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En quoi la littérature peut-elle aider les élèves en difficulté ?

Temps de lecture : 11 minutes
En quoi la littérature peut-elle aider les élèves en difficulté ?

La littérature est un support important pour atténuer les difficultés à l'entrée dans le système scolaire, pour les accompagner. Elle permet de travailler selon 3 axes : la culture et l'intégration, la maîtrise de la langue, le vivre ensemble.

Jacques Lévine souligne les trois difficultés principales de l'entrée dans le système scolaire :
- Le passage de la famille au groupe,
- L'entrée dans la culture écrite,
- L'entrée " dans la vie : le besoin des élèves de co-réfléchir à la façon dont l'humanité fonctionne.
Ces difficultés peuvent souvent se traduire par des manifestations comportementales difficiles ou déroutantes, prendre différents aspects en fonction de l'âge et des étapes.
La littérature sera un support important pour atténuer ces difficultés, pour les accompagner.
Elle permet de travailler les 3 axes suivants :
La culture et l'intégration
La maîtrise de la langue
Le vivre ensemble
La culture et l'intégration :
Lorsque Jean Hébrard, Inspecteur d'académie qui a participé à l'élaboration des programmes de 2002 les a présentés, il a souligné que les deux missions essentielles recentrées par ces nouvelles instructions sont la culture et l'intégration.
La culture s'est privatisée dans les familles parce que :
- d'une part, les dernières années ont mis l'accent sur " à l'école, on lit, on écrit, on compte " au détriment d'un développement de la culture ;
- et que, d'autre part, les supports actuels d'une certaine culture (CDROM, conçus au départ par les éditeurs pour l'école) n'ont pu être achetés par les écoles du fait de leur prix mais par les familles.
Si l'école ne fait que de l'instrumental, elle ne fait pas d'intégration. Si la relation à la culture devient privatisée, il n'y a plus d'échanges possibles : il est donc nécessaire d'instaurer des espaces de parole et de partage.
Ce partage doit s'élargir aux autres générations : c'est le sens de la liste d'ouvrages à lire : il faut que l'enfant lise au moins un livre qui dise quelque chose à son grand-père et à son père. Les Instructions officielles cherchent à re-scolariser la culture scolaire, à définir les bases d'une culture partagée.
La dimension de littérature reprise dans chacun des cycles est au service de cette culture : la littérature est une création de mondes. Il s'agit donc d'aider les enfants à créer des réseaux centrés sur un genre littéraire, un auteur, un thème symbolique…
Cette dimension est à relier à ce que dit Serge Boimare(1) sur la médiation culturelle : qu'elle soit littéraire, scientifique ou artistique, elle permet de donner une forme négociable par la pensée aux inquiétudes qui l'empêchent de s'épanouir. L'ambition est d'aider l'élève à renouer avec la capacité à apprendre et à penser. La littérature participe donc au développement de la faculté de parler du monde : le monde de la famille, le monde de l'école, d'autres mondes plus lointains et d'aborder les différentes questions existentielles que l'on peut se poser à tout âge…

La maîtrise de la langue
La loi d'orientation insistait beaucoup sur la lecture au détriment de l'oral et de l'écrit. Vers les années 80, on a commencé à parler d'illettrisme : c'est-à-dire de jeunes qui avaient été à l'école mais n'avaient pas développé de réelles compétences de lecteur. Le souci est resté majeur dans les années 1981/1995 ; de fait, il s'avère que 15 % des enfants environ n'ont pas le niveau de base en lecture en entrant en sixième :
- 1/3 ont réellement un handicap de lecture
- 1/3 sont sur la marge de problèmes intellectuels : " déficience intellectuelle légère "
- 1/3 a raté son apprentissage de la lecture (ce tiers là interroge plus particulièrement les apprentissages en lecture dans les différents cycles).
Ce sont des enfants qui ne pourront pas suivre en 6ème.
L'objectif attendu est l'autonomie des élèves en sixième dans le " lire/écrire " : Alors qu'en primaire un enfant a toujours un enseignant pour l'accompagner dans des tâches de ce type, ce n'est plus le cas au collège.
Tâche difficile donc mais lors des évaluations nationales, on note une progression régulière sur la compréhension en lecture.
La maîtrise du langage, priorité en maternelle, insistait sur la place de l'oral (cf Alain Bentolila). Les dernières Instructions officielles proposent un cheminement plus complet et mieux coordonné avec ce qui se passe ensuite en élémentaire sans anticiper inutilement cet apprentissage. Elles insistent sur la nécessité d'éviter de faire tourner la maîtrise du langage à vide, c'est le souci majeur du cycle 3. En effet, malgré l'utilisation de manuels classiques, la maîtrise de l'orthographe et de la grammaire décroît. Il s'avère donc essentiel d'étudier la langue en lien avec des contextes variés. C'est ce que va permettre la littérature, propice à des propositions d'activités tant sur la langue orale que sur la lecture et la production d'écrit, à une observation du fonctionnement effectif de la langue écrite.
La littérature permet d'entrer dans la maîtrise de la langue par des tâches complexes qui redonnent sens à l'apprentissage, qui favorise un défi d'apprentissage.

Le vivre ensemble : Socialisation
Au moment où l'individualisme et la difficulté à accepter les règles prédominent dans une société, remettre le " vivre ensemble " au cœur de l'école est une manière de " résister ".
Le " vivre ensemble " ne se limite pas à l'éducation civique et devient transversal.
Deux idées clés :
La parole doit se substituer à la violence
L'école n'est pas la famille : l'éducation scolaire n'est pas l'éducation familiale : les enseignants ne sont pas des parents de substitution : ce sont des enseignants, les enfants comme les enseignants obéissent à une loi qui les transcende.
Vers deux ans, la littérature devient une nécessité absolue pour l'enfant : il découvre peu à peu le fait qu'il est mortel. Par la littérature, on dit à l'enfant : " Voilà une expérience humaine qui est à ta disposition parce que tous ces problèmes-là sont le propre des humains ".
Par le biais de la littérature, on pourra aborder la question des valeurs et des priorités pour vivre à plusieurs, on pourra confronter différentes manières de vivre et les verbaliser. Contrairement à ce qui peut se vivre dans un conseil de classe par exemple, l'échange à partir d'œuvres littéraires s'opèrera à partir d'histoires symboliques.

Culture, maîtrise de la langue (orale et écrite), socialisation sont donc trois dimensions essentielles qui vont se tisser de manière étroite à partir de la littérature.


1 : L'enfant et la peur d'apprendre, BOIMARE, Serge, Dunod, Paris.

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