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Comprendre ce qui se joue pour le jeune enfant et ses parents à l'école maternelle

Temps de lecture : 14 minutes
Comprendre ce qui se joue pour le jeune enfant et ses parents à l'école maternelle

Pour l'enfant et ses parents, l'entrée en maternelle peut provoquer des difficultés. D'où la nécessité de comprendre la séparation, les stratégies développées par les enfants, les nouveaux cadres de l'école et les enjeux psychologiques pour les parents.

Pour le jeune enfant et ses parents, l'entrée à l'école maternelle peut provoquer des difficultés de comportement.
Comprendre la séparation
Les stratégies développées par les enfants
Les nouveaux cadres donnés par l'école
Les enjeux psychologiques pour les parents

Comprendre la séparation
La séparation est une situation que l'on rencontre toute sa vie et devant laquelle on a plus ou moins de tolérance selon les moments que l'on traverse. Chaque séparation peut réactiver des inquiétudes plus profondes et plus anciennes renvoyant à des angoisses d'abandon ou de perte de la personne aimée. Etre capable de se séparer, c'est avoir une confiance suffisante en soi et en l'autre, c'est à dire être capable de nourrir l'espoir de se retrouver.
L'angoisse des 8 mois, décrite par Spitz, serait le premier signe de cette difficulté (les observations nouvelles situeraient ces manifestations dès les premières semaines de la vie).
Très tôt le bébé manifeste son désarroi par des pleurs, soit à cause de la séparation d'avec la personne aimée, soit par peur de la personne étrangère. Cette étape est importante et signe d'un bon développement ! Le nourrisson peut distinguer l'étranger du familier. Il faudra un long travail psychique pour aboutir à ce que " se séparer " soit acceptable.

Les stratégies développées par les enfants
Nous savons la part importante que prendront le jeu et l'imaginaire pour aider à cette élaboration psychique. Le fameux jeu de la bobine décrit par Freud consiste à cacher des objets, à se cacher. La place de l'objet transitionnel (Winnicott) qui n'est " ni tout à fait moi, ni tout à fait l'autre " mais un peu des deux.
C'est comme ça que l'enfant met en place toutes sortes de stratégies pour rendre la séparation supportable.
- Les conduites auto-érotiques en font partie, sucer son pouce, caresser ses cheveux.
- Attachement à un objet.
- Rites de séparation.
Toutes ces stratégies sont d'autant plus efficaces que les parents les ont favorisées et acceptées.
Pour se séparer de ses parents il faut d'abord que l'enfant sente que ses parents l'estiment capable de cela. Il faut aussi que les parents soient eux-mêmes capables de se séparer de leur enfant.
Les peurs ressenties par l'enfant au moment de la séparation pourraient se résumer à celles ci :
Si l'autre que j'aime ne revient plus, je reste seul… pour affronter le monde et j'en suis incapable d'où un sentiment d'insécurité et de danger (troubles anxieux).
Si l'autre s'en va, c'est qu'il ne m'aime plus ou pas assez (peur d'abandon).
Si l'autre me quitte, alors je n'existe plus car seule sa présence me permet de me sentir exister (angoisse de morcellement).
Si l'autre n'est plus là, alors l'autre n'existe plus (perte de la permanence de l'objet).

Les nouveaux cadres donnés par l'école
Aller à l'école c'est entrer dans l'espace et le temps des autres, quitter la relation fusionnelle d'avec sa mère, prendre de l'autonomie : l'école a un pouvoir séparateur et aide l'enfant à dépasser l'univers égocentré de la toute petite enfance.

