe à la Création (au développement positif de l’humanité). De même que tout ce qui est violence ou division détériore les relations entre nous, cette même violence nous éloigne de Dieu et donc détruit la création.
Dans cette perspective chrétienne, la réconciliation va permettre non seulement d’améliorer ma relation aux autres mais aussi de renforcer ma relation à Dieu qui veut mon bonheur.
Pour manifester cette Réconciliation avec Dieu, l’Église propose un sacrement qui permet aux chrétiens de renouer avec Dieu en prenant conscience que la tendresse de Dieu est plus forte que la faiblesse de l’Homme.
La place de la PAROLE de DIEU doit être au début de la démarche pour manifester le DON de l’AMOUR de Dieu.

Avec nos élèves, il est possible d’aborder ce thème de multiples manières :

- Dans le cadre ordinaire de la classe, lors des débats mis en place autour du vivre ensemble : il est possible de débattre des relations entre les élèves, de la guerre et la paix, de la justice, du pardon entre les hommes, etc.
- Dans le cadre d’un temps de culture chrétienne : présenter aux élèves le sens du sacrement de la réconciliation et son histoire … Voir la réconciliation racontée aux enfants.
- Dans le cadre de l’éveil à la foi et de la catéchèse : vivre un temps fort autour du thème de la réconciliation ou vivre le sacrement en présence d’un prêtre et pour les élèves volontaires. Cette démarche suppose une préparation préalable.

Sur le site idées-caté, cliquer sur "le caté" puis "2ème trimestre". Vous découvrirez 4 propositions autour de ce thème : le pardon des pêchés ; Jésus nous parle de l’Amour de Dieu ; la rencontre avec un prêtre et la transfiguration.

Des outils pour aller plus loin :
- A la découverte de l’enfant prodigue, (version adaptée au monde d’aujourd’hui),

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