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Des devoirs le soir ?

Temps de lecture : 12 minutes
Des devoirs le soir ?

"Petit guide argumentaire à l'usage de ceux qui ont en assez de donner des devoirs écrits le soir ..."

Des enseignants donnent du travail scolaire écrit le soir après la classe, des parents qui en demandent
Jeune instituteur, je pensais que les collègues qui donnaient des devoirs écrits à la maison étaient les instits les plus sérieux, les plus travailleurs, les plus attentifs aux progrès des enfants, puisqu'ils débordaient même du cadre de la classe. De plus, ils en gardaient toujours une aura pédagogique. En fait, les instits donneurs de devoirs ne sont pas des exemples…
Voici une série d'arguments, les uns légaux, les autres médico-psycho-pédagogiques, et enfin une petite liste de contre arguments, pour savoir quoi répondre à ceux qui sont pour … et surtour réfléchir à cette question.

1) Des arguments juridiques
Trop ignorée, elle interdit les devoirs écrits à la maison (et en étude) depuis 45 ANS. L'arrêté ministériel du 23/11/56, complété par la circulaire 29/12/56, supprime les devoirs écrits de façon catégorique : … " pour l'ensemble des élèves de l'école élémentaire (…) aucun devoir écrit, soit obligatoire, soit facultatif ".
L'interdiction est confirmée par une troisième circulaire du 28/01/71. Aucune abrogation n'a été décidée à ce jour. Les devoirs écrits à la maison sont toujours interdits. Et les instituteurs (trices) qui font autrement sont hors-la-loi.

2) Des arguments médico-psychologiques
Au 26ème congrès des pédiatres de langue française : " … un enfant de 6 ans ne devrait pas consacrer plus de 2 à 3 heures par jour au travail scolaire. Un enfant de 10 ans, pas plus de 4 à 5 heures….. " Docteur Vermeil, cité dans la revue " parents "). Les recherches récentes dans le domaine de la physiologie et de la psychologie de l'enfant appuient leurs conclusions sur le seuil de la fatigabilité infantile. Un enfant qui a effectué une journée de travail à l'école " a rempli son contrat ". Tout comme un adulte, d'ailleurs, qui ne ramène pas, en général, du travail à faire à la maison. (Sonder les parents présents, surtout les pro-devoirs, sur leur propre cas…). A une époque où notre société occidentale cherche à réduire le temps de travail, cette demande de certains parents paraît pour le moins anachronique. Sauf à considérer qu'on ne fait pas du vrai travail à l'école… (il arrive de rencontrer des gens qui luttent à la fois pour la réduction de propre travail à 35h, et qui demandent un surplus de travail à leurs enfants, sous forme de devoirs….).

3) Des arguments pédagogiques
Pédagogiquement, les devoirs écrits sont INUTILES :
a) Ils ne consolident pas les acquisitions. Ce sont la plupart du temps des exercices de contrôle d'acquisition qui ne servent à rien, sinon à aggraver l'état d'échec pour certains enfants.
b) Ils ne fixent pas les apprentissages.
Les travaux d'application qui aident à cette fixation se font en classe, dans le contexte normal groupe-maître-enfant.
c) Ils augmentent la somme de travail à faire en classe. Les devoirs du soir sont à corriger le lendemain. (A moins de ne pas corriger, mais là….). Ce temps pourrait être consacré à de nouveaux apprentissages, ou à l'approfondissement….
d) Ils créent l'instabilité.
L'enfant sait ou ne sait pas faire ses devoirs. S'il sait, à quoi sert d'en remettre une louche, puisqu'il a déjà compris ? S'il ne sait pas, c'est que l'apprentissage est imparfait. Et les apprentissages, c'est l'affaire de l'école. Maintes fois entendu de parents qui veulent bien faire : " mon enfant me dit souvent on ne fait pas comme ça à l'école, le maître n'a pas dit ça… ". Evidemment, apprendre par exemple la mécanique des opérations avant leur sens n'est pas recommandé….
e) ils participent à la ségrégation sociale.
Les conditions de travail à la maison sont différentes pour chaque enfant, contrairement à ce qui se passe à l'école. A conditions inégales, chances inégales….