Un espace socialisé
Il va être demandé à l'enfant d'évoluer désormais dans un espace nouveau qui obéit à d'autres exigences valables pour tous. Ces repères l'aideront à construire sa représentation de l'espace, à s'orienter lui-même et à situer les objets entre eux. En verbalisant l'espace vécu et perçu par toutes les expériences qui sont proposées à l'école , l'adulte va permettre à l'enfant de partager avec d'autres un espace différent de l'espace familial et d'accéder ainsi plus facilement à sa représentation.
Un temps socialisé
Le temps, notion difficile à s'approprier, est empreint de beaucoup de subjectivité et d'habitudes culturelles.Cette notion ne s'acquière qu'avec l'éducation et la socialisation. L'école a un rôle primordial dans ces acquisitions temporelles tant au niveau de l'organisation de la vie de l'enfant qu'au niveau de l'apprentissage du vocabulaire marqueur du temps. L'école va accompagner l'enfant pour lui permettre le passage du rythme égocentré " l'heure des mamans " à l'organisation de son emploi du temps, de son cahier de texte !
Des relations avec d'autres adultes
La relation affective qui se joue dans la première année de l'école entre l'adulte et l'enfant est
importante car dépend de celle-ci un ancrage relationnel nouveau qui à la fois permet la séparation et donne l'envie d'apprendre. C'est parce que l'enfant va aimer cet adulte qu'il aura envie de lui plaire et que pour lui plaire il va répondre à ses demandes, rentrer dans les apprentissages, se soumettre aux attentes. Pour que tout ce développement soit possible il faut que la mère et l'enfant se séparent.
La socialisation
C'est un des objectifs principaux de l'école maternelle. L'entrée dans la vie en collectivité se fera de façon personnalisée, progressive et attentive à chaque enfant, en alternant des moments de moindre contrainte, d'isolement avec des temps d'activité collective, de coopération.
L'écoute et la prise en compte des besoins de l'enfant vont le conduire petit à petit à accepter de partager et de coopérer avec ses pairs. L'acquisition du langage, se situer dans l'espace et
le temps grâce à l'expérience motrice sont des éléments sécurisants et déterminants pour une
adaptation réussie à l'école maternelle.

Les enjeux psychologiques pour les parents
Comme nous l'avons évoqué précédemment, la séparation doit être acceptée et souhaitée par les parents. L'entrée à l'école n'est pas toujours la première séparation, mais symboliquement elle représente l'entrée dans un monde différent, dans la réalité de la vie.
Il est nécessaire d'entendre la difficulté éventuelle du père et de la mère à se séparer de leur enfant, d'entendre l'histoire de ses premières années pour que s'établisse cette relation de confiance réciproque, indispensable à la future co-éducation. Comme pour l'enfant, ces premiers contacts pourront être déterminants des relations futures.
Il ne s'agit pas pour l'enseignant de se substituer au parent absent mais de trouver avec l'enfant un mode de relation affective sécurisante qui soit d'une nature différente. Il semble alors important que l'école et la maison soient des lieux suffisamment distincts dans le vécu relationnel de l'enfant pour qu'il s'enrichisse de cette différence. Toutefois notre vigilance se portera aussi sur le fait que l'enfant ne soit pas écartelé entre deux univers affectifs rivaux et pour lesquels il ne serait plus que l'enjeu d'un malentendu entre adultes.
La peur du jugement de part et d'autre
Quand on est parent mettre son enfant à l'école représente le risque de perdre l'illusion d'avoir
l'enfant le plus éveillé, débrouillard, précoce, beau… En effet la comparaison avec les enfants du même âge peut être vécue comme un deuil à faire de l'enfant idéal, cette comparaison est inévitable et quelquefois douloureuse.
L'école est aussi un lieu où l'enfant sera vu, observé, évalué par des personnes étrangères,
bienveillantes, mais plus distantes. Lorsque l'enfant présente des difficultés de comportement ou
d'adaptation, souvent les parents se sentent remis en cause dans l'éducation qu'ils donnent à leur enfant. C'est la peur du jugement de l'enseignant qui conduit parfois les parents vers l'agressivité, le retrait, le déni …
Quand on est enseignant, être démuni devant un enfant triste, passif ou perturbateur pourrait représenter le risque d'être considéré comme un mauvais professionnel. Or, la compétence professionnelle de l'enseignant n'est pas dans l'apport immédiat d'une solution miracle, mais dans le questionnement, l'observation, l'échange avec d'autres professionnels, le dialogue avec les parents, la mise en place d'une remédiation. C'est quelque fois la peur du jugement des parents ou des collègues qui conduit l'enseignant au déni, au silence, à l'isolement.

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