4) Des contre arguments
a) Il faut habituer les élèves aux devoirs du collège
- Réponse : Il est bon de respecter les étapes. Un élève du primaire n'est pas un élève de collège. Ce qui facilite une bonne scolarité au collège, ce sont des méthodes de travail, une curiosité, un goût pour l'apprentissage et l'école, et des apprentissages fondamentaux qui s'installent progressivement.
b) les parents demandent des devoirs.
- Réponse : C'est un dialogue avec eux que nous pouvons comprendre ce qui motive cette demande et la manière d'y répondre autrement que par des devoirs.
c) les devoirs consolident, " enfoncent le clou ".
- Réponse : On n'enfonce pas mieux le clou en multipliant les coups de marteau, mais en frappant à bon escient, avec un outil correctement utilisé. Autrement dit, c'est à l'enseignant de chercher les moyens de consolider les apprentissages au sein de sa classe.
d) les parents sont ainsi au courant du travail de leur enfant.
- Réponse : Il y a d'autres moyens pour informer les parents. Une reformulation par les enfants en fin de journée, sur ce qu'on a appris en classe, doit pouvoir permettre aux enfants de dialoguer avec leurs parents sur le travail de l'école. On évitera ainsi, peut être, la réponse à la question "Qu'est-ce que tu as fait à l'école aujourd'hui ? - Rien".
Certains enseignants donnent régulièrement leur programmation. D'autres permettent de rapporter les cahiers régulièrement à la maison. A chacun de trouver des solutions.
e) Avec les devoirs, les parents participent à l'éducation de leur enfant.
- Réponse : Les parents ont un chemin éducatif primordial et irremplaçable à faire avec leurs enfants. Ce chemin ne passe pas nécessairement par les devoirs écrits du soir qui deviennent " l'enjeu dangereux", voire objet de conflit... Le dialogue avec l'enseignant ou les moyens de communication retenus permettent aux parents d'aider leurs enfants à utiliser les apprentissages scolaires dans le contexte de la vie quotidienne. C'est ce qu'on appelle le transfert des acquis et donne sens à ce qui se vit à l'école.
f) Les parents faisaient eux-mêmes des devoirs, autrefois, et conçoivent mal qu'il n'y en ait plus.
- Réponse : La société a évolué. Les parents n'élèvent probablement pas exactement de la même manière leurs enfants que leurs propres parents les ont élevés, même si les grands principes et les valeurs sont identiques. La recherche pédagogique et psychologique a montré les inconvénients ou les limites des devoirs du soir. L'école prend en compte les avancées de ces recherches.
g) La plupart des collègues en donnent, alors on en donne aussi.
- Réponse : Cet article permettra peut-être une réflexion d'équipe...
h) on en donne, mais facultatifs.
- Réponse : Ce désir de faire plaisir à tout le monde (parents, collègues, institution…) comprend plusieurs risques dans la conduite de la classe. Injustice puisque le temps d'enseignement sera dosé différemment selon que l'enfant a fait ses devoirs ou pas. Inefficacité puisque tous n'auront pas fait. Ségrégation sociale puisque les conditions familiales déterminent le travail à la maison.
i) Les enfants apprennent ainsi à organiser leur travail.
- Réponse : l'organisation du travail est un apprentissage à part entière, qui se fait à l'école comme les autres. Les devoirs écrits ne sont pas une méthodologie du travail, mais du travail en plus.

Et vous, quelles réponses apporteriez-vous à ces arguments ? De quoi débattre en équipe et prendre en compte cette préoccupation parentale.

 

D'après CFP Infos n° 36  

Crédit image Fotolia ©

